Thursday, October 16, 2008

Vérité sur les écrits de la presse algérienne sur MECILI

Ce qui suit est extrait de : algeria watch


A- CE QU’EN DISENT LES PROCHE DU POUVOIR (presse comprise)

Farouk Ksentini à propos de l’assassinat de Mecili

« Toute la lumière doit être faite »

El Watan, 28 janvier 2008

« Je suis pour que toutes les investigations nécessaires soient faites et que les assassins soient retrouvés, jugés et condamnés pour leur crime », a tenu à signaler Me Ksentini hier.

Le président de la Commission nationale pour la protection et la promotion des droits de l’homme, Farouk Ksentini, a encouragé hier la justice française à faire la lumière sur l’assassinat de l’avocat et homme politique Ali Mecili. Invité à l’émission de la radio Chaîne III « En toute franchise », Me Ksentini a souligné en réponse à une question sur les deux mandats d’arrêt émis en France contre les assassins de l’opposant algérien, qu’il « est tout à fait normal que ces assassins soient poursuivis et que le juge d’instruction français engage une procédure afin de les juger et condamner, du moment que le crime a eu lieu sur le sol français », dira-t-il. Maître Ksentini qui dit avoir été à la même école que le défunt Mecili s’estime être contre tous les assassinats et à plus forte raison les assassinats politiques : « Je suis pour que toutes les investigations nécessaires soient faites et que les assassins soient retrouvés, jugés et condamnés pour leur crime. »

« VOLONTÉ D’INSTRUMENTALISATION »

Quant au choix de ce rebondissement intervenant vingt ans après l’assassinat, Me Ksentini se verra dire qu’il peut y avoir une volonté d’instrumentalisation de l’affaire du fait des relations passionnelles algéro-françaises. Le responsable de la CNPPDH a dénoncé sur un autre registre la facilité avec laquelle les ressortissants algériens sont pris pour cible à l’étranger. L’avocat prendra comme exemple celui des prisonniers algériens en Libye. « Je dénonce la décision de justice qui a mené à l’amputation des mains de trois de nos compatriotes. Il est peu concevable que des Algériens qui sont partis à la recherche d’un travail pour se faire une situation soient devenus des malfaiteurs. Je ne crois pas en la justesse de ces jugements », dira-t-il en s’interrogeant aussi sur la manière avec laquelle les enseignants algériens ont été traités en Egypte. Evoquant la décision onusienne pour l’ouverture d’une enquête sur les attentats du 11 décembre, Me Ksentini a affirmé que « cette idée d’enquête fait resurgir le vieux problème du qui tue qui, cela laisse entendre que ce sont les forces de l’ordre qui ont commis ces attentats. Le secrétaire général de l’ONU a fait marche arrière, car il a été bien inspiré par la réaction de l’Algérie », et de reprendre : « C’est une injure facile à l’Algérie et aux victimes. »

« mépris de l’administration »

Sur le chapitre des droits humains en Algérie, l’invité de la radio pousse la satisfaction à placer l’Algérie au deuxième rang après l’Afrique du Sud en matière de respect et d’émancipation des droits et relèvera toutefois un bémol en matière des droits sociaux et marquera un recul quant à ses précédentes déclarations faisant état de l’existence d’un risque d’explosion. « J’ai parlé de tension palpable et non pas d’explosion », indique Me Ksentini. Ce dernier affirme avoir consigné dans son rapport présenté au président de la République ces remarques : « Nous avons demandé que le problème de la faiblesse du pouvoir d’achat soit sérieusement examiné. Voir des jeunes se jeter à la mer pour fuir le mal-vivre, il y a de quoi être alarmé et anxieux », note le président de la CNPPDH. En termes de médiation, le même invité fera remarquer que sa commission se heurte au mépris de l’administration : « L’administration, à tous les niveaux local et central, ne s’embarrasse pas de nos interventions, nous sommes sujets au mépris, ce qui est une entrave importante à notre mission », explique Me Ksentini.

Nadjia Bouaricha

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Rebondissement dans l’affaire Ali Mecili

Un fonctionnaire du ministère des AE mis en examen à Paris

El Watan, 17 août 2008

Soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de l’avocat et opposant Ali Mecili le 7 avril 1987 à Paris, Mohamed Ziane Hassani, responsable du protocole au ministère des Affaires étrangères, a été placé sous contrôle judiciaire en France.

Arrêté jeudi dernier à l’aéroport de Marseille-Marignane puis relâché par un juge des libertés et de la détention, Mohamed Ziane Hassani est accusé de « complicité d’assassinat » et mis sous l’interdiction de quitter la région parisienne et sous l’obligation de justifier d’une résidence à Paris avant une prochaine convocation chez le juge d’instruction, Baudouin Thouvenot, prévue à la fin du mois en cours.

L’arrestation puis la mise en examen de Ziane Hassani à Paris fait suite au lancement contre lui le 7 décembre 2007 par le même juge Thouvenot de deux mandats d’arrêt internationaux, l’un contre sa personne et le deuxième contre Abdelmalek Amellou exécutant présumé de l’ordre d’assassinat de Mecili. Selon des sources policières citées par l’AFP, Hassani « était porteur d’un passeport diplomatique mais n’est pas inscrit sur la liste des personnes jouissant de l’immunité diplomatique ». Ces mêmes sources ajoutent qu’« il a tenté de faire jouer une question d’homonyme avec les policiers de la PAF puis avec le procureur d’Aix-en-Provence, sans succès ». L’avocat de la famille Mecili a réagi avec satisfaction à la mise en examen de Ziane Hassani. « c’est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas qu’il se produise ce qui s’est déjà produit dans ce dossier, à savoir l’expulsion vers l’Algérie de suspects avant qu’ils puissent être jugés en France. La justice doit être rendue en France dans cette affaire », indique maître Antoine Comte.

Depuis l’assassinat de Mecili il y a 21 ans, sa famille n’a pas cessé de réclamer justice. Le nom de Ziane Hassani est apparu la première fois dans l’affaire Mecili en 1993 à travers le livre de Michel Naudy Un crime d’Etat, l’affaire Mecili. Une première instruction avait abouti cette même année à un non-lieu et les parties civiles avaient fait appel poussant la chambre d’instruction à reprendre l’enquête. Exilé en France en 1965, Ali Mecili était membre du parti du Front des forces socialistes et militait pour les droits de l’homme. Le 7 avril 1987, il a été assassiné par balles dans le hall de son immeuble parisien du boulevard Saint-Michel. Hocine Aït Ahmed avait pointé ce jour-là un doigt accusateur sur « les services spéciaux algériens pour avoir commandité cet assassinat », et l’ancien président algérien Ahmed Ben Bella avait, lui aussi, estimé que le meurtre de Mecili « a été télécommandé par Alger ».

Le président du Front des forces socialistes, Hocine Aït Ahmed, a réagi hier sur les ondes de Radio France Internationale à la nouvelle de la mise en examen de Ziane Hassani en déclarant : « Je suis très heureux d’apprendre qu’enfin on met fin d’une certaine manière à l’impunité ». Aït Ahmed estime que « l’omerta qui a été adoptée par les autorités algériennes et les autorités françaises était trop dure », ceci et d’exprimer l’espoir qu’« une ouverture se fera sur ce plan-là ». Le leader du FFS confie à ses interlocuteurs : « Pour moi, la perte de Ali Mecili est immense, non seulement en ce qui concerne sa qualité humaniste, sa lucidité et le fait que c’était un symbole pour toute une génération ». « il a été un très grand patriote pendant la guerre de Libération. Il s’est rallié à mon parti… Il s’est mis au service de tous ceux qui étaient pourchassés en France ou ailleurs. Pour moi, Mecili fait partie de ces grandes élites internationales », indique Aït Ahmed, qui dit ne jamais s’être remis de la perte de son ami. Aït Ahmed assure, en outre, que « Madame Mecili et ses enfants sont très heureux d’apprendre qu’enfin justice va être rendue ». Le Front des forces socialistes s’est exprimé, en outre, à travers un communiqué signé par son premier secrétaire par intérim Ahmed Betatache. « Le FFS se réjouit de cette nouvelle et tient à saluer le courage et l’intégrité morale du juge », est-il écrit dans son communiqué.

Le FFS exprime toutefois la crainte d’un blocage de la procédure judiciaire. « dans cette affaire, les intrusions des pouvoirs, au nom de la raison d’Etat, ont systématiquement œuvré contre la manifestation de la vérité. C’est cette expérience du déni de justice qui fait craindre que des pressions puissent s’exercer en vue de retarder ou de bloquer la procédure entamée. » Le plus vieux parti d’opposition, dont Ali Mecili était membre, promet de suivre « avec attention les suites qui seront données à cette affaire et espère que la logique du droit l’emportera sur la raison d’Etat et la déraison des contrats qui, dans tous les cas, demeurent des arguments inacceptables ». A l’heure où nous mettons sous presse, le ministère des Affaires étrangères n’a émis aucune réaction. Contacté par téléphone, une source diplomatique avait assuré qu’un communiqué allait être diffusé.

Par Nadjia Bouaricha


Chronologie d’une affaire étouffée par deux raisons d’état

Le 7 avril 1987, à 22h 35, Maître Ali André Mecili est assassiné devant l’entrée de son domicile à Paris, à l’âge de 47 ans.

Avocat au barreau de Paris, ce fervent opposant au pouvoir algérien depuis l’indépendance reçoit trois balles dans la tête. Trois jours après le crime, la justice française ouvre une information judiciaire confiée au juge d’instruction Françoise Canivet-Beuzit. L’enquête avance en titubant. Deux mois plus tard, la police française arrête deux suspects, un algérien qui s’appelle Abdelmalek Amellou et sa concubine, une certaine Fatna Beliali. Le principal suspect nie tout rapport avec le crime. En l’absence de preuves accablantes, le juge chargé de l’affaire refuse de l’inculper. Abdelmalek Amellou est renvoyé en Algérie en compagnie de Fatna Beliali en vertu d’un arrêté d’expulsion pris le 12 juin par Robert Pandraud, ministre de la Sécurité de l’époque. La décision est motivée par des affaires remontant, pour les plus récentes, à 1983. L’enquête sur l’assassinat de Ali Mecili n’aboutit jusque-là à rien. Mais sa famille et ses proches refusent la fatalité et décident de se battre pour faire éclater la vérité sur son assassinat. Ils constituent ainsi un comité de défense qui dénonce l’immobilisme de l’instruction dont les secrets sont impénétrables. Près de quatre mois après les faits, l’affaire rebondit par le biais de la presse française qui publie les témoignages de l’entourage d’Ali Mecili sur les menaces qu’il avait reçu et les détails des auditions menées à partir du 11 juin qui mentionnaient les liens d’Amellou avec les services spéciaux algériens.

