Saturday, December 31, 2005

La Presse Algérienne "Libre et Indépendante"

LA Presse algérienne « LIBRE et INDEPENDANTE »

LES « DISPARUS FORCES »

In: Algeria-watch, 5 janvier 1999

Une complicité malsaine des médias algériens
Au sujet des campagnes de diffamation contre les "disparus" et leurs familles

Les familles des "disparus" ont enfin créé un cadre organisationnel: l'Association Nationale des Familles de Disparus (ANFD) qui jusqu'à ce jour n'a pas été reconnue officiellement, Mr Akhrouf, chargé de la réception des dossiers des associations au niveau du ministère de l'Intérieur étant à chaque visite de membres de l'ANFD absent. Ferait il partie de la "grande famille des disparus"?
Néanmoins l'association active à rassembler les dossiers de "disparus" sur tout le territoire national et les dépose une fois complets au niveau du ministère de l'Intérieur qui avait promis de prendre en charge ce problème par la création d'une commission chargée du suivi et de bureaux installés au niveau des wilayas pour faire des recherches.
Ces dossiers sont une compilation de documents, témoignages et preuves des enlèvements par des forces de sécurité de personnes qui par la suite "disparaissent". L'association a déposé plus de 3000 dossiers auprès du ministère concerné.
Les familles ont du constater que les mesures prises par le gouvernement étaient d'une part fictives, les bureaux n'étant pas opérationnels, ou bien relevaient de l'imposture puisque les dossiers déposés au ministère ne servent qu'à ficher les victimes, à les déclarer en fuite ou recherchées par la justice. C'est l'Observatoire National des Droits de l'Homme qui se charge de cette basse besogne consistant à réfuter les accusations portées contre des forces de sécurité responsables d'enlèvements et contre des autorités gouvernementales qui elles, ignorent le problème.
Tout récemment encore, l'ONDH aurait prétendu que la plupart des personnes portées "disparues" avaient rejoint les groupes armés. (Liberté 27.12.98)
Tant que les familles des "disparus" se débattaient seules avec leurs avocats en portant plainte et en adressant lettre sur lettre au procureur de la République, médiateur, différents ministres, l'ONDH etc., personne au niveau du gouvernement ne s'est chargé de ce problème. Sorties de leur isolation et mutisme forcé, organisées en association et médiatisées sur le plan national comme international, les familles de "disparus" sont devenues la cible de toutes les attaques blessantes et diffamatoires. Elles sont traitées de traîtres, de complaisance avec les "terroristes", leur sont reprochés de la mauvaise foi et des mensonges.
Une partie des médias algériens dont la presse dite indépendante se présente comme le relais de l'ONDH et du gouvernement réitérant les accusations et les offenses à l'encontre des familles. La responsabilité de ces journaux dans l'envenimement et l'exacerbation de la question est flagrante:
Le journal Liberté a, avec la plume du journaliste Nacer Belhadjoudja, une fois de plus brillé de par son objectivité et professionnalisme en reprenant des exemples concrets de personnes déclarées par l'ANFD comme "disparues" après l'enlèvement par des forces de sécurité et prétendant que celles ci auraient été soit abattues, seraient recherchées ou vivraient paisiblement avec leur famille.
L'ANFD a voulu recourir à son droit de réponse que le journal "Liberté" lui a refusé jusqu'à ce jour.
Nous reprenons ici l'article en question du journal "Liberté" et présentons la réaction de l'ANFD que le journal en question n'a pas voulu publier.

LIBERTÉ, dimanche 27 décembre 1998

AFFAIRES DES DISPARUS
Les premières révélations
On est allé jusqu'à confectionner des "cas pratiques" pour justifier des "enlèvements liés à des activités politiques".
NACER BELHADJOUDJA
"Le dossier" des disparus commence à livrer ses premières véritables arrière-pensées politiciennes. Tel que conduit dès le départ, il ne pouvait qu'aboutir à des glissements politico-sémantiques pour s'éloigner progressivement de la seule question de la défense des droits de la personne humaine.
L'épisode du charnier découvert à haouch Hafiz avait déjà dévoilé la gêne éprouvée par les animateurs du mouvement des familles des disparus. Mieux encore, on vient d'apprendre de sources proches de l'Observatoire national des droits de l'homme (ONDH) qu'après les premières investigations menées sur les listes des personnes prétendues disparues, il s'avère que la plupart ont rejoint les groupes armés. C'est le cas notamment de Dhif Abdeldjebar, Daghmoum Aïssa et Benlemou Ali. Le premier nommé a rejoint les groupes armés qui activent dans la région de M'sila et a été abattu le 19 décembre 1995, lors d'un accrochage avec les forces de sécurité. Sa famille qui habite la commune de Aïn Hdjel (M'sila) a d'ailleurs retiré à cette date le permis d'inhumer du corps délivré par la commune de Sidi Aïssa.
Quant à Salmi Salim, né le 4 juin 1976 à Boufarik , c'est sa propre mère qui s'étonne de voir le nom de son fils porté sur à la liste des disparus. Elle affirme que son fils a été abattu par les forces de sécurité le 19 octobre 1994 et affirme, par ailleurs, qu'il a été enterré à Chebli (Blida).
Pour ce qui est de Daghmoum Moussa, on dit qu'il aurait été arrêté le 20 avril 1997 par des personnes inconnues. Or, le 30 septembre 96, soit sept mois avant cette date, la Cour d'Alger avait prononcé un ordre d'arrestation à son encontre pour une affaire liée au terrorisme. Autant dire qu'après cette décision de la Cour d'Alger, l'intéressé a préféré rejoindre les maquis du GIA. Mais la falsification des données sur "les disparus" ne s'arrête pas à ces seuls exemples. Dans la liste exhibée à chaque occasion, on retrouve le nom de Benlemou Ali. Ce dernier n'est autre qu'un des évadés de la prison de Tazoult (Batna) où il purgeait une peine de dix ans pour appartenance à un groupe terroriste.
Depuis cette date, il est toujours recherché par les services de sécurité. Même cas pour Belkacem Ali, originaire de Larbaâ. Après sa sortie de la prison de Boufarik, le 1er juin 95, celui-ci n'a pas tardé à rejoindre les groupes terroristes. La manipulation d'un dossier aussi sensible ne s'arrête pas à ce niveau seulement. On est allé jusqu'à confectionner des "cas pratiques" pour justifier des "enlèvements liés à des activités politiques". Dans ce chapitre, on cite Ouzyala Messaoud. Cet ancien militant actif du FIS, qui n'a plus "donné signe de vie", offrait une belle carte à jouer par les véritables animateurs du mouvement des disparus. Après enquête, il s'est tout simplement avéré que Ouzyala Messaoud s'est totalement éloigné de toute activité politique et se consacre à son travail et demeure actuellement à Aïn Taya.
Même cas pour Habal Abdelatif qui, après avoir volontairement quitté son domicile pour aller à la recherche d'un travail, s'est vu mentionné dans la liste des disparus alors qu'il réside actuellement à Alger.
Autant dire que "le montage politique" de cette affaire de disparus ne peut être le seul fait d'une formation politique surtout lorsque son ancrage dans la société est insignifiant. L'on pourra toujours épiloguer sur "ces milliers de cas non élucidés" mais le temps finira par faire éclater la vérité, toute la vérité, même si cela n'est pas une sinécure.
A chaque avancée de la lutte contre le terrorisme, les masques des manipulateurs tombent. Comme ce fut le cas après l'opération menée par les services de sécurité dans la commune de Oultam au début du mois de novembre. Sur les lieux, il a été découvert sept tombes contenant des cadavres de personnes enlevées par les terroristes.
Il s'agit, entre autres, d'un agent de la force publique qui exerçait à Bousaâda et d'un garde communal du détachement de Lahwamed. Mais il est bien vrai qu'avec un tel C.V., ceux-là n'intéressent nullement l'association des familles de disparus. Même si des cas pareils confirment que les enlèvements sont une des spécialités du GIA.
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La prise de position de l'Association Nationale des Familles de Disparus (ANFD)
Alger le 29 décembre 1998
Monsieur le rédacteur en chef du quotidien Liberté
Objet: Droit de réponse
Monsieur le rédacteur en chef,
Usant du droit de réponse à l'article intitulé "Affaires des disparus, première révélation", paru dans votre journal du 27/12/98, signé Nacer Benhadjoudja, nous vous demandons une insertion au lieu et palace de l'article sus-cité.
Nous avons maintenant l'habitude, à chaque fois que des signes de volonté politiques apparaissent pour apaiser la situation, de lire ce genre d'article que votre "journaliste" a commis. Il dit "l'épisode du charnier découvert à Haouch-Hafiz avait déjà dévoilé la gène éprouvée par les animateurs du mouvement des familles de disparus." C'est un événement douloureux pour toutes les consciences de ce pays mais vous et vos semblables, heureusement ultra-minoritaires, ne semblaient pas être pris de court par cette épisode. Vous êtes prêts à régler des comptes sur ces charniers de la honte.
L'impunité dont vous jouissez vous autorise à aller jusqu'à accuser les services de l'Etat, car comment pouvez vous expliquer autrement le fait que des personnes interpellées par des forces légales connues se trouvent soit au maquis avec les terroristes soit dans des charniers?
Vous conviendrez bien que l'accusation est d'une extrême gravité? Mais nous nous arrêtons là car vous n'allez pas nous faire dévier de notre ligne: la vérité, la réapparition en vie de nos proches.
Vous poussez la haine jusqu'à dénier le droit à des millier d'Algériens, en quête de vérité, d'être aussi déterminés que jamais à poursuivre leur combat juste.
Notre cause ne souffre d'aucune ambiguïté, nos enfants ont été interpellés par des corps constitués de l'Etat avec des preuves et des témoignages, puis portés disparus.
Nous rappelons que chacun des dossiers dont nous sommes en possession fait l'objet d'un traitement préliminaire, à savoir qu'il n'y a pas un seul cas où l'implication des corps constitués de l'Etat n'est pas prouvée. Nous sommes aujourd'hui à plus de 3 000 cas.
En ce qui concerne les noms que vous avez cités, et pour exemple:
- DEGHMOUM Moussa: ingénieur d'Etat, d'après la déposition de sa mère, a été arrêté le 20/04/97 près de chez lui et un jour plus tard, un groupe de militaires s'est présenté chez lui et a emmené sa femme qui est restée en garde à vue pendant 2 jours. Depuis, sa famille n'a plus de nouvelles de lui.
- SALMI Salim: c'est sa propre mère qui a signé la déposition où elle raconte les détails de l'arrestation.
- BELKACEM Ali: a été arrêté le 19 septembre 1996 par les services de la police de l'Arbaa et contrairement à ce que vous avez écrit, l'ONDH a répondu à sa famille en date du 20/07/98 par lettre référencée: 195/ONDH/98, pour l'informer que le sus-nommé n'est ni recherché, ni arrêté.
A la fin, vous avez bien écrit "le temps finira par faire éclater la vérité, toute la vérité", nous pouvons vous assurer que ce sera grâce à notre combat et à celui de tous les algériens qui veulent préserver un pays, une nation, car c'est la seule qu'ils ont et ce jour là on acceptera peut être vos excuses.
A ce jour, mardi 5 janvier 1999, ce droit de réponse n'a pas été publié par Liberté, après plusieurs tentatives Benhadjoudja répondant à un membre de l'association, a dit "Nous ne le publierons pas, faites ce que vous voulez"