Le scandale éclate et les avocats d’Annie Mecili, veuve de la victime, demandent au juge d’instruction de délivrer une commission rogatoire internationale en vue de l’audition du suspect renvoyé en Algérie. Les langues allaient commencer à se délier. En novembre, l’une des sœurs de Fatna Beliali révèle effectivement à un inspecteur que celle-ci lui aurait avoué la culpabilité d’Amellou. Mais elle finit par se rétracter quelques jours plus tard, en pleine audition. Neuf mois après l’expulsion du suspect, soit en mars 1988, le juge d’instruction délivre une commission rogatoire internationale à destination des autorités algériennes. Celles-ci mettent trente-trois mois pour répondre à la commission rogatoire en disant que les investigations multiples et réitérées sont demeurées vaines et infructueuses. La veuve de la victime refuse de se taire devant les anomalies et les incohérences de l’instruction. Elle porte plainte pour « forfaiture et attentat aux libertés publiques ». Plainte qui aura une fin de non-recevoir en octobre 1992. En novembre de la même année, le juge Rivière, qui a remplacé Françoise Canivet-Beuzit, prononce le non-lieu. Cinq mois après, le parquet général de Paris se déclare pour la poursuite de l’enquête. La chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris ordonne ainsi la continuation de l’instruction, confiée cette fois au juge parisien Chantal Perdrix. Une nouvelle commission rogatoire internationale est adressée en 1998 aux autorités algériennes. Mais celle-ci restera sans réponse. La justice française tente à maintes reprises d’obtenir des éclaircissements sans y parvenir. Silence radio du côté algérien. En 2001, Hichem Aboud, ancien chef de cabinet du directeur central des services spéciaux algériens, monte au créneau et affirme, dans un entretien à l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, l’implication du suspect Amellou dans l’affaire. Mais ses déclarations ne changent guère le cours des choses. En 2003, un déserteur de l’armée algérienne réfugié en Allemagne, le colonnel Mohamed Samraoui en l’occurrence, révèle les liens existant entre un agent des services de renseignement algériens et le suspect Amellou. Il passe en tant que témoin devant le juge d’instruction Baudoin Thouvenot, qui a repris le dossier. Un mois plus tard, le juge Thouvenot lance un double mandat d’arrêt international contre Abdelmalek Amellou et Mohamed Ziane (Rachid) Hassani, présumé commanditaire de l’assassinat de Ali Mecili.

Moahmed Ziane Hassani, devenu responsable du protocole au ministère des Affaires étrangères, est arrêté puis inculpé depuis le 15 du mois courant. L’affaire prend ainsi un nouveau cours. Ali Mecili a passé sa vie à militer pour la démocratie et les droits de l’homme en Algérie. Membre fondateur du FFS et proche de Hocine Aït Ahmed, il a fait partie des farouches opposants au pouvoir algérien jusqu’à son assassinat. Il a grandement contribué au rapprochement des différents courants de l’opposition dans les années 1980. Il a réussi d’ailleurs, en décembre 1985, à convaincre le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) d’Ahmed Ben Bella et le FFS de Hocine Aït Ahmed de signer un accord à Londres. Ali Mecili a lancé, en août 1986, le journal partisan Libre Algérie, auquel ont collaboré des militants des deux partis (non agréés). Il a défendu jusqu’à sa mort la liberté d’expression et d’opinion, tentant au nom de la liberté de la presse d’obtenir le report des mesures d’interdiction prises en décembre 1986 et mars 1987 contre les revues du MDA. Ali Mecili s’est battu pour ses convictions politiques et les idéaux démocratiques jusqu’à son dernier souffle. Moudjahid pendant la guerre de Libération, il meurt assassiné pour les causes justes, vingt-cinq après l’indépendance.

• (Sources : le livre de Michel Naudy, Un Crime d’Etat : l’Affaire Mecili et celui de Hocine Aït Ahmed, L’Affaire Mecili).

Par M. A. O.

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de Ali Mecili

Aït Ahmed craint que l’affaire n’aille pas jusqu’au bout

El Watan, 19 août 2008

Les autorités algériennes demeurent sans réaction après l’arrestation puis la mise en examen en France du diplomate algérien, Mohamed Ziane Hassani, soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Ali Mecili.

Ce présumé commanditaire qui se trouve aujourd’hui à Paris sous l’interdiction de quitter la région parisienne, attend une convocation du juge d’instruction prévue pour la fin du mois en cours. Si des zones d’ombre entourent l’attitude silencieuse des autorités algériennes, Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes et ami de Ali Mecili, dit redouter que l’affaire ne suive pas son cours jusqu’au bout. Dans un entretien accordé au journal électronique Tout sur l’Algérie, Hocine Aït Ahmed qui exprime son « euphorie » pour « le réveil de la justice française après 21 ans de déni de justice », espère aussi que « les choses iront jusqu’au bout ». « Pour moi, il n’y a pas de justice sans éthique de la justice. Au lieu de se gargariser de droits de l’homme, il faut commencer par civiliser la politique et garantir l’indépendance de la justice des deux côtés de la Méditerranée », dit-il. Ce dernier n’exclut pas que Ziane Hassani quitte le territoire français avant la tenue de son procès. « cela pourrait évidemment bien se produire, sans exclure une planification préalable des deux côtés », précise Aït Ahmed.

Tout en affirmant faire confiance au juge Thouvenot, le leader politique qualifie cette affaire de « vrai polar barbouzo-totalitaire se déroulant derrière les murs de la raison d’Etat et des déraisons des contrats ». Aït Ahmed prend l’exemple de l’ex-ministre français de l’Intérieur Charles Pasqua « qui avait envoyé à Alger le tueur, alors que son implication ne faisait aucun doute puisqu’il était porteur d’un ordre de mission de la police politique signé précisément par le « sieur » Hassani qui vient d’être arrêté à Paris ». Le responsable du FFS estime que « la connivence entre Etats » a commencé lorsque dans cette affaire avec « le coup de téléphone de ce ministre de l’Intérieur français à l’ambassadeur d’Algérie à Paris rien que pour le rassurer sur le fait que l’Algérie n’avait rien à faire dans cette histoire ». Hocine Aït Ahmed estime que « l’élément qui a fondé la conviction du juge est le témoignage de Samraoui en 2003. Quand il a raconté comment il avait accompagné Hassani pour aller voir Amalou, le tueur, et le convaincre d’accepter 800 000 francs pour son « boulot » en attendant le reste ». Le même leader politique qui a toujours dénoncé un crime politique a indiqué que « le dossier a établi sans ambages la complicité d’autres personnes dans ce dossier » et « quant aux commanditaires politiques, c’est l’histoire d’une police politique qui a pris en otage la justice de notre pays depuis l’indépendance ».

La lenteur de la réaction de la justice française qui aura duré plus de vingt ans est qualifiée par l’invité de TSA de « lâcheté des deux Etats ». « Force est de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C’est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie », note Aït Ahmed. Ce dernier ne voit pas de lien entre l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy et les nouveaux rebondissements dans le dossier Mecili. Il estime même que « les choses ont été menées à son insu ». « Je crois que les initiatives viennent du nouveau juge Thouvenot qui a repris le dossier au juge Bruguière. Ce dernier avait refusé de faire aboutir les choses. A mon avis, le pouvoir politique français n’a pas joué un rôle déterminant dans cette évolution du dossier. Je crois qu’il a même été dépassé par l’initiative du juge Thouvenot. C’est pour cela que nous craignons pour l’avenir », indique le leader historique en exprimant l’espoir que le succès sera du côté de la justice.

Par Nadjia Bouaricha

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Deux semaines après l’inculpation de ziane hasseni

Le diplomate algérien auditionné aujourd’hui par le juge d’instruction parisien

Par :Yacine Kenzy, Liberté, 1er septembre 2008

Deux semaines après son inculpation par la justice française, le chef du protocole au ministère des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hasseni, doit être auditionné cet après-midi par le juge d’instruction Baudoin Thouvenot. M. Hasseni a été mis en cause dans l’assassinat, en 1987 à Paris, de l’opposant André-Ali Mecili, alors porte-parole de Hocine Aït Ahmed. Sans considération pour son passeport diplomatique, il a été arrêté le 14 août à sa descente d’avion à l’aéroport de Marseille. Transféré le lendemain à Paris, il a été inculpé de “complicité d’assassinat” par la juge Goetzman et placé sous contrôle judiciaire, une mesure assortie d’une interdiction de quitter la région parisienne et de l’obligation de justifier d’une résidence à Paris où il a d’ailleurs été rejoint par son épouse. Le diplomate a été arrêté suite à la délivrance d’un mandat d’arrêt visant en réalité le nommé Rachid Hassani, lequel est accusé par l’ex-officier Mohamed Samraoui, réfugié aujourd’hui en Allemagne, d’avoir commandité le meurtre de M. Mecili. Le mis en cause plaide l’erreur des policiers français qui ont confondu entre Hasseni et Hassani. Le célèbre avocat Jacques Vergès, interrogé à ce sujet par Liberté, a qualifié de “scandale” cette arrestation. “Il n’a pas le même nom. Il n’a pas le même prénom. Il n’a pas la même date de naissance. Il n’a pas le même métier. Et on l’arrête. C’est un haut fonctionnaire. On le fait voyager de nuit, menotté dans un train. Ensuite, on l’inculpe alors qu’on dit qu’il y a une confusion d’identité. Ensuite, on le met sous contrôle judiciaire. Je dis que c’est un scandale”, déclarait Me Vergès qui évoque un “délit de faciès” dans le dossier car s’il s’agissait d’un nom français, on n’aurait pas arrêté “Martin alors qu’on cherchait Marton”. Lors de l’audition d’aujourd’hui, M. Hasseni sera vraisemblablement confronté par visioconférence à son accusateur. M. Samraoui, converti en opposant, soutient l’avoir reconnu sur des photos qui lui ont été récemment présentées par le journal électronique français Médiapart. Ce qui a fait ricaner l’entourage du diplomate. M. Samraoui affirme avoir été témoin d’une scène où M. Hasseni aurait remis une somme d’argent au meurtrier présumé. Arrêté alors, ce dernier avait été renvoyé en Algérie. Des sources françaises soutiennent que Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, soupçonnait une histoire de règlement de comptes pour motiver sa décision. Il pensait que M. Mecili n’avait pas été liquidé pour son rôle politique, mais pour son ancienne appartenance à la Sécurité militaire. On omet souvent de le dire, mais M. Mecili était officier des services secrets avant de rallier l’opposition. Un autre officier, en rupture de ban, Hichem Aboud, a démenti la thèse de Mohamed Samraoui et penche aussi pour une confusion. En tout cas, l’entourage du diplomate est tout à fait serein. Des accusations formulées par un opposant risquent de se révéler très fragiles. D’autant plus fragiles que l’accusateur semble vouloir régler des comptes à des diplomates en poste en Allemagne dans les années 90. C’est là qu’il se trouvait avant d’être rappelé dans le cadre de la mobilité. Un rappel qu’il ne semble pas avoir supporté et qui l’a amené à passer dans l’opposition pour bénéficier de l’asile politique. L’accusation est aussi fragilisée par la position du parquet qui a requis un non-lieu au profit du diplomate. Dans le cadre de ce dossier, Alger a reçu la visite du coordonnateur national du renseignement à la présidence de la République française. Le déplacement de Bernard Bajolet, ambassadeur à Alger jusqu’à juillet dernier, a été entouré de secret. D’abord silencieuses, les autorités algériennes ont qualifié lundi “d’incident regrettable” l’interpellation de M. Hasseni.

Y. K.


Dénouement ?

Par :Salim Tamani

La justice se serait, pour ainsi dire, trompée de personne. Se pose alors la question de savoir si le juge Thouvenot déciderait aujourd’hui de clore le dossier “Hasseni” et de rendre au diplomate algérien sa liberté totale. On s’acheminerait très probablement vers cette issue d’autant qu’Alger n’en avait pas fait une affaire.