L'association
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Recherche sociologique de troisième cycle (1996)
sur la presse algérienne
(Droits réservés. Toute référence à cette recherche doit en mentionner la source : http://www.lalgerietellequelle.blogspot.com Omar Delbahia)




LA PRESSE ALGERIENNE

L'évolution de la presse en Algérie est fortement liée à l'évolution du pouvoir. Deux grandes périodes sont à distinguer. La première, de 1962 à 1988. La seconde s'ouvre par les manifestations d'Octobre 1988.
La première période se caractérise par une presse très fortement contrôlée. Certains titres critiques sont tolérés aux premières années de l'indépendance. Face à cette presse, des journaux clandestins circulent, certains jusqu' en 1988.
Au lendemain d'"Octobre", des dizaines de titres paraissent. Ils sont publics ou privés. Nous traiterons dans ce chapitre de l'évolution de cette presse (…) Nous réserverons une section aux lignes éditoriales défendues par cette presse algérienne.


UNE PRESSE UNIQUE

Nous distinguons dans la première période quatre phases.
-La première de ces phases voit l'interdiction de la presse coloniale dès juillet 1962. Neuf journaux sont interdits.
En effet le premier texte de l’Algérie indépendante concernant l’information date du 10 juillet 1962. C'est un arrêté (...) du président de l’exécutif provisoire interdisant l’impression, la mise en vente, la diffusion de certains journaux.

Cette première phase est aussi marquée par l'interdiction de l'organe central du Parti Communiste Algérien, l'hebdomadaire El-Hourriya (novembre 1962). En 1963, les journaux coloniaux La Dépêche d'Alger, La Dépêche d'Oran, La Dépêche de Constantine sont interdits.

-La deuxième phase est celle de la création de plusieurs journaux dont Révolution Africaine, (organe central du Front de Libération Nationale), Echaab / Le Peuple, El-Djoumhouria, En-Nasr, Révolution et Travail (1963) et Alger-Le Soir (1964). Mais dès juillet 1962 Alger-Républicain reparaît.(Il fut interdit avant l'indépendance à deux reprises, pour ses prises de positions.)

-La troisième phase se caractérise par plusieurs tentatives plus ou moins explicites d'intégration d'Alger-Républicain dans le F.L.N.
" C'est au cours des débats du Congrès du F.L.N en avril 1964, que fut soulevée officiellement la question du statut de ce quotidien qui restait insolite, le seul à demeurer indépendant après la nationalisation des autres quotidiens (...). C'est Alger-Républicain qui annoncera lui-même et le premier, la nouvelle. 20 avril 1964 : un grand titre en rouge sur huit colonnes en page une : Alger-Republicain va devenir organe du F.L.N, et un long éditorial intitulé un honneur, une responsabilité" écrit F. CHEHAT1
Alger-Républicain explique par cet éditorial la démarche de l'intégration du journal au F.L.N.
Ce rapprochement entre Alger-Républicain et le F.L.N est précipité aux premières heures du coup d’état du 19 juin 1965. Alger-Republicain disparaît une nouvelle fois.
(Alger-Republicain reparaît en octobre 1989 pour disparaître une quatrième fois en avril 1994 -pour causes de difficultés financières-).

Le 21 juin 1965 la naissance de El-Moudjahid se réalise par le sacrifice d’autres titres dont Alger-Républicain. Une nouvelle phase s'ouvre.

Lorsque surviennent les événements d’Octobre 1988, la presse en Algérie se caractérise par son lien organique au Pouvoir. En 1982, la première loi sur l’information stipule en effet en son article premier :2

Le secteur de l’information est un des secteurs de souveraineté nationale. Sous la direction du Parti du Front de Libération Nationale et dans le cadre des options socialistes définies par la Charte Nationale, l’information est la volonté de la révolution. L’information traduisant les aspirations des masses populaires; oeuvre à la mobilisation et à l’organisation de toutes les forces pour la concrétisation des objectifs nationaux.

Depuis 1962, épisodiquement les journalistes sont confrontés dans l'exercice de leur fonction à des difficultés plus ou moins graves émanant tantôt de leur direction tantôt de responsables extérieurs administratifs ou politiques : ils sont interdits d’écriture, censurés, emprisonnés3.

Notes :

1- F. CHEHAT. Monographie de presse. Le quotidien Alger-Républicain de juillet 1962 au 19 juin 1965. Mémoire de D.E.A en sciences de l'information. Université Paris II. 1978.

2-loi n° 82-01 du 6 février 1982 portant code de l’information; journal officiel n° 6 du 9 février 1982 page 157

3-Animateur d'un programme quotidien nous avons nous même fait l'objet de plusieurs interdits. Puis suspendu d'émission en mars 1971, par les responsables de la station régionale de la radio algérienne (Oran), au motif officiel que "la station doit-être arabisée".
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En 1976 " Lorsque le quotidien de l’ouest La République commença à déranger et que son indépendance et sa liberté de ton finirent par déplaire, il fut arabisé -c’était le prétexte- afin d’étouffer une voix qui parlait fort et qui portait loin ". 1

La fronde du collectif rédactionnel au départ de Z. BENAMADI en novembre 1981, exprimée faute de mieux, par une simple protestation verbale adressée au ministre de tutelle (...) n’a pu donner comme seul résultat que le choix par les journalistes, en leur sein, du nouveau rédacteur en chef, A.HALLI. Celui-ci fut limogé six mois plus tard, par le nouveau directeur de la publication, K.BELKACEM, pour avoir commis un article sur des manifestations de lycéens et un autre (jugé ouvriériste) sur la fête du premier mai ".2

Si Z. BENAMADI a été écarté, " c’est surtout parce qu’il a refusé de s’inféoder à l’une ou l’autre des personnalités du régime "3