Faut-il s'attendre, aujourd’hui, à un dénouement dans “l'affaire Mecili” lors de l’audition de Mohamed Ziane Hasseni, le diplomate algérien arrêté le 14 août dernier à l'aéroport de Marseille, par le juge Thouvenot ? La défense a contesté les motivations de la mise sous contrôle judiciaire et son caractère contraignant. Mohamed Ziane Hasseni a été inculpé de “complicité” présumée dans l’assassinat, en avril 1987 à Paris, de l’avocat André-Ali Mecili, et mis sous contrôle judiciaire assorti d’une assignation à résidence. Le contrôle judiciaire lui impose de résider à Paris, de ne pas s’éloigner de la région Île-de-France et de se présenter deux fois par semaine au service des contrôles judiciaires du tribunal correctionnel de Paris. Le magistrat, qui suit “l’affaire Mecili”, l’entendra sur le fond du dossier. La défense fait valoir, bien entendu, l’erreur judiciaire induite par une confusion d’identité entre son client, qui était en poste en Allemagne en 1987, et le coupable recherché. Car, Il s’agirait bel et bien d’un homonyme. Son avocat est catégorique. Son client ne s’appelle pas Hassani, mais Hasseni et qu’il n’a rien à voir avec le vrai Hassani qui se prénomme Rachid, et qui n’est pas originaire de la même région. La justice se serait, pour ainsi dire, trompée de personne. Se pose alors la question de savoir si le juge Thouvenot déciderait aujourd’hui de clore le dossier “Hasseni” et de rendre au diplomate algérien sa liberté totale. On s’acheminerait très probablement vers cette issue d’autant qu’Alger n’en avait pas fait une affaire. L’absence de réaction officielle du département de Mourad Medelci, le jour même de l’interpellation de Mohamed Ziane Hasseni, n’était pas une omission ou un abandon, comme certains cercles l’avaient qualifiée, d’un de nos diplomates aux mains d’une juridiction étrangère. Mais la complexité de “l’affaire Mecili” qu’Alger ne reconnaît pas en tant que telle a suscité une prise en charge au-delà des canaux diplomatiques existants entre l’Algérie et la France.

S. T.

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Hasseni auditionné hier dans le cadre de l’Affaire Mecili : L’accusation fragilisée

Auditionné, hier après-midi, par le juge Baudoin Thouvenot, en présence de ses avocats, Mes Khaled Lasbeur et Jean-Louis Pelletier, Mohamed Ziane Hasseni a maintenu ses déclarations initiales, celles qu’il a faites lors de l’audience de comparution devant la juge d’instruction de permanence, Mme Goetzmann, au lendemain de son interpellation à l’aéroport de Marignane (Marseille) le 14 août dernier.

Paris (France) : De notre bureau, El Watan, 2 septembre 2008

« Lors du premier interrogatoire, je me suis expliqué : je suis étranger à cette affaire et je n’ai pas d’autres déclarations à faire », a répondu l’intéressé au juge Thouvenot, maintenant qu’il n’a rien à voir avec Rachid Hassani, présenté par l’accusation comme le commanditaire de l’assassinat de l’avocat Ali Mecili. La défense de Mohamed Ziane Hasseni a produit la copie des deux photos illustrant un article du site payant Médiapart, photos sur lesquelles Mohamed Samraoui avait affirmé reconnaître Rachid Hassani. « Or, cette personne portant des lunettes de vue et une chevelure abondante ne correspond nullement à Ziane Hasseni », nous a indiqué Me Khaled Lasbeur, un des deux avocats de Mohamed Ziane Hasseni.

« Cet élément nouveau a été versé au dossier, il fragilise l’accusation du juge Thouvenot et rend peu crédible le témoignage de M. Samraoui, seul véritable accusateur », nous déclare, pour sa part, Me Jean-Louis Pelletier, le second avocat de Mohamed Ziane Hasseni. « La personne représentée sur les photos ne peut pas être Mohamed Ziane Hasseni », nous dit encore son avocat. Il est à rappeler que le juge Thouvenot avait émis un mandat d’arrêt international en décembre 2007 contre Rachid Hassani, présumé commanditaire de l’assassinat de Me Ali Mecili, militant du FFS, sur la base du témoignage de Mohamed Samraoui, ex-officier des services secrets algériens, aujourd’hui réfugié politique en Allemagne, comme étant l’homme qui, en sa présence, avait versé à Amellou, le tueur de Ali Mecili, une partie de l’argent de son « contrat » dans un hôtel algérien en 1987.

Il n’y a pas eu de confrontation par visiophone entre Ziane Hasseni et son accusateur, Mohamed Samraoui, comme certains médias l’ont avancé il y a quelques jours. Le contrôle judiciaire auquel Mohamed Ziane Hasseni est soumis, soit deux présentations par semaine devant le service des contrôles judiciaires du tribunal correctionnel de Paris, devra être ramené à une seule fois par semaine en attendant que la chambre d’instruction décide, dans les jours à venir, des suites à donner à la demande d’annulation de la mise sous contrôle judiciaire de Mohamed Ziane Hasseni, introduite en appel par ses avocats. « Cette mise en examen et ce contrôle judiciaire n’ont aucune justification », nous a affirmé Me Jean-Louis Pelletier.

Par Nadjia Bouzeghrane

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ffaire Mecili : Le diplomate algérien fait appel de sa mise en examen

par Synthèse: R.N., Le Quotidien d'Oran, 2 septembre 2008

Le diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni, soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de l'avocat algérien Ali Mecili en 1987 à Paris, a fait appel de son inculpation et de son placement sous contrôle judiciaire, a annoncé lundi son avocat, Me Jean-Louis Pelletier.

M. Hasseni, responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, interpellé le 14 août à Marseille (sud-est), avait été inculpé le lendemain à Paris pour «complicité d'assassinat» et placé sous contrôle judiciaire par le juge Baudouin Thouvenot. Il a été entendu lundi après-midi sur le fond du dossier par le magistrat qui avait délivré en décembre 2007 un mandat d'arrêt à son encontre. Me Pelletier a indiqué à l'AFP, à l'issue de cette audition, avoir saisi la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris pour «annuler cette mise en examen et ce contrôle judiciaire qui n'ont aucune justification». La cour d'appel n'avait pas encore enregistré cette demande lundi après-midi.

Selon Me Pelletier, «on reste complètement dans le flou dans cette histoire». «C'est à l'accusation d'apporter les preuves de la participation de mon client à cette curieuse affaire qui s'est déroulée il y a plus de vingt ans», a-t-il ajouté. «Mais je pense que le juge commence à percevoir les failles de l'accusation», a expliqué Me Pelletier, qui espère que le parquet restera sur sa position initiale.

Le ministère public s'était en effet prononcé contre la délivrance par le juge du mandat d'arrêt, estimant qu'il ne «s'imposait pas».

«Le seul élément contre mon client provient de témoignages fluctuants du colonel Mohammed Samraoui qui affirme que c'est M. Hasseni le coupable, sans apporter la moindre preuve», a relevé Me Pelletier.

L'Algérie, par la voix du ministre de la Communication, avait réagi à l'interpellation de M. Hasseni, la considérant comme un «incident regrettable», souhaitant que la justice française le «réhabilite rapidement». Lors du point de presse animé le 25 août dernier à l'issue du conseil du gouvernement, M. Abderrachid Boukerzaza avait déclaré que «le diplomate algérien a été victime d'un traitement humiliant de la part de la police française. C'est un incident regrettable», a-t-il ajouté. Après l'arrestation de M. Hasseni, le jeudi 14 août, «les autorités algériennes ont veillé à éviter la polémique, laissant à la justice française l'occasion de le réhabiliter, sur la base de preuves irréfutables», a-t-il ajouté. Les juges français «vont se prononcer sur ce cas dans un proche avenir», a-t-il poursuivi. «Une cellule de crise a été installée au ministère des Affaires étrangères dès l'éclatement de cette affaire et un groupe d'avocats a été constitué pour défendre» M. Hasseni, a indiqué le ministre.

Ali Mecili, 47 ans, porte-parole du FFS, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris

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Affaire Mecili

Vers l’annulation des poursuites contre le diplomate

Par : A. OUALI, Liberté, 3 septembre 2008

“Je ne sais pas où on va, mais on n’est pas mal.” Sans être triomphaliste, l’avocat de Mohamed Ziane Hasseni affichait une grande confiance après l’audition du chef du protocole du ministère des Affaires étrangères par le juge chargé du dossier Ali Mecili.

M. Hasseni a été entendu pendant une heure et vingt minutes par Baudoin Thouvenot qui a délivré un mandat d’arrêt dans l’affaire de l’assassinat de l’opposant Ali Mecili en 1987 à Paris. Un mandat qui a conduit le 14 août à l’arrestation du diplomate par la police à Marseille, puis à son inculpation et à son placement sous contrôle judiciaire. Pourtant, son identité ne correspond pas à celle figurant sur le mandat d’arrêt. Entendu lundi après-midi sur le fond du dossier, il a décidé immédiatement de faire appel de ces décisions. Un de ses avocats, Me Jean-Louis Pelletier, a saisi la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris pour “annuler cette mise en examen et ce contrôle judiciaire qui n’ont aucune justification”.

La chambre d’instruction (ou d’accusation) statue sur les décisions du juge d’instruction susceptibles d’appel. Elle examine obligatoirement l’instruction de toutes les affaires criminelles avant qu’elles ne soient renvoyées, le cas échéant, devant la cour d’assises. “On ne sait pas quand on va plaider mais ce sera à une date très proche”, nous a indiqué Me Pelletier, précisant que s’il obtenait l’annulation de l’inculpation, il n’y aurait plus lieu de plaider sur le contrôle judiciaire. Dans ce cas, le diplomate aura dans le dossier le statut de “témoin assisté”, à mi-chemin entre celui de simple témoin et celui d’inculpé. À la fin de l’audition, le diplomate est apparu confiant, selon ses proches. “Il en est sorti avec le sentiment que le juge commence à douter des accusations.”

Un sentiment partagé par son défenseur. Selon Me Pelletier, “on reste complètement dans le flou dans cette histoire”. “C’est à l’accusation d’apporter les preuves de la participation de mon client à cette curieuse affaire, qui s’est déroulée il y a plus de vingt ans”, a-t-il ajouté. “Mais je pense que le juge commence à percevoir les failles de l’accusation”, a expliqué Me Pelletier qui espère que le parquet restera sur sa position initiale. Le ministère public s’était, en effet, prononcé contre la délivrance par le juge du mandat d’arrêt, estimant qu’il ne s’imposait pas. “Je remarque une chose qui est presque unique, c’est que l’accusation n’est pas soutenue par le parquet. Ce qui est rarissime”, a observé l’avocat interrogé par Liberté. “Le seul élément contre mon client provient de témoignages fluctuants du colonel Mohammed Samraoui (en exil en Allemagne, ndlr) qui affirme que c’est M. Hasseni le coupable, sans apporter la moindre preuve”, a relevé Me Pelletier. Ali Mecili, 47 ans, exilé en France en 1965, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris. Dans ce dossier, le mandat d’arrêt visait en réalité le nommé Rachid Hassani. Le diplomate plaide l’erreur des policiers français qui ont confondu entre Hasseni et Hassani. “Lorsqu’on part sur une quasi-homonymie qui ne veut pas dire grand-chose, je trouve que c’est boiteux”, a affirmé Me Pelletier pour dire que les soupçons sont infondés. Mieux, il indiqua avoir démontré les derniers arguments brandis par l’accusateur Mohamed Samraoui.

Rencontré par le journal électronique français, Médiapart a affirmé sur un ton péremptoire avoir identifié M. Hasseni sur des photos qui lui ont été présentées comme le commanditaire du meurtre. “La personne qu’il affirme avoir reconnue n’est absolument pas Hasseni”, tranche Me Pelletier. C’est le témoignage de l’ancien officier converti en opposant qui a relancé l’affaire. Il affirme avoir été témoin d’une scène où le commanditaire de l’assassinat a remis une somme d’argent à l’exécutant du “contrat”, immédiatement identifié par la police française et renvoyé en Algérie. Au fil des jours, l’accusation apparaît de plus en plus fragile. M. Hasseni a déjà obtenu un allégement du contrôle judiciaire. En attendant la décision de la cour d’appel, il se présentera une fois par semaine à la police et non plus deux fois. Le célèbre avocat Jacques Vergès, interrogé récemment sur ce dossier par Liberté, l’a qualifié de “scandale”. “Il n’a pas le même nom. Il n’a pas le même prénom. Il n’a pas la même date de naissance. Il n’a pas le même métier. Et on l’arrête. C’est un haut fonctionnaire. On le fait voyager de nuit, menotté dans un train. Ensuite, on l’inculpe alors qu’on dit qu’il y a une confusion d’identité. Ensuite, on le met sous contrôle judiciaire. Je dis que c’est un scandale !” déclarait Me Vergès qui évoque un “délit de faciès” dans le dossier car s’il s’agissait d’un nom français, on n’aurait pas arrêté “Martin alors qu’on cherchait Marton”.

A. OUALI

Affaire du diplomate algérien mis sous contrôle judiciaire en France “Les détails de ce cas seront publiés dans la presse nationale”

Par :Souhila Hammadi

Interpellé sur l’affaire du diplomate algérien, Mohamed Ziane Hasseni mis sous contrôle judiciaire en France pour son implication présumé dans l’assassinat d’Ali Mecili, le Chef du gouvernement Ahmed Ouyahia a répliqué que le dossier “est en ce moment traité par les instances judiciaires françaises”. Sous-entendant la non-ingérence du gouvernement dans une affaire en cours d’instruction, il a affirmé que les détails de ce cas-là sont publiés dans la presse nationale.

S. H.

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Affaire Mecili : Les parties civiles demandent une confrontation Hasseni-Samraoui

La famille de l’avocat Ali Mecili a déposé une demande de confrontation entre le diplomate Mohamed Ziane Hasseni, mis en examen le 15 août dernier pour « complicité d’assassinat » et placé sous contrôle judiciaire à Paris, et Mohamed Samraoui, ancien officier des services de renseignement algériens, réfugié en Allemagne, qui l’accuse d’être le commanditaire de l’assassinat de Ali Mecili à Paris en 1987, a annoncé hier l’avocat des parties civiles, Me Antoine Comte...

Paris (France). De notre bureau, El Watan, 4 septembre 2008

« Nous avons déposé mardi une demande de confrontation entre les deux hommes », a précisé à l’AFP Me Comte. Selon lui, « le juge Thouvenot devrait faire droit à cette confrontation ». Entendu lundi après-midi par le juge Baudoin Thouvenot sur le fond du dossier (lire El Watan de mardi), Mohamed Ziane Hasseni s’est formellement déclaré étranger à cette affaire, maintenant ses déclarations initiales, celles qu’il a faites lors de l’audience de comparution devant la juge d’instruction de permanence, Mme Goetzmann, au lendemain de son interpellation à l’aéroport de Marignane (Marseille) le 14 août dernier. Mohamed Ziane Hasseni a réitéré qu’il n’a rien à voir avec Rachid Hassani, présenté par l’accusation, sur la base du témoignage de Mohamed Samraoui, comme le commanditaire de l’assassinat de l’avocat Ali Mecili.

A l’appui des dires de son client, la défense de Mohamed Ziane Hasseni a remis au juge Thouvenot la copie des deux photos illustrant un article du site payant Médiapart, photos sur lesquelles Mohamed Samraoui avait affirmé reconnaître Rachid Hassani. Or, l’homme représenté sur la photo ne correspond pas à Mohamed Ziane Hasseni. Ce nouvel élément fragilise l’accusation. Dans ce dossier, l’accusation n’est pas soutenue par le parquet. En effet, le ministère public s’était prononcé contre la délivrance, courant 2007, par le juge Thouvenot du mandat d’arrêt, sur la base duquel Mohamed Ziane Hasseni a été interpellé le 14 août dernier à Marseille, à sa descente d’avion en provenance d’Alger, estimant qu’il ne s’imposait pas. Le mandat d’arrêt visait Rachid Hassani et non Mohamed Ziane Hasseni. La défense a saisi la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris pour annuler la mise en examen et le contrôle judiciaire auquel est soumis Mohamed Ziane Hasseni. Ils « n’ont aucune justification », nous avait affirmé lundi Me Jean-Louis Pelletier, l’un de ses deux avocats.

Par Nadjia Bouzeghrane

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L’Affaire Ali Mecili

La Justice Française libère le diplomate algérien Ziane Hassani

El Khabar, 6 septembre 2008

Une source fiable a indiqué que les autorités Françaises ont décidé dernièrement de libérer le diplomate algérien Mohammed Ziane Hassani, détenu depuis le 13 Août dernier en France, soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de l’avocat algérien Ali Mecili à Paris en 1987.
Selon les mêmes sources, le Gouvernement algérien aurait exercé une grande pression sur les autorités Françaises, ce qui a poussé la Justice de ce pays à désigner rapidement un juge qui décidera de libérer l’accusé pour l’absence de preuves, privilégiant le bénéfice du doute.
Les mêmes sources ont ajouté que le diplomate algérien est revenu en Algérie et qu’il a rejoint les membres de sa famille.

06-09-2008
Par A. Redouane/ Rubrique Traduction

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Affaire Mecili

Quand France 3 invite Samraoui…

Par :Outoudert Abrous, Liberté, 10 septembre 2008

D’abord une évidence : l’assassinat de l’opposant André-Ali Mecili en 1987 à Paris n’a jamais été rangé dans la catégorie des faits divers. Ses fonctions au sein du FFS, son rôle dans le rapprochement entre Aït Ahmed et Ben Bella, les deux principaux opposants au régime du parti unique d’alors, le plaçaient, à l’époque, dans la ligne de mire du pouvoir.
Ensuite, l’empressement avec lequel les autorités françaises ont expulsé le meurtrier présumé, via Bruxelles, semble-t-il, ne laisse pas de place au doute quant au caractère politique de l’assassinat. Dans cette hypothèse, le meurtrier présumé est seulement le dernier maillon d’une organisation. Pour autant, faut-il accabler un suspect que bien des indices mettent à l’écart du scénario ? C’est dans cette voie que s’obstine l’ex-officier Mohamed Samraoui, réfugié en Allemagne où il était en poste jusqu’en 1996.
Interrogé lundi soir par la chaîne de télévision France 3, il a maintenu ses accusations contre le diplomate Mohamed Ziane Hasseni, inculpé et placé sous contrôle judiciaire à Paris. Une caméra de France 3 semble s’être incrustée dans le tribunal de Paris pour saisir des images du chef du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères.
Projetées à Mohamed Samraoui, ce dernier a affirmé reconnaître en lui le nommé Rachid Hassani qui est visé par un mandat d’arrêt international. Le mandat a été justement délivré après les accusations de l’ex-officier affirmant avoir été témoin d’une scène où s’est négocié le contrat de liquidation de M. Mecili. Avant les images de France 3, des photos publiées par le journal électronique Médiapart ont été présentées à Mohamed Samraoui. L’individu qu’il avait identifié dessus comme étant M. Hasseni était une autre personne. Et la démonstration en a été faite par la défense lors de l’audience du 1er septembre, selon Me Jean-Louis Pelletier.
Dans cette affaire, l’ex-officier a revêtu la toge du procureur. N’est-il pas guidé par un souci de sauver sa parole et sa respectabilité de nouvel opposant à ses anciens chefs hiérarchiques ? Au risque de compromettre un innocent ? C’est ce qu’il y a lieu de craindre. Avec d’autres opposants, Mohamed Samraoui a lancé un mouvement politique au nom de Rachad. Dans son ouvrage signant publiquement sa rupture avec son service d’origine et son passage à l’opposition, l’ex-officier a accablé l’ambassadeur d’Algérie à Bonn. Une rancune tenace suintait de son propos. C’est à Bonn que M. Hasseni est ensuite arrivé au poste de consul général. Une affectation qui le mettait naturellement en relation avec l’ambassadeur, un collègue avec qui il aura de bonnes relations. Avant de rejoindre le ministère des Affaires étrangères, M. Hasseni a été directeur de la résidence Al-Mithaq, puis directeur à la présidence de la République de toutes les résidences d’État. Ses relations avec l’armée semblent s’être limitées à ses années de service militaire.
Un autre officier en rupture de ban continue de voler à son secours. Hicham Aboud a affirmé, hier encore, que Hasseni n’avait rien à voir avec l’affaire Mecili.

A. O.

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Me khaled lasbeur, avocat du diplomate algérien arrêté en france, à liberté

“La mise en examen de M. Hasseni devrait être annulée”

Par :Arab Chih, Liberté, 17 septembre 2008

Maître Khaled Lasbeur est formel : le diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni, arrêté le 14 août dernier à Marseille, est “totalement étranger” à l’affaire de l’assassinat de Ali Mecili. Constitué par le consulat d’Algérie à Paris pour défendre le diplomate algérien, Me Lasbeur plaide, dans cet entretien accordé exclusivement à Liberté, l’erreur judiciaire et qualifie Mohamed Samraoui de témoin qui “manque de sérieux”. Il se dit très optimiste quant à l’aboutissement de sa requête introduite auprès du tribunal de Paris demandant la levée du contrôle judiciaire imposé à son client. De son point de vue, l’annulation de la mise en examen prononcée à l’encontre de son client doit être prononcée par la chambre de l’instruction.

Liberté : Un mois après l’arrestation de M. Hasseni à Marseille où en est l’affaire ?

Me Khaled Lasbeur : Cette affaire est pendante devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, que j’ai saisie le 28 août 2008 d’une requête en annulation de la mise en examen de M. Hasseni, conformément aux dispositions des articles 80-1 et 173 du code de procédure pénale. Requête à laquelle s’est associé mon excellent confrère Jean-Louis Pelletier, désigné par le mis en examen qui entend la soutenir à mes côtés devant cette instance d’appel. Tout comme j’avais interjeté appel le 25 août 2008 contre l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire, qui doit être examinée prochainement par cette chambre d’instruction.

La question qui taraude l’esprit de beaucoup d’Algériens est de savoir comment M. Hasseni a pu être arrêté, alors qu’il était détenteur d’un passeport diplomatique ?

En vertu des dispositions de l’article 40 de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques, l’agent diplomatique ne peut se prévaloir de l’immunité de juridiction que s’il est accrédité dans cet État, ou s’il traverse le territoire, ou se trouve sur le territoire d’un État tiers qui lui a accordé un visa de passeport au cas où ce visa serait requis, pour aller assumer ses fonctions ou rejoindre son poste, ou pour rentrer dans son pays. Ce qui n’est nullement le cas de Hasseni, au moment de son passage à Marseille. À noter toutefois que lors de son interpellation, le ministère français des Affaires étrangères avait été requis par les services de la police des frontières avant qu’il ne soit déféré, conformément à l’article 133 du code de procédure pénale, devant le procureur de la république d’Aix-en-Provence sur le fondement du mandat d’arrêt national décerné le 7 décembre 2007 à l’encontre de M. Hasseni ou Hassini, pour procéder, ensuite, à son transfèrement vers le juge d’instruction de Paris.