" Le journaliste d’Algérie-Actualité, Abdelkader HAMOUCHE, est détenu pendant cinq jours en novembre 1987 par les services de sécurité, dans un endroit inconnu, où il a été emmené avec cagoule (...). Abdelkrim DJAAD, alors rédacteur en chef du même journal, a de son côté été détenu pendant une journée. On lui reprochait d’avoir fait publier un article écrit par un autre journaliste, dans lequel on croyait trouver une allusion au chef de l’Etat " écrit Abed CHAREF. 5

D'autres, qui mènent une lutte radicale contre le régime politique dans sa globalité sont assassinés. Ainsi le 7 avril 1987 Ali MECILI fondateur huit mois plus tôt du journal Libre-Algérie est assassiné devant son domicile à Paris.
" La goutte qui fera déborder le vase d’amertume5 émane en décembre 1987 d'un document explicatif des nouvelles modalités de promotion




Notes :

1-Mustapha CHELFI: Algérie-Actualités; 16 au 22 mars 1989
2-B.MOSTEFAOUI. Unanimisme et crédibilité de l’information en Algérie . In l’Annuaire de l’Afrique du Nord. Paris : CNRS, 1984, p 291.
3-B. BRAHIMI. Le droit à l’information principes et réalités. in « l’Algérie et la modernité » sous la direction de Ali El Kenz. Ed. Série des livres du CODESRIA; Dakar. 1989. Page 261
4-A.CHAREF. Octobre.Alger : Laphomic, 1990, Page 17.
5-Larbi KHALFOUN: Algérie-Actualité.Ibid.
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décidées par le ministre de l’information. Il provoque un mouvement de réprobation au sein de la profession des journalistes. De réunions en assemblées générales les groupes prennent forme.
" En l’absence d’une véritable organisation ; les problèmes professionnels et sociaux des journalistes se sont accumulés jusqu’à ce qu’en février 1988, un groupe de journalistes décide qu’il n’était plus possible de continuer ainsi ; qu’il fallait reconstruire l’organisation des journalistes. "1.
Dans une déclaration datée du 9 mai 1988 " au terme d’un débat large et franc organisé au siège de l’Union des Journalistes, Ecrivains et Interprètes ( UJEI ) , le collectif inter-organe des journalistes relève (...) un recul évident du professionnalisme (...) cette dévalorisation de notre métier constitue une grave atteinte à la crédibilité de l’information (...) une pratique généralisée de la censure et de l’autocensure (...) les journalistes souhaitent vivement que leurs Unions professionnelles et sections syndicales soient à la hauteur des exigences."2
Cette mobilisation allait aboutir quelques mois plus tard à des " revalorisations générales des postes de travail; (attribution) de primes d’indemnités avec effet rétroactif (...) augmentation de près de 40 % du salaire moyen des rédacteurs et de près de 20 % pour celui des assimilés . Le problème du logement sera également pris en compte. "3

Dans la déclaration du 28 septembre 1988 des journalistes algériens s’interrogent : " Il s’agit de mettre fin à l’arbitraire (...) à la censure, à la complaisance (...) aux interdits les plus divers à tous ces phénomènes qui ont favorisé l’émergence d’une presse maussade et


Notes :
1-Un journaliste. Algérie-Actualité. Ibid.
2-B.BRAHIMI. Le pouvoir, la presse et les intellectuels en Algérie. Paris : L’Harmattan, 1990, p 293.
1-A.MAHMOUDI. la face cachée du mensonge. Alger : E.S.C, 1991, p 82.
Ces acquis qui sont obtenus ajoute-t-il "grâce à cette collaboration effective (contre "MJA" et "UJEI" dépassent en ampleur tout ce qu'aurait pu imaginer un journaliste algérien une année auparavant seulement". Il se félicite de cette collaboration entre le "M.J.A" et la bourgeoisie bureaucratique (par U.J.E.I interposé) "face au danger mortel d'une prise en charge (du "M.J.A") par la bourgeoisie libérale qui a déjà annoncé la couleur en neutralisant tous les services de sécurité".
A.MAHMOUDI, est lui même journaliste de très longue date, à El-Moudjahid, puis à El-Djeich (revue de l'armée), à Algérie-Actualité. Il crée L'Hebdo-Libéré qui disparaît en 1995.
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bureaucratisée à l’extrême (...). Qui a intérêt à cette presse, si ce n’est les milieux néocolonialistes, antinationaux, à la recherche d’un effet de contraste pour imposer l’implantation de médias élaborés à l’étranger
(comme Dunes), porteurs de valeurs étrangères à notre peuple et de projets de société contraires à des choix politiques fondamentaux consignés dans la Charte Nationale et la Constitution et qui menacent la souveraineté chèrement acquise "1 faisant écho au discours du président de la République qui dix jours plus tôt déclarait: " La presse nationale doit s’écarter du style démagogique, car nous sommes pour le réalisme. La situation en Algérie exigeant de la rigueur et de l’austérité, que cesse alors toute hypocrisie qui fait que certains ne pensent qu’à soigner leur popularité aux dépens de l’ordre. Nous avons besoin d’hommes ayant une pleine conscience de leurs responsabilités, loin de toute démagogie, et non pas d’applaudisseurs. (...) Je tiens à ce que soit entreprise dorénavant la mobilisation contre les phénomènes négatifs non pas d’une manière circonstancielle, mais continuellement afin que soient éradiquées ces insuffisances."2

Notes :

1-B.BRAHIMI. Ibid. p 295.
2-Actualité de l’émigration n° 145 du 21 septembre 1988.
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OCTOBRE 88 ET L'EMERGENCE D'UNE PRESSE PLURIELLE


Un vaste mouvement de protestation en ce début du mois d'Octobre 1988 essentiellement animé par des adolescents embrase les principales villes du pays. Les causes sont essentiellement sociales et économiques. (De nombreux observateurs y ajouteront plus tard les résultats des luttes de pouvoir au sein des groupes dirigeants). En réaction, l'armée tire. On comptera plusieurs centaines de morts (chiffres communiqués par les hopitaux. L'évaluation officielle fait état de moins de deux cents morts.)
C'est dans ce climat survolté que le 10 Octobre " un collectif de 70 journalistes "1, condamne " l’utilisation violente et meurtrière de la force armée ". Le mouvement se prononce pour « une information régie par un secteur public puissant et démocratique qui conserve et développe la totalité des médias et titres existants à la date d’adoption de la nouvelle Constitution aux côtés d’une presse d’opinion pluraliste"2.
Des conflits naissent entre journalistes sur l’orientation à donner au mouvement.
" Ce que nous voulions au départ comme une organisation de type syndical a commencé sous la houlette de certains journalistes à se transformer en une sorte de mouvement politique. " 3
Le quotidien El-Moudjahid est secoué par une grève d’écriture qui durera 27 jours en mars 1989. Cette « première grève d’envergure de la presse algérienne » 4 n’affectera pas sa parution.
Le 23 février 1989, 7.290.760 algériens (73,43 % des suffrages exprimés) approuvent par référendum la troisième constitution algérienne qui garantit au citoyen " les libertés d’expression, d’association et de réunion " (article 39) et reconnaît le droit de " créer des associations à caractère politique " (article 40.)
Notes :

1- Un "collectif de journalistes" et non un officiel ou formel "MJA" comme il sera ultérieurement écrit. Le "Mouvement des Journalistes Algériens" structure organisée n'apparaît en tant que telle que l'année suivante.
2- Algérie-Actualité du 30 mars au 5 avril 1989
3-un journaliste à Algérie-Actualité du 14 au 20 décembre1989.
4-Sandrine TOLOTTI in Jeune-Afrique du 03 mai 1989.
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Des journalistes en conflit avec d’autres membres de ce qui est devenu le Mouvement des Journalistes Algériens s’organisent en mai 1989 en Comités de Coordination Interentreprises. La rupture est consommée au lendemain de la conférence nationale du MJA qui se tient les 13 et 14 octobre 1989 par un communiqué du CCIE. " Le Comité relève que cette conférence n’a pas répondu à l’attente des journalistes. "
" La défaite patente du MJA (...) dans cette bataille du démantèlement de la presse écrite du secteur d’état, préfigure de toute évidence sa défaite dans la bataille de la privatisation pure et simple qui se prépare"1.


" On était loin de poser la question d’une presse privée (...) car nous avions alors la conviction qu’elle ne servirait que des intérêts particuliers."2
Dans son édition du mercredi 14 février 1990, El-Moudjahid titre en Une :
" Au conseil des ministres : droit syndical, défense du dinar et aide de l’Etat aux associations politiques."
En page trois, quinze lignes d’un texte de deux cents lignes signé APS (agence officielle Algérie Presse Service) sont réservées à la libéralisation de la presse. (lire en annexe.)
" Afin de permettre l’émergence d’une presse d’opinion de qualité, le conseil des ministres a décidé d’autoriser les journalistes en fonction actuellement dans les entreprises de presse appartenant au secteur public d’exercer dans les organes qui leur paraissent les plus conformes à leurs opinions et à leur vocation. Leurs rémunérations et l’évolution de leur carrière demeureront garanties par le budget de l’Etat."
Notes :

1-A.MAHMOUDI. Ibid p 96

2-G.MOUFFOK (Omar BELHOUCHET - plus tard directeur de El-Watan- cité par). Etre journaliste en Algérie. Paris : Reporters sans frontières, 1996, p 39.
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Quelques semaines plus tard, le jour même de l’adoption du Code de l’information par l’Assemblée Populaire Nationale1 , une circulaire du chef du gouvernement « sur le régime d’exercice des journalistes du secteur public » est signée (circulaire numéro 04/90 du 19 mars 1990) qui stipule un certain nombre de mesures :

" [ le conseil des ministres sous la présidence de Chadli Bendjedid ], en sa séance du 13 février 1990 a arrêté les mesures suivantes pour consolider et renforcer de façon soutenue, cette dynamique d’élargissement du monde médiatique et des moyens d’information en assurant aux journalistes des régimes d’exercice adaptés (...). Il s’agit (...) de permettre tout à la fois, aux journalistes qui le souhaitent, la mobilité dans la préservation à termes de leurs intérêts de carrière et aux organes d’accueil, la garantie indispensable d’un professionnalisme de qualité (...) Il est désormais ouvert aux journalistes du secteur public les deux options ci-après :

-La possibilité d’œuvrer, au sein de la presse de parti ou d’option de leur choix
-La possibilité de constituer des collectifs professionnels pour la création et l’édition d’un titre indépendant, de revues ou de périodiques (...) "

Le texte de loi (loi 90-07 du 3 avril 1990 relative à l’information. Journal officiel n° 14 du 14 avril 1990) énonce en son article 4 :
" L’exercice du droit à l’information est assuré notamment par:

* les titres et organes d’information du secteur
public,

* les titres et organes appartenant ou créés par les
associations à caractère politique,

* les titres et organes créés par les personnes
physiques ou morales de droit algérien.
Il s’exerce par tout support médiatique écrit, radiophonique, sonore ou télévisuel."

Notes :

1-Durant le second semestre de 1989 l’Assemblée Nationale ( élue avant octobre 1988) adopte un code de l’information. Soumis par le président de la République en seconde lecture quelques semaines plus tard, ce même code est rejeté. Elle y revient donc en ce mois de mars 1990. (A.MAHMOUDI note in Le Nouvel-Hebdo du 5/09/1990 : "En 1989, les journalistes virent défiler entre leurs mains un peu plus (sic) de six projets de codes de l'information".