Si des personnalités connues, à l’image du célèbre avocat Jacques Vergès et de Abdelaziz Rahabi, ont crié au scandale en soutenant que le diplomate (Mohamed Ziane Hasseni) arrêté porte le même nom que la personne accusée (Rachid Hassani) d’être derrière l’assassinat de Ali Mecili, ce n’est pas le cas de Mohamed Samraoui qui rejette catégoriquement toute confusion des homonymes et se dit plus que sûr quant à l’implication de M. Hasseni dans l’affaire. Comment expliquez-vous cet acharnement de l’ex-militaire aujourd’hui réfugié politique en Allemagne ?

En effet, en date du 21 août 2008, lors d’un dîner à Paris avec mon confrère Jacques Vergès, je l’ai entretenu de cette affaire et au vu des éléments du dossier qui font ressortir que le diplomate M. Hasseni est totalement étranger à cette affaire, il a crié au scandale en soutenant effectivement le diplomate, lorsque le journaliste de Liberté m’avait contacté ce jour-là sur mon téléphone portable. Quant à l’acharnement de M. Samraoui, opposant notoire au pouvoir algérien, son témoignage est, aujourd’hui, dépourvu de tout crédit en raison, d’une part, de l’incohérence de ses déclarations qui, de surcroît, s’avèrent être, sur certains aspects, contradictoires par rapport à celles de son collègue Aboud Hicham. D’autre part, dès l’interpellation du mis en examen et sans l’avoir identifié, il déclare que “je considère invraisemblable que la police française ait pu commettre une telle méprise” en procédant à l’arrestation du diplomate. Ensuite, le journal électronique Mediapart lui a présenté deux clichés de visites diplomatiques des ministres étrangers sur lesquels figurent au second plan un homme à lunette, petite moustache, grande carrure, qu’il identifie formellement comme étant Rachid Hassani, alors qu’en réalité, il n’y a aucune ressemblance entre la personne désignée dans les photos et le diplomate algérien mis en examen. Enfin, il voit de dos le diplomate sur la chaîne France 3 et il soutient alors sans hésitation : “Même de dos, je le reconnais.” Ceci démontre à l’évidence le manque de sérieux de ce témoin qui voit partout M. Hasseni. D’ailleurs, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris devra apprécier prochainement l’éventualité de la mise en cause de ce témoin.

Au lendemain de l’arrestation de M. Hasseni, nombre d’observateurs ont relevé l’absence de réaction officielle de la part des autorités algériennes. Comment, en tant qu’avocat de la défense, avez-vous vécu la chose ?

Il s’agit d’une affaire de justice qui ne saurait en aucun cas entraîner l’immixtion du pouvoir politique, aussi bien français qu’algérien sur le bien-fondé de l’affaire. Cependant, à ma connaissance, les autorités algériennes ont immédiatement agi, aussi bien par la voie diplomatique que par la voie de l’autorité judiciaire, conformément au protocole d’accord judiciaire algéro-français, sur le procédé de l’arrestation de M. Hasseni. Aussi ai-je appris qu’une cellule de crise a été installée auprès du ministère des Affaires étrangères dès l’interpellation de l’intéressé. En outre, il y a lieu de relever qu’immédiatement informé, le consul général d’Algérie à Marseille lui a rendu visite le soir même, conformément à l’article 33 de la convention consulaire. Ce qui a d’ailleurs fait réagir certains journalistes du journal satirique Le Canard enchaîné, dans son éditorial du 10 septembre 2008 annonçant : “Sarko fait ouvrir une taule en pleine nuit” pour que cette visite puisse être effectuée. Enfin, le soir même de l’arrestation de l’intéressé, M. Meziane Chérif, consul général d’Algérie à Paris, m’a contacté pour me confier ce dossier et a dépêché son adjoint pour être présent durant le déroulement de toute la procédure qui s’est d’ailleurs achevée le lendemain 15 août 2008 à une heure du matin. Dès sa présentation devant la juge d’instruction de permanence, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, cette dernière s’est obstinée à placer sous mandat de dépôt M. Hasseni en saisissant le juge des libertés et de la détention devant lequel il a été mis en exergue l’erreur judiciaire que la justice française est amenée à commettre dans cette affaire. La remise en liberté du mis en examen sous contrôle judiciaire a été décidée par ce magistrat lors d’une audience publique au cours de laquelle le conseil adjoint était présent.

Des voix assurent que si le juge parisien Jean Thouvenot avait décidé de lancer un mandat contre M. Hasseni, c’est parce que la partie algérienne avait refusé de répondre à la commission rogatoire. Quel crédit accordez-vous à une telle thèse ?

En effet, le juge d’instruction, probablement en méconnaissance de la convention judiciaire du 28 août 1962, a décidé de lancer le mandat d’arrêt le 7 décembre 2007 en l’absence d’exécution de la commission rogatoire délivrée aux autorités algériennes. Toutefois, il y a lieu de relever qu’il a été expliqué au magistrat que l’absence de l’exécution de la commission rogatoire trouve certainement son fondement dans les dispositions de l’article 28 de la convention suscitée, précisant que “l’autorité requise (partie algérienne) pourra refuser d’exécuter une commission rogatoire si, d’après la loi de son pays, celle-ci n’est pas de sa compétence ou si elle est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou à l’ordre public du pays où elle doit être exécutée.”

Parlons du collectif d’avocats dont vous faites partie. Comment a-t-il été constitué et par qui ?

J'ai été désigné par le consul général d’Algérie à Paris, et mon confrère Jean-Louis Pelletier a été choisi par l’intéressé, certainement sur la demande du ministère des Affaires étrangères qui a, en effet, décidé de renforcer la défense de l’intéressé.

Qu’en est-il de la requête que vous avez déposée le 28 août auprès de la chambre d’instruction ? Cette requête, qui est en cours, sera examinée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris certainement avant la fin de ce mois.

Avez-vous, Maître, bon espoir quant à la libération proche du diplomate algérien ?

M. Hasseni Mohamed Ziane, d’une éducation exemplaire, étant innocent et totalement étranger à cette affaire, mon confrère et moi-même sommes très confiants en la justice française, d’autant que, selon la jurisprudence de la cour de cassation du 1er octobre 2003, lorsque la chambre de l’instruction relève qu’il a été procédé à une mise en examen en l’absence d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable que la personne mise en examen ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission de l’infraction dont le juge d’instruction est saisi, la chambre d’instruction est tenue d’en prononcer l’annulation.

A. C.

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Le diplomate demain devant la cour d’appel de Paris

Vers l’annulation de l’inculpation de Mohamed Ziane Hasseni ?

Par :A. Ouali, Liberté, 25 septembre 2008

C'est demain que les avocats du diplomate Mohamed Ziane Hasseni vont plaider l'annulation de son inculpation devant la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris. Placé sous un contrôle judiciaire qui le contraint à ne pas quitter la région parisienne, le responsable du protocole au ministère des Affaires étrangères a été interpellé fin août à Marseille.
Placé en garde à vue, il a été ensuite transféré à Paris avant d'être entendu par un juge d'instruction qui l'a inculpé dans le dossier de l'assassinat de l'opposant André-Ali Mecili après le témoignage de l'ancien officier Mohamed Samraoui, en rupture de ban et passé à l'opposition. Samraoui prétend avoir été témoin d'une scène où le mis en cause avait remis une enveloppe contenant de l'argent au meurtrier présumé d'André Mecili, ce proche de Hocine Aït Ahmed tué en 1987 à Paris. L'accusateur est aujourd’hui réfugié en Allemagne où il a été en poste de 1992 à 1996, avant d'être rappelé dans le cadre d'une rotation ordinaire. C'est là qu'il a rompu avec les services au sein desquels il exerçait depuis les années 70.
Dans ce dossier, un autre officier en rupture de ban plaide en faveur de M. Hasseni. Hicham Aboud soutient que M. Hasseni n'est lié ni de près ni de loin à l'assassinat de l'opposant. Contacté par Liberté, il a indiqué avoir reçu un appel téléphonique du juge Baudoin Thouvenot en charge de l'affaire. Sur son site Internet, il accuse M. Samraoui de complicité dans l'assassinat de M. Mecili, en lui retournant ses propres accusations. Il dit l'accuser aussi de “crimes contre l'humanité” et de “tortures” en tant qu'ancien officier des services.

A. OUALI

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Affaire Mohamed Ziane Hasseni : Mise en délibéré imminente du dossier

L’affaire Mohamed Ziane Hasseni, accusé de complicité dans le meurtre de l’avocat proche du FFS Ali Mecili en 1987, a été mise en délibéré, hier après-midi, par la chambre d’instruction du tribunal de grande instance de Paris.

Paris : De notre bureau, El Watan, 25 septembre 2008

Celle-ci devrait se prononcer dans une dizaine de jours environ (probablement le 14 octobre prochain) sur l’annulation ou le maintien de la mise en examen du diplomate algérien, arrêté par la police des frontières, le 14 août dernier, à l’aéroport de Marseille alors qu’il venait d’Alger. Dans leur plaidoirie, Me Lasbeur, avocat de l’accusé, en compagnie de son confrère Jean-Louis Le Peletier, ont mis en exergue la confusion qui règne dans le dossier ainsi que les erreurs et les incohérences de la déposition du témoin à charge.

Contacté par El Watan, Me Lasbeur a indiqué qu’il avait tout simplement demandé l’annulation de la mise en examen de son client. « Nous avons démontré qu’il n’y avait pas d’indices graves et sérieux pouvant établir que M. Hasseni avait participé au meurtre de l’avocat Ali Mecili. » Et de continuer : « Même l’avocat général a abondé dans le sens de notre plaidoirie. » En attendant donc le prononcé de la chambre d’instruction, le fonctionnaire du ministère algérien des Affaires étrangères doit demeurer encore quelques jours dans la capitale française avant d’être fixé définitivement sur son sort. Pourtant, Mohamed Ziane Hasseni s’est constamment déclaré étranger à cette affaire. Il a toujours maintenu ses déclarations initiales, celles qu’il a faites lors de l’audience de comparution devant la juge d’instruction de permanence, Mme Goetzmann, au lendemain de son interpellation à l’aéroport de Marignane (Marseille) le 14 août dernier.

Le diplomate algérien a réitéré qu’il n’a rien à voir avec Rachid Hassani, présenté par l’accusation, sur la base du témoignage de Mohamed Samraoui, comme le commanditaire de l’assassinat de l’avocat Ali Mecili. L’affaire Hasseni, qui ressemble de plus en plus à un scandale politico-judiciaire entre Paris et Alger, ne semble pas trop émouvoir les responsables algériens. Hormis la déclaration de Boukerzaza, ministre de la Communication, qualifiant l’arrestation du diplomate d’« humiliante » pour l’Algérie, aucune autre voix ne s’est élevée pour mettre fin à un feuilleton de mauvais goût.

Par Yacine Farah

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Me Jean-Louis Pelletier, avocat du diplomate Hasseni, à Liberté

“Samraoui se trompe complètement”

Par :A. Ouali, Liberté, 28 septembre 2008

Après un procès de trois heures qui a abouti à la mise en délibéré de l’affaire Mohamed Ziane Hasseni, l’avocat du diplomate algérien livre dans cet entretien toutes les incohérences qui caractérisent l’accusation dont fait l’objet son mandant. Il ne manque pas de mettre à nu les contradictions du témoignage de Mohamed Samraoui.