NB:A la demande de l'administration -en 1989- des journalistes contribuèrent à la préparation de la nouvelle loi sur l'information, qui sera (pour des motifs variables) remise en cause par une partie non négligeable de la profession.
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Dans les deux cas des garanties salariales sont assurées jusqu’au 31
décembre 1992 ainsi que des facilités diverses.


Le 10 avril 1990 une dépêche de l’agence APS, indique :
" on nous signale (...) plusieurs déclarations d’intention pour la création de trois quotidiens, trois hebdomadaires, un journal satirique, quatre périodiques spécialisés (...) ainsi qu’une revue féminine. "

En fait plusieurs publications, périodiques et brochures non- gouvernementaux sont en circulation publique avant cette dépêche de l’agence de presse algérienne.

Trois périodiques d’association :
- El-Irchad (El-Irchad-Wel-Islah - décembre 1989)
- At-Tabyin’ (El-Djahidhiya - février 1990)
- Le Couffin d’Alger (association de consommateurs - janvier1990)1.


Onze organes de partis politiques :

- La lettre du RCD (RCD - juillet 1989)
- El-Mounqid (FIS - octobre 1989)
- La chronique des deux rives (RCD - octobre 1989)1
- L’Avenir (RCD - novembre 1989. Remplace La lettre du RCD)
- FFS-Info (FFS - novembre 1989)
- Assalu (RCD - décembre 1989)
- Tadjamou (RCD - décembre 1989)
- Etaqadum (PSD - décembre 1989)
- Saout-Echaab (PAGS - février 1990 / clandestin2 depuis 1966). Un
en français, un autre en arabe.
- Libre-Algérie (FFS - mars 1990 / clandestin2 depuis août1986)
Notes :

1- Ce titre est indiqué par AGGOUN (Y). El-Moudjahid; monographie du quotidien national de langue française de sa création à nos jours (1965-1990). Th. Sciences Politiques : Paris 2 : 1991, p868.

2- Lire en section 4.3
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Ainsi que :

- Alger-Républicain (proche du PAGS - octobre 1989 / plusieurs fois
interdit depuis sa création en 1938. Un en français, le second en arabe.
- Erriwaya (revue littéraire-février 1990)
- Carrefour-31 (périodique culturel, Oran - avril 1990) 1
- El-Hakim2 (mars 1990).


Le reste de l’année (avril à décembre 1990) 43 journaux de droit privé paraîtront dont neuf appartiennent à des partis politiques et quatre à des associations.
Les journaux créés entre janvier 1989 et décembre 1990 (y compris ceux du secteur public) s’élèvent à 84. (figure 11)

Leur statut :
Journaux de partis : 20 ; journaux d’associations: sept; autres journaux de droit privé: 35; journaux du secteur public:20 (deux sans indication de statut).(figure 12).

Périodicité : quatre quotidiens, 35 hebdomadaires, 13 mensuels, 12 bimensuels, huit bimestriels,10 irréguliers, deux dont la périodicité n’est pas indiquée. (figure 13).
Langue : 50 en français, 31 en arabe, deux en tamaziT, un seul est bilingues (français, arabe).
Les 35 journaux créés en 1989 et 1990 de droit privé (P.R) mais non affiliés à des partis ou à des associations se répartissent ainsi : Informations générales (IG) 12, Informations locales (IL) sept, Informations culturelles (CL) deux, informations spécialisées sept, divertissement quatre, divers : trois.

Notes :

1- Nous avons tenté cette brochure à destination d'un public de jeunes. Elle disparut aux termes de quelques mois du fait de l'article 28 de la nouvelle loi.
( lire en annexe 12B.)

2- Ce titre est indiqué par AGGOUN (Y). El-Moudjahid...Op.Cit

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Le nombre de titres (toutes périodicités et titres confondus) s’élèvera à 160 en 1991 contre 49 en 1988, avec un tirage global de 1.850.000 en 1991 pour 500.000 en 1988.1
De nombreux autres périodiques ont paru, d’autres ont disparu.
En 1996 très peu de ces journaux nés avant 1991 existent encore. Ils ont disparu soit pour des motifs objectifs commerciaux ou de gestion, (difficultés matérielles, financières ou carences) soit pour causes de tracasseries administratives et/ou mauvaises distributions.2
Plusieurs de ces journaux en vente aujourd'hui en Algérie sont disponibles en France.

LA PRESSE D'OPPOSITION.

Moins de trois mois après l'indépendance, nonobstant quelques journaux plus ou moins critiques mais tolérés (lire la section 4.1), une presse radicale d'opposition au régime3 voit le jour avec le révolutionnaire, organe du Parti de la Révolution Socialiste naissant. Plus tard la voix de la révolution (Front des Forces Socialistes), El-Jarida (P.R.S), EL-Badil (Mouvement pour la Démocratie en Algérie) et autres Saout-Echaab (Parti de l'Avant-Garde Socialiste.), Libre-Algérie...renforceront cette presse.

La réalité algérienne jusqu'en 1989 veut que cette presse ne peut circuler que dans la clandestinité en Algérie. Elle est imprimée soit en Algérie soit en France où certains de ces titres sont vendus.

Notes :

1-B.BRAHIMI. In El-Watan du 03 mai 1993.

2-Notamment les périodiques partisans. Nous avons ainsi pu constater que des kiosques à Oran dissimulaient des journaux que nous leur avions nous même distribués la veille.

3- Nous sommes conscients de la non- exhaustivité de ce rappel. D'autres journaux ont paru que nous ne pouvons traiter pour des raisons objectives (peu d'archives ou d'informations crédibles.)
Nos informations proviennent de nos propres documents; du livre de R. REDJALA ("l'opposition en Algérie depuis 1962. le PRS/CNDR, le FFS". Alger : RAHMA, 1991), du témoignage de militants de l'opposition notamment Simon.J, Hadjeres.S, Mahmoud. B, El-Mouhoub. M, Ouali.B, Ouferhat. M.....
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Elle est plus ou moins élaborée, plus ou moins régulière. Cette presse d'opposition est essentiellement marquée par les titres suivants.

-El-Jarida : Après quelques numéros de Le Révolutionnaire, le P.R.S réalise une vingtaine de numéros de El-Jarida durant une dizaine d'années à compter du premier mai 1968 date de parution du premier exemplaire.
Les périodiques du P.R.S cessent dès les premières années quatre-vingts. Des journaux appartenant à d'autres organisations politiques prennent plus tard le relais.

-El-Badil : Le M.D.A après avoir réalisé une trentaine de numéros de El-Badil, lance en juillet 1987 Le Changement, en avril 1988 La Fronde, puis après les événements d'octobre 1988 La Tribune d'Octobre.

-Libre-Algérie : Initialement prévue pour juin 1986 la sortie du premier numéro (numéro zéro) s'effectue en août 1986, fruit d'une collaboration entre deux mouvements d'opposition politique radicale : le FFS et le MDA.
Le journal paru sous le titre de : Libre-Algérie; clin d’œil à l'Algérie-Libre organe du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques en Algérie 1946 / 1954. (Le titre initialement retenu était La Tribune.

Les équipes réalisent 21 numéros (dont deux numéros zéro) entre août 1986 et décembre 1988 date de cessation de parution. (Il reparaît en mars 1990 en Algérie à la suite de l'ouverture politique.)
La première équipe était donc composée de militants ou sympathisants des deux partis jusqu' au numéro spécial 4 - 5 de l'été 1987. Quelques mois après l'assassinat du responsable de la publication Ali MECILI, confrontée à de graves divergences politiques l'équipe se divise. Les militants du M.D.A se retirent. Les membres restants sont confortés par d'autres militants et sympathisants du F.F.S.
Les deux organisations politiques éditent d'autres périodiques de liaison internes.

La Tribune Algérienne : C'est un organe du Comité de Liaison des Trotskystes Algériens. Il y eu 24 numéros étalés sur un peu plus de deux années. Tribune Ouvrière succède à La Tribune Algérienne.
Le C. L. T. A éditait un autre périodique "théorique"; L'Etincelle (cinq numéros) ainsi que d'autres Cahiers ou bulletins internes.

Saout - Echaab (autre clin d’œil à un journal du Mouvement National) est un organe mensuel du Parti de l'Avant-Garde Socialiste. Il est imprimé en Algérie en français et en arabe. La distribution se réalisait non seulement en Algérie mais aussi en France de manière systématique.
Le premier numéro (une seule feuille) est "tiré" dans la Casbah d'Alger en 1966. Plus de 120 numéros furent édités jusqu’au Congrès du P.A.G.S. (décembre 1990) qui donne naissance à un autre mouvement-en janvier1993- : TAHADDI-TAFAT. Le titre est réalisé sous la responsabilité d'une "Commission centrale" puis par un Comité de rédaction. Le P.A.G.S a édité d'autres périodiques. Ainsi La Révolution Socialiste Triomphera En Algérie qui paraît dès le coup d'état de juin 1965, puis Révolution Socialiste organe "théorique" trimestriel et un bulletin de liaison sur deux ans : Ittissal -El- Oummal (Le Lien des Travailleurs.)


LES LIGNES EDITORIALES

La presse privée en Algérie est née d'un acte administratif comme nous l'avons décrit.
La lutte au sein de la profession a porté certes sur l'arbitraire, sur la censure mais surtout sur les conditions de travail. Pas contre le monopole de l'information1- sinon de façon marginale-

Dès 1990, de nombreux journalistes auxquels est proposé le choix de "partir ou rester" optent pour ce qui deviendra "l'aventure intellectuelle."2
Ainsi la quasi totalité des journaux sont -à ce jour- tenus par les plus anciens des journalistes. Cette libéralisation de l'écrit est contredite par la persistance du monopole de l' état sur la publicité ainsi que sur l'importation du papier journal. Trois des quatre rotatives appartiennent à l'état. La diffusion étant en partie non négligeable "entre les mains" de l'état (ENAMEP). Ces situations -à elles seules- ne nous autorisent pas à utiliser le terme de indépendant, pour qualifier cette presse. Afin de saisir les positions éditoriales des journaux algériens il est nécessaire de clarifier quelques événements antérieurs.

Au lendemain de l'arrêt du processus électoral en Algérie en janvier 1992 (l'annulation du second tour des premières élections législatives pluralistes fut décidée au vu des résultats du vote du 26 décembre 1991), plusieurs journaux sont saisis, des journalistes arrêtés. Qu'ils soient proches ou non des islamistes : El-Balagh et l'Eveil sont saisis. Huit journalistes du quotidien El-Khabar sont arrêtés. La presse de "service public" fut aussi touchée : saisie de Ech-Chaab en avril 1992.

Désormais, la presse - harcelée par les graves événements et par les hommes - va se diviser. Elle va fortement idéologiser ses tribunes.
Les écrits s'inscriront dans l'une ou l'autre des deux lignes défendues par des organisations politiques. "Pour" ou "contre". La presse commerciale subsistera. Par contre une presse clandestine reparaît. Une presse islamiste (des brochures) ainsi Minbar-El-Djoumoua...