Liberté : Vous avez plaidé hier devant la cour d’appel de Paris l’annulation de la mise en examen de M. Hasseni. Sur quels arguments vous avez fondé votre plaidoirie ?
Me Jean-Louis Pelletier : Les débats ont duré trois heures sur un dossier qui me paraît bien étoffé. On a demandé à comprendre comment on est parti de Rachid Hassani pour en arriver à Mohamed Ziane Hasseni ? Quel a été le circuit ? D’où vient l’erreur ? À quel moment on a dévié ? On a fait des recherches, on a déroulé le fil. Hasseni n’était pas à Bonn en 1987. Il a eu des responsabilités consulaires mais bien plus tard. Il n’a jamais été à Bamako. Comme on ne trouve pas Hassani, on a ciblé Hasseni.

Quel était le nom précis porté sur le mandat d’arrêt lancé par le juge Thouvenot ?
C’est une incohérence du dossier. On recherche Hasseni ou Hacini, avec la même date de naissance que Mohamed Ziane, mais pas le même lieu puisqu’on le fait naître à Oum El-Bouaghi, alors qu’il est né à Tolga. Comment peut-on rechercher Hasseni ou Haceni ? Le libellé du mandat d’arrêt est choquant. En droit pénal, le doute doit profiter à l’accusé.
J’ai une pièce déterminante : c’est un vieux livret de famille du père de M. Hasseni. Il y a toute la filiation des enfants. Pour moi, cela clôt le débat. On ne peut pas faire de Hasseni un Hassani, de Mohamed Ziane un Rachid. Et on ne peut pas dire qu’il n’est pas né à Tolga.
Par ailleurs, le procureur de la République n’est pas associé au mandat d’arrêt. C’est une autre incohérence du dossier.

Pourtant l’accusateur Mohamed Samraoui affirme avoir clairement identifié M. Hasseni comme étant le commanditaire sur de récentes photos qui lui ont été présentées par le journal électronique français Médiapart...
Oui, Médiapart lui montre une photo en désignant quelqu’un. Samraoui dit que c’est bien Mohamed Ziane. J’ai fait faire des agrandissements au laser. Ce n’est pas lui. C’est incontestable. Même le juge d’instruction Baudoin Thouvenot a reconnu que l’implantation capillaire n’est pas la même. J’ai trouvé des photos de lui à 7 ans, à 15 ans. Ce n’est pas lui !
Autre incohérence de Samraoui : France 3 a filmé mon client, alors qu’il refusait de l’être. Elle a montré les images à Samraoui et il a encore dit que c’est lui, alors qu’il ne ressemble pas du tout à celui qu’il avait désigné sur les photos.
C’est incohérent, ce n’est pas sérieux. Samraoui se plante complètement.

Comment vous ont paru les autres parties durant la plaidoirie ?
Le procureur est d’accord avec nous, ce qui est rare. Ses réquisitions rejoignent nos conclusions. Le président a montré une connaissance du dossier assez exceptionnelle. C’était d’une impartialité totale.

Et la partie civile (adverse) ?
Les arguments de Me Antoine Comte ne m’ont pas convaincu. On est en train d’inverser les choses. C’est à Hasseni d’apporter la preuve de son innocence et non à ses accusateurs de prouver sa culpabilité.

Est-ce que M. Hasseni n’a pas fragilisé sa défense en refusant de se soumettre au test ADN et aux expertises graphologiques ?
La demande lui a été faite le 1er septembre en fin d’interrogatoire. Il en avait ras-le bol. Est-ce que c’était un coup d’épée dans l’eau du juge ? En tout cas, M. Hasseni s’y soumettra. Mais avec quoi son ADN sera-t-il comparé ? On ne va pas déterrer son père et sa mère pour prouver que c’est bien leur fils !

Y a-t-il une confrontation envisagée avec Samraoui ?
Pour l’instant, il n’y a rien de tel. Si nous gagnons, Samraoui n’est plus inculpé. Il aura le statut de témoin assisté.

Est-ce qu’il y a des risques de poursuite de Samraoui puisqu’il affirme avoir assisté à la remise de l’enveloppe à l’exécutant ?
On en parle entre nous. Moi, je veux sauver Hasseni. C’est un type très très bien, un homme digne d’intérêt et qui a beaucoup de classe. Vous savez, je suis un vieil avocat, je sens les gens. Mais M. Hasseni est complètement bouffé par cette affaire. Il est très malheureux de ce qui lui arrive.

A. O.


Mohamed Ziane Hasseni auditionné vendredi dernier

Le diplomate lève les suspicions devant la cour d'appel

Par :A. Ouali

La cour d’appel, qui siégeait à huis clos, a mis en délibéré au 14 octobre sa décision.

Un doute a semblé planer sur la sincérité du diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni, inculpé et placé sous contrôle judiciaire dans l'affaire de l'assassinat de l'opposant Ali Mecili en 1987 à Paris. Le doute s'est installé après son refus de se soumettre à une analyse ADN et à une expertise graphologique demandée par le juge d'instruction Baudoin Thouvenot. Ce talon d'Achille de la défense du diplomate a fait le miel de la partie adverse qui s'en est servie, vendredi, devant la cour d'appel de Paris où la demande d'annulation des mesures prises contre M. Hasseni était examinée.
Pour elle, ce refus ne peut être interprété que comme le signe d'une suspicion. “Je suis un peu étonné car M. Hasseni avait la possibilité le 1er septembre, lors de son audition par le juge d'instruction Baudouin Thouvenot, de se soumettre à un certain nombre d'expertises que le magistrat lui a demandées (expertises graphologiques, test ADN, ndlr) et on aurait pu trancher cette question selon laquelle il n'est pas la bonne personne”, a relevé Me Antoine Comte, l'avocat de la partie civile. Selon lui, l'attitude de M. Hasseni “justifie qu'il se soumette aux expertises que le juge a demandées”.
Ce refus a aussi soulevé l'incompréhension de l'ex-officier Hicham Aboud qui a appuyé mordicus l'innocence de M. Hasseni. Sur son site, l'ex-officier a sévèrement critiqué le diplomate pour cette attitude. En réalité, ce n'était qu'un réflexe de la part d'une personne qui se sent emportée par la tourmente d'une affaire qui ne la concerne pas. Devant la cour d'appel, Me Jean-Louis Pelletier a répondu que son client était, bien sûr, disposé sans la moindre réticence à se soumettre aux expertises demandées si cela devait contribuer à faire jaillir la vérité. La question est de savoir à quoi l'ADN ainsi prélevé sera-t-il comparé.
La défense du diplomate a aussi mis en évidence les contradictions de son seul accusateur, l'ex-colonel Mohamed Samraoui, réfugié en Allemagne. Elle a relevé une nouvelle fois que la personne qu'il a cru identifier comme étant M. Hasseni sur des photos présentées par le journal électronique français Médiapart ne l'était pas. Le parquet s'est là aussi rangé du côté du chef du protocole au ministère des Affaires étrangères qui a répété être “totalement étranger” à cette affaire et ne pas comprendre sa présence dans le tribunal. La cour d’appel, qui siégeait à huis clos, a mis en délibéré au 14 octobre sa décision.
La veuve de M. Mecili, Annie Mecili, a exprimé sa volonté de voir l'instruction se poursuivre et “la justice passer”. “C'est un sentiment étrange car pendant vingt ans, on fantasme et là, je me suis retrouvée face à lui”, a-t-elle commenté. Ali Mecili, 47 ans, proche de Hocine Aït Ahmed, exilé en France en 1965, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris.

A. O.

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Le diplomate algérien Hasseni inculpé par la justice française

Pouvoir des juges ou juges du pouvoir ?

Par Ali Djezairi, Le Jeune Indépendant, 15 octobre 2008

Coup de théâtre hier à Paris dans l’affaire politico-judiciaire dans laquelle est impliqué notre diplomate Mohammed Ziane Hasseni, directeur en charge du protocole du ministère des Affaires étrangères, auquel on voudrait imputer une curieuse responsabilité dans l’assassinat de l’avocat algérien Ali Mecili en 1987. La cour d’appel a confirmé l’inculpation de Hasseni malgré le non-lieu requis par le parquet général.

Le premier coup asséné par l’appareil judiciaire français a été donné lors de l’arrestation brutale de Mohammed Ziane Hasseni le 15 août dernier au niveau de la PAF française de l’aéroport de Marseille, lors d’un un voyage privé. La méthode musclée et sans aucune réserve, normalement accordée au titulaire d’un passeport diplomatique, renseigne sur une certaine complaisance des autorités politiques, d’habitude si promptes à protéger les usages en matière de contentieux avec les officiels d’un pays tiers. La presse internationale a eu à souligner ce voyage sous escorte et sans ménagement de notre haut commis de l’Etat, transféré comme un vulgaire voyou, par train, de Marseille vers Paris.
Après moult protestations de l’accusé qui a été mis en examen suite à une instruction judiciaire essentiellement basée sur de prétendues révélations publiées en avril 1993 par le journaliste Michel Naudy dans son livre un Crime d’Etats, l’affaire Mecili, le parquet de Paris décide de sa mise sous contrôle judiciaire assortie à une interdiction de quitter le territoire. Assisté de son conseil, en l’occurrence maître Pelletier, M. Mohammed Ziane Hasseni n’a pas cessé de clamer son innocence dans ce qui apparaît comme une confusion de filiation liée à un autre individu portant le même nom. Pourtant, le 16 août, l’AFP annonce que le diplomate est mis sous examen par ce même magistrat qui a délivré un mandat d’arrêt en 2007 contre M. Hasseni. Maître Pelletier déclare alors : «C’est à l’accusation d’apporter les preuves de la participation de mon client à cette curieuse affaire, qui s’est déroulée il y a plus de vingt ans (…) Mais je pense que le juge commence à percevoir les failles de l’accusation.» C’est que l’avocat n’ignore pas que le ministère public s’était en effet prononcé contre la délivrance par le juge du mandat d’arrêt, estimant qu’il ne «s’imposait pas». Bon gré, mal gré, les autorités à Alger, au-delà des protestations exprimées par le porte-parole du gouvernement, M. Boukerzaza, décident de constituer un collectif d’avocats par le biais de la chancellerie algérienne à Paris, en attendant une nécessaire relaxe dans ce qui est considéré comme une méprise judiciaire. Sagesse récompensée puisque le parquet général de Paris requiert le non-lieu comme un écho à la position du ministère public, défavorable déjà au mandat d’arrêt lancé en décembre 2007.
Mais voilà qu’un étrange rebondissement vient confirmer l’acharnement de la justice française contre un haut commis de l’Etat algérien par cette décision plutôt inattendue de la cour d’appel de Paris qui vient de confirmer l’inculpation pour «complicité d’assassinat» de Mohammed Ziane Hasseni, ce qui fera dire à son avocat : «Je voudrais exprimer ma très profonde déception, d’autant plus qu’il est rarissime que le parquet général se joigne à une demande de la défense et soit balayé comme ça.»
Une affaire politico-judiciaire qui risque de compliquer davantage les relations entre l’Algérie et la France parce qu’il est à prévoir une réaction d’envergure de nos autorités qui ne sauraient tolérer ce jeu malsain d’un Etat français qui titillerait Alger en se cachant derrière la toute puissance de ses juges. Si le parquet de Paris venait à se faire TPI, il est fort à craindre que l’Algérie riposte énergiquement contre l’usurpation. A. D.

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Me Pelletier, avocat du diplomate algérien inculpé à Paris, au JI

«Hasseni a finalement accepté de subir les tests ADN»

Entretien réalisé par Nordine Mzalla, Le Jeune Indépendant, 16 octobre 2008

Tandis que le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, était annoncé hier en visite urgente à Paris sur fond de l’affaire Hasseni par une dépêche de l’AFP reprenant une communication du Quai d’Orsay, Me Jean-Louis Pelletier, menant le collectif d’avocats ayant pris en charge la défense de notre diplomate, a bien voulu nous accorder cet entretien. Il apporte des éclaircissements sur ce dossier et son rebondissement, mardi dernier, lorsque la cour d’appel de Paris a confirmé, contre toute attente, son inculpation pour l’assassinat de l’avocat d’origine algérienne Ali Mecili en 1987.

Le Jeune Indépendant :
Que s’est-il vraiment passé pour votre client, notre diplomate Mohammed Ziane Hasseni, pour que la cour d’appel de Paris confirme son inculpation malgré le non-lieu requis par le parquet général ?

Me Jean-Louis Pelletier : Il faut savoir, en fait, que le procureur général du parquet de Paris a demandé plus que le non-lieu puisqu’il s’est agi de la demande d’annulation de la mise en examen pour une substitution vers le statut de simple témoin assisté d’un avocat jusqu’à la preuve de charges sérieuses du côté de l’instruction. Une demande rarissime où le parquet va plus loin que la défense dans la demande de levée des charges contre un accusé. Cela signifiait que notre client devait retrouver son entière liberté de circuler tout en restant disposé à répondre aux interrogations du juge par la suite sans la contrainte du contrôle judiciaire. Mais face à une instruction exigeante et le redoutable travail de notre adversaire Me Conte, qui a insisté sur la similarité de l’état civil du coupable présumé et de mon client, le fâcheux rebondissement a eu lieu et le magistrat chargé de l’instruction a jugé que la preuve irréfutable d’une erreur de personne n’était pas établie. Vous connaissez la suite. Pour ce seul motif, que je déclare discutable, mon client se voit inculpé. Comme je l’ai dit, je trouve cela ahurissant. Pourtant, durant ma longue carrière de pénaliste, j’ai eu assez d’expérience pour ne pas me faire des illusions mais, cette fois, je m’avoue surpris.

Allez-vous maintenant introduire un pourvoi en cassation comme l’a rapporté l’AFP ?

A vrai dire c’est à mon client de décider mais je n’ai pas vraiment pris cette décision et nous y réfléchissons, notamment avec mon collègue Lasbeur. Je dois vous avouer que, personnellement, connaissant la procédure en matière pénale, je sais d’abord que le recours peut ne pas être reconnu admissible parce que c’est prévu par la loi et, de plus, mon client risque de pâtir du délai assez long que suppose cette stratégie de défense. J’envisage donc de chercher plutôt à réduire les contraintes sur mon client en demandant un allègement des mesures restrictives qui accompagnent ce contrôle judiciaire. M. Thouvenot, le magistrat instructeur, était absent aujourd’hui et je n’ai pas pu le faire, mais je compte m’appuyer sur le profil de mon client, qui est tout de même un haut commis de l’Etat algérien, en faisant valoir son intégrité, un casier judiciaire sans reproche… pour qu’il puisse jouir de ses mouvements et regagner l’Algérie pour y assumer ses hautes fonctions. D’autant plus qu’après avoir refusé de se soumettre aux tests ADN – ce que je comprends –, mon client a, dans cet intervalle, finalement exprimé son acceptation du test salivaire qui doit l’innocenter.

Justement, l’opinion publique algérienne ne comprend pas pourquoi il n’a pas bénéficié des réserves dues à une personne de son rang ? N’était-il pas porteur d’un passeport diplomatique et, par conséquent, ne devait-il pas bénéficier de l’immunité diplomatique ?

Ecoutez, à vrai dire, je n’ai pas bien examiné cet aspect et cette immunité ne lui a pas été reconnue malgré son passeport diplomatique.

N’y a-t-il pas eu une sorte de négligence sur cet aspect par la défense, à moins que votre client n’ait pas insisté sur cela ? Est-ce trop tard pour faire valoir cette immunité ?

Non, ce n’est pas au client que cela incombait d’insister sur cet aspect mais bien à nous ! Si négligence il y a eu c’est parce que nous étions certains de prouver que notre client n’est pas ce Hassani Rachid présumé coupable dans cette affaire. Nous avons reconstitué la biographie de notre client avec la copie originale de son livret de famille, son livret militaire et même des photos où est nettement visible l’implantation capillaire pour l’opposer à une calvitie. Nous n’aurions jamais pensé que cela ne suffirait pas pour convaincre de l’erreur de personnes. Quant à l’immunité, il n’est pas trop tard pour y revenir.

Pensez-vous que c’est de cela que vont discuter le ministre algérien des Affaires étrangères et son homologue Bernard Kouchner avec lequel il s’entretient, en ce moment, à l’occasion de sa visite urgente à Paris qu’a provoquée ce retournement de situation ?

Vous savez, je suis juriste et je ne m’occupe absolument pas des questions politiques. Je me sens très proche de l’Algérie que j’ai eu la chance de visiter grâce à mes activités sportives. J’aime ce pays et quant j’étais étudiant à la faculté de droit d’Aix-en-Provence je me suis souvent accroché avec des camarades à cause de mes positions clairement favorables à son indépendance. J’aime l’Algérie mais je sais aussi que le magistrat Thouvenot est un juge indépendant et expérimenté. Je mise sur cela pour faire valoir l’innocence de mon client d’autant plus que Samraoui et Hichem Aboud ont finalement disculpé mon client dans cette histoire d’identification de ce Rachid Hassani qu’ils n’ont pas reconnu en mon client. Voilà pour la suite à donner dans cette conjoncture, je le répète encore une fois, ahurissante pour la défense. Mais je dois aussi voir ce que choisira, bien entendu, de faire mon client car nous avons cinq jours de délai dans le cas où nous devrions faire appel. N. M.

VOICI CE QU’EN DIT LA PRESSE ETRANGERE ou les opposants au régime algérien:

2005

À l’occasion du 18e anniversaire de l’assassinat d’Ali Mécili

Le temps passe… Dix-huit ans que nous nous retrouvons ici, réunis pour toi et avec toi.
Dix-huit ans, c’est le temps d’une vie. Tes enfants, Lea et Yalhane, ont grandi. Tu serais fier d’eux, comme tu serais fier de l’infinie tendresse, de l’attention permanente et de l’intelligence avec lesquelles Annie, ta femme, « notre » Annie à nous, leur a permis de surmonter leur malheur et de devenir adultes.
Toute ta vie, tu as fait de la politique avec l’enthousiasme de ceux qui croient que ce sont les utopies qui font l’Histoire. A condition bien sûr que ces utopies soient enracinées dans la volonté, l’action et le contact avec le réel.
Mais ta manière à toi de faire, de « vivre » la politique, reflétait aussi entièrement ta personnalité. L’artiste que foncièrement tu étais nous a épargné la langue de bois, l’arrogance, les grandes envolées intellectualoïdes, pour aller chaque fois au cœur des problèmes. Avec l’humour, la distance et la générosité qui ont toujours été les tiens.
On pourrait croire que Yalhane, ton fils, est loin de ce qui a été notre combat. Le jour où il se prêtera à lire, ici, ses écrits de révolte, sa vision à lui de la lutte, tu sauras qu’en vérité, il suit ton chemin. Mais que chez lui, c’est l’artiste qui prévaut. Quant à notre superbe Léa, comment n’en serais-tu pas fier ? Nous le sommes tous. Elle a pris de toi l’artiste en s’enracinant dans notre culture méditerranéenne, comme si c’était là l’évidence.
Pourquoi sommes-nous là aujourd’hui ? Pour te dire encore et toujours combien tu nous manques. Mais aussi parce que ce qui nous anime est aux antipodes des préoccupations des voyous mafieux qui t’ont assassiné et de ceux qui, en France, ont couvert ce forfait.
Ces maîtres du pouvoir ne se sont pas contentés d’usurper la souveraineté, fruit de notre combat et de la lutte de tout un peuple. Ils ont organisé, dès l’indépendance, l’amnésie pour nous priver de notre Histoire.
Et quand en 1992, le sang a recommencé à couler, on a voulu faire croire au monde que Ben Laden faisait ses premières classes en Algérie ! C’était la seule manière de faire oublier — amnésie encore ! — trois décennies d’incurie, d’injustices, d’arbitraire, de non droit, trois décennies qui nous ont conduits à la catastrophe.
Aujourd’hui, on veut nous imposer ce qu’ILS appellent une « amnistie générale », parce qu’ils ont peur d’appeler un chat un chat, et l’autoamnistie une autoamnistie. Et qu’ils ne veulent pas reconnaître que leur seule obsession, c’est l’impunité pour l’éternité. Nous serons ainsi le seul pays à décréter une amnistie générale sans qu’il y ait eu auparavant un changement de régime.
Je préfère, pour ma part, parler d’« amnésie générale »…
Cher Ali, ils ne t’ont pas seulement ôté la vie ce 7 avril 1987. Ils ont réussi à faire que ce meurtre n’existe pas, qu’il soit totalement rayé des mémoires et ne figure dans aucune chronologie des événements qui ont marqué notre pays. De la même manière, ils tentent aujourd’hui de passer à la trappe plus de dix ans de souffrances des Algériens, comme si 200 000 morts, 20 000 disparus et plus d’un million de déracinés étaient… peu de choses.
Comme si la dislocation planifiée de notre société et la transformation de notre pays en champ de ruines étaient n’étaient que… bavures et dégâts collatéraux.
Il y a eu des assassinats politiques ciblés, avant le tien, après le tien. Il y a eu ensuite l’assassinat de franges entières d’une société dont le pouvoir a peur.
Les Algériens, c’est vrai, sont épuisés, ils aspirent légitimement à la tranquillité, s’échinent à nourrir leur famille et ils ne voudraient plus rien savoir de la politique. Mais, en vérité, tout a été fait pour assassiner le politique.
Mais la force des Algériens, les résistances citoyennes qu’on essaye d’étouffer quotidiennement montrent que, même en Algérie, l’oubli n’est pas absolu et le crime jamais parfait.
La présence entêtée de ceux qui ont eu le bonheur de faire un long parcours avec toi, comme de ceux qui ne t’ont pas connu, crie chaque année que l’oubli et le renoncement des Algériens ne sont pas aussi évidents que Bouteflika et ses amis voudraient le faire croire.
La vérité est ailleurs : les Algériens semblent être le seul peuple voué à être sacrifié sur l’autel des hydrocarbures. Ton assassinat, Ali, a été passé à la trappe et personne ne s’est scandalisé du renvoi à Alger de tes meurtriers. De même, tout le monde feint de croire que les manifestations de prise de pouvoir pacifique en Ukraine, à Belgrade ou ailleurs étaient une évidence. Alors que nul n’ignore qu’elles ont pu avoir lieu uniquement parce que la communauté internationale interdisait de fait qu’on tire sur la foule.
Trente ans après sa tyrannie sanglante, Pinochet est traîné en justice et les tribunaux rattrapent la junte argentine… Le premier dans l’institution militaire, Habib Souaïdia a dénoncé à visage découvert les généraux. D’autres ont suivi. D’autres suivront.
Les mères des disparus, les syndicats autonomes ne cèdent pas. Aujourd’hui, tous les espaces sont verrouillés. Mais le peuple algérien, tu le sais parce que tu l’as vécu, en a vu d’autres.
Cette année encore, nous venons en témoigner auprès de toi. Avec toi qui ne nous quittes jamais.

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Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle française sur l’assassinat d’Ali Mécili

par Annie Mécili, 3 avril 2007

Le 3 avril 2007, Annie Mécili, la veuve d’Ali Mécili, opposant algérien assassiné à Paris le 7 avril 1987, a adressé la lettre suivante aux douze candidats à l’élection présidentielle française.

Madame, Monsieur

Voici qu’approche l’élection présidentielle pour laquelle vous avez fait acte de candidature, voici qu’est annoncé le temps du changement.
Afin de ne pas espérer en vain, j’ai besoin de m’assurer, comme cela a été récemment soutenu à propos de la Chine ou encore de la Russie, que la France désormais ne s’interdira plus de dénoncer les violations des droits de l’homme où qu’elles soient commises et par quelque État que ce soit.

Le 7 avril 2007, il y aura vingt ans que l’avocat Ali Mécili, né André, compagnon de Hocine Aït-Ahmed, a été exécuté à Paris où il avait choisi de vivre et d’exercer son métier. Il était français et algérien à la fois par l’effet d’une histoire douloureuse liant nos deux pays. Et de cette double appartenance, il avait fait une force vive au service du combat qu’il a livré toute sa vie pour la justice et la liberté, pour le respect des droits de l’homme et pour l’instauration de la démocratie en Algérie. Son assassin présumé, rapidement interpellé et trouvé porteur d’un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne, a aussitôt été soustrait à la justice française et expulsé en Algérie, en urgence absolue, ainsi rendu à ses commanditaires par décision de Robert Pan-draud, alors ministre délégué chargé de la Sécurité. Depuis, sa famille, ses amis, tous ceux qui portent en eux les valeurs qui furent les siennes attendent que justice lui soit rendue.

Afin de n’être pas déçue, j’ai aujourd’hui besoin de savoir : serez-vous celle ou celui qui saura mettre un terme au scandale que demeure l’affaire Mécili, serez-vous celle ou celui qui saura garantir le triomphe de l’État de droit sur la raison des États quels qu’ils soient et forcer ainsi le respect ?

L’avenir des relations entre deux peuples qui ont tant à partager ne saurait se construire sur un déni de justice.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon espérance et vous prie de croire en l’assurance de ma considération distinguée.

Annie Mécili

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INVITATION

À l'initiative des amis d'Ali Mécili

Trois heures pour Ali Mécili

Le vendredi 20 avril 2007

à partir de 16 h 30

Hôtel de Ville de Paris

Salon des arcades. Entrée : 3, rue de Lobau, 75004 Paris

IMPORTANT : pour pouvoir assister, il est impératif de s'inscrire en envoyant nom et prénom, avant le 19 avril, à l'adresse : annie.mecili@yahoo.fr

Accueil par Khedidja Bourcart, adjointe au Maire de Paris, chargée de l'intégration et des étrangers non communautaires.

Avec la participation de : Hocine Aït-Ahmed (président du FFS), Patrick Baudouin (président d'honneur de la FIDH), Hélène Flautre (députée européenne), Bernard Kouchner, Véronique Nahoum-Grappe (anthropologue, EHESS).

Et avec le soutien de : Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Ligue des droits de l'homme (France), Algeria-Watch, Cedetim.

Le 7 avril 1987, l'avocat Ali Mécili, né André, compagnon de Hocine Aït-Ahmed, était assassiné à Paris. Vingt ans après, alors que la vérité est connue sur les commanditaires de son assassinat – les services secrets algériens –, justice ne lui a pas encore été rendue.

Ali était français et algérien à la fois, berbère aussi, et il mariait avec jubilation ses trois identités, ne s'enfermant dans aucune. De cette appartenance multiple, il avait fait une force vive au service du combat qu'il a livré sa vie durant pour la vérité, la justice et la liberté, pour le respect des droits de l'homme et pour l'instauration de la démocratie en Algérie.

En des temps devenus déraisonnables, nous avons plus que jamais à apprendre de lui et de sa clairvoyance politique.

« Lorsqu'on ne sait plus discerner le vrai de ce que l'on donne pour vrai, le faux de ce que l'on donne pour faux, on accède au stade ultime de la dépolitisation, propice aux renouvellements de toutes les aventures fascisantes. »

Ali Mécili, Libre Algérie , août 1986.

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Affaire Mécili:

vingt ans après, la fin de l'impunité?

Par José Garçon (Journaliste) 18H00 25/12/2007
http://www.rue89.com/2007/12/25/affaire-mecili-vingt-ans-apres-la-fin-de-limpunite

Selon les informations de Rue89, deux mandats d'arrêt ont été émis en France contre les tueurs de l'opposant algérien.

Vingt ans. Il aura fallu vingt ans pour que l’affaire Mécili -du nom d’un opposant algérien assassiné à Paris sur ordre des services secrets algériens- sorte du trou noir dans lequel Paris et Alger la maintiennent en dépit de l’activité inlassable d'Antoine Comte, l’avocat d'Annie Mécili, sa veuve, pour remettre en cause l’impunité des tueurs.

Ce rebondissement d’une affaire étouffée par deux raisons d’Etat est d’autant plus spectaculaire qu’il a lieu contre l’avis du parquet. Ainsi, et selon nos informations, le juge français Baudoin Thouvenot a lancé le 7 décembre un double mandat d’arrêt contre deux responsables directs de l’assassinat de Ali Mécili, cet avocat français, porte-parole de l’opposition algérienne abattu à l’âge de 47 ans dans le hall de son immeuble parisien du boulevard Saint Michel, le 7 avril 1987.

Le proxénète et le consul
Le premier mandat concerne le tueur lui même, Abdelmalek Amellou. Ce petit proxénète qui coule des jours heureux en Algérie avait été arrêté à Paris deux mois après son forfait et expédié à Alger par les autorités françaises de l’époque en procédure d’"urgence absolue", dès la fin de sa garde à vue. Pourtant, les faits retenus contre lui sont accablants. Selon le juge Thouvenot:
"L’enquête a montré qu’il était en relation avec des membres de la sécurité militaire ou des officiers de l’armée algérienne et qu’il possédait un ordre de mission du capitaine Hassani."
Le magistrat remarque également que "la concubine d'Amellou avait confié à sa soeur que c’était 'eux qui avaient fait ça'", tandis que le frère du même Amellou était, selon l’une de ses ex-compagnes, "persuadé de la culpabilité de ce dernier dans l’assassinat de Ali Mécili".

Le second mandat d’arrêt vise Mohamed Ziane Hassani -qui se fait aussi appeler Rachid Hassani-, un capitaine de la Sécurité militaire algérienne (devenue entre temps le DRS: Département du renseignement et de la sécurité), dont la dernière fonction connue était consul d’Algérie à Bonn. Le rôle de Hassani, qui fut l’agent traitant du tueur dans la préparation du meurtre, était très vite apparu aux enquêteurs français. Mais en 2003, un témoignage édifiant permettait d’établir que cet agent consulaire diplomatique en Allemagne avait aussi assuré le suivi de l’exécution d'Ali Mécili...

Le témoignage d'un ancien colonel des services algériens
Le 2 juillet 2003 en effet, le juge Thouvenot entendait en qualité de témoin, et sur la demande expresse de Me Antoine Comte, un officier dissident algérien réfugié en Allemagne, Mohammed Samraoui -sur lequel l’Etat algérien rêve d’ailleurs de remettre la main- et qui était, à l’époque des faits, responsable d’une "section de prévention économique de l’armée pour la région Est".

"Mohammed Samraoui, note le juge Thouvenot dans son mandat d’arrêt, nous a déclaré avoir assisté à une réunion fin juin-début juillet 1987, au cours de laquelle Amellou a reçu des mains de Hassani une forte somme d’argent en liquide, qui n’était visiblement qu’une partie de ce qu’il devait recevoir [800000 francs]."

Auditionné par le juge français, Hicham Aboud, un autre ex-officier de la Sécurité militaire, fera également état de cette information.
Pourtant décisifs, ces éléments nouveaux concernant Hassani n’ont pas suffit à convaincre le parquet de la nécessité d’émettre des mandats d’arrêt contre l’agent consulaire algérien. Pas plus d’ailleurs que contre Amellou. "La délivrance d’un mandat d’arrêt ne s’impose pas", indiquait en effet, et sans plus de commentaires, le parquet le 13 novembre 2007... La chape de plomb qui assure l’impunité à l’auteur et à l’un des commanditaires de l’assassinat d’un avocat français sur le sol français semblait ainsi devoir définitivement retomber sur cette affaire.

Comme si le message adressé par Charles Pasqua, le ministre de l’Intérieur de l’époque, aux autorités algériennes dans les heures suivant le crime était toujours d’actualité: "Je tenais à vous assurer que l’Algérie n’a rien à voir dans cette affaire", avait affirmé par téléphone Charles Pasqua à l’ambassadeur de ce pays en France, lui signifiant clairement qu’Alger pouvait, en la matière, compter sur la couverture sans faille de Paris. Une assurance qui a notamment permis aux autorités algériennes de faire la sourde oreille à la commission rogatoire internationale qui leur a été adressée le 4 septembre 1998.

La fin de l'omerta entre Paris et Alger?
Deux décennies après qu’un obscur sous-traitant de la police politique algérienne a abattu à bout portant un responsable de l’opposition démocratique algérienne en plein Paris, le mandat d’arrêt du 7 décembre vient pourtant d’ouvrir une brèche dans l’omerta qui régit les relations entre la France et l’Algérie. Il demande notamment aux policiers algériens de le "notifier à Amellou à son dernier domicile connu", Hassani devant quant à lui être localisé.
La suite donnée à ce double mandat d’arrêt dira jusqu’où le Parquet peut bloquer une enquête, au moment même où Nicolas Sarkozy clame haut et fort sa volonté de fonder les rapports franco-algériens sur une base nouvelle.
José Garçon

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Front des Forces Socialistes - section Ile de France

ffs-iledefrance@hotmail.fr Paris, le 20 mars 2007

Ali-André Mecili victime de la double raison d'Etat

Quand les services algériens assassinent impunément sur le sol français.

Maître Ali-André Mecili a été exécuté le 7 avril 1987, devant l’entrée de son domicile, bd Saint-Michel à Paris, par des mains à la solde du régime militaire d’Alger. Vingt ans se sont écoulés depuis. Vérité et justice ne lui ont toujours pas été rendues. L' « amitié » franco-algérienne se paie au prix fort.

Au-delà de l’homme, dont la lucidité et l’engagement politique étaient appréciés de tous, cet acte visait l'opposant ainsi que l’ensemble des opposants algériens au régime d’Alger, mis en place par la violence au lendemain de l’indépendance. Engagé très jeune dans la lutte de libération nationale, Ali Mecili a été, de toutes les luttes pour les libertés démocratiques en Algérie. Militant des droits de l’Homme, il était l’ami de nombreuses causes justes à travers le monde. Dirigeant de la première heure du FFS, aux cotés de Hocine Aït Ahmed, Ali Mécili s’est investi avec une rare abnégation dans l’élargissement de la base sociale du parti, et plus largement dans l’édification d’un pôle d’opposition démocratique autonome. Son action a été déterminante dans l’ouverture de pourparlers entre les différents segments de l’opposition algérienne. Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella et Hocine Ait Ahmed, notamment, y étaient parties prenantes. Ainsi, Ali Mecili a été le véritable chef d’orchestre