Notes :

1-Lire "Les nouvelles règles du jeu" in Etre journaliste algérien Op.Cit

2-Dans un bref article daté 16 septembre 1991 El-Watan publie la répartition des subventions allouées pour ce faire. Ainsi la presse du secteur public reçoit 80,8 millions de Dinars Algériens, la presse "indépendante": 52,2; la presse partisane ou associative: 40,5. El-Watan précise :"Il est à signaler que la subvention allouée aux organes de la presse indépendante et partisane correspond aux deux années de salaires".
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La première tendance focalisera ses commentaires sur " la lutte anti intégriste" dans un soutien (critique et ambiguë) aux démarches entreprises par les gouvernants pour sortir le pays de la crise. Cette presse est la plus importante en nombre.1

(Le Matin2, Alger-Républicain, Le pays, l'Hebdo-Libéré ainsi que toute la presse "publique" et plus tard El-Watan à un moindre degré)3

A ceux là il est reproché leur silence sur les atteintes aux libertés fondamentales, de "jeter de l'huile sur le feu" favorisant ainsi tous les extrémismes. (A plusieurs reprises un groupe se dénommant "Front de l'Algérie Moderne" préconisera la partition de l'Algérie et l'interdiction des partis car ils sont devenus "un obstacle à l'expression politique conséquente de l'autre projet de société, celui de l'Algérie Moderne".)4

Notes :

1- Le 10 novembre 1995 lors d'une rencontre-hommage à Monique GADANT (décédée le 29 septembre), Mohamed HARBI intervient : "Monique était tout à fait outrée que la presse I algérienne I soit considérée comme une presse indépendante et une presse libre. Elle écrit dans un texte qu'elle a envoyé au Nouvel-Observateur pour son numéro spécial consacré à l'Algérie I 19 janvier 1995 ? -texte qui ne sera pas publié I
: " Le malentendu consiste dans la présentation de cette presse dont les responsables s'appliquent à donner une image idyllique, qui me paraît bien éloignée de la réalité. Cette image est toujours susceptible de convaincre ceux qui ne la lisent pas (...). Cette image est construite par les efforts conjugués de la presse française et des journaux algériens. Du côté français il me semble que cela fait partie de l'aide accordée à une profession qui paie en Algérie un lourd tribut d'assassinats. Mais à qui paie-t-elle ce prix ? A la liberté de la presse ? A la liberté d'opinion ? J'avoue que j'en doute.(...)"

2- "Des journaux comme Le Matin réputé être éradicateur et qui en réalité sur le plan de l'information a fait le lit des islamistes : "Les troupes d'El-Afghani déferlent sur Hussein-Dey ! ". C'est le recours au sensationnel, c'est le n'importe quoi pour vendre. Les règles morales, d'éthique ont été bafouées..."
(.H.Responsable d'une agence de presse algérienne à Paris. Entretien 12/1995)

3- A.MAHMOUDI écrit dans l'Hebdo-Libéré du 08/06/1994: "Faut-il le dire aujourd'hui ? Faut-il dire cet énorme soulagement lorsqu'un peu après l'attentat raté contre BELHOUCHET, nous avons constaté le changement de ligne intervenu dans El-Watan sur la question de l'intégrisme ? En quelques jours, ce quotidien est ainsi passé d'une ligne réconciliatrice, dialoguiste et capitularde totale à un anti intégrisme virulent qui laissa pantois la majorité de notre rédaction et de nos lecteurs"

4-L'Hebdo-Libéré du 11/02/1992.

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La deuxième tendance met l'accent sur "le respect du choix du peuple". Les articles traitant des "Droits de la personne humaine" sont permanents ainsi que des mises en gardes contre toutes les dérives. Moins nombreux sont par contre les contenus traitant de la violence islamiste. C'est une presse fortement contestataire.
Il s'agit essentiellement des journaux : La Nation, El-Haq, Le quotidien d'Algérie et quelques journaux de l'opposition.

A ceux-ci par contre il est reproché leur silence sur les dérives des groupes armés islamistes et de "reproduire des thèses anti-algériennes élaborées à l'étranger".


La troisième tendance est essentiellement commerciale. Elle consacre plusieurs pages aux faits divers, aux annonces matrimoniales, ou même au "politique". Cette presse est composée de Liberté, Détective, Le Soir d'Algérie, Ech-Chourouk....
L'ensemble des média algériens sont soumis depuis le 7 juin 1994 à une circulaire du ministère de l'intérieur dans laquelle il y est expressément énoncé :
" Au moment où tous les efforts des forces vives de la Nation sont tendus vers l'éradication du terrorisme et de la subversion, je sais pouvoir compter sur votre contribution positive dans la lutte antiterroriste et antisubversive (...)."
Cette circulaire est suivie d'un arrêté interministériel relatif au traitement de l'information à caractère sécuritaire, et de recommandations adressées aux médias nationaux (lire annexe 20).
L'information ayant trait à la situation sécuritaire est désormais soumise à l'imprimatur.

Quelles que soient leurs obédiences les journalistes algériens sont depuis ces dernières années des cibles permanentes de tueurs islamistes ou non.1

Notes :

1-Un mois après l'assassinat de l'écrivain et journaliste Tahar DJAOUT, un comité pour la vérité sur son assassinat lance un appel (le 14/06/93):
"Maintenant que la justice vient d'innocenter les lampistes présumés, réussira-t-elle à démasquer les véritables commanditaires de l'ombre ?"
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(Le professeur Boucebci, membre de ce comité est assassiné le lendemain de l’appel)
Il nous parut intéressant dans un premier temps de nous interroger sur les différences et les analogies entre la presse écrite algérienne existant avant 1990 et celle née à la faveur de la loi d’avril 1990 dans leur traitement de l’opposition politique algérienne; par une analyse comparative.
Dans un second temps au gré de l’avancement des travaux, le thème de la recherche est reformulé.1 Notre interrogation porte (…)

Notes :

1-Notamment par le fait des entretiens que nous avons eus avec des lecteurs et des journalistes : ainsi les responsables du quotidien Alger-Info , des journalistes de l’agence Algérie-Presse-Service, Radio Chaîne 4 et chaîne 2, Le-Matin...et des séminaires
(……..)

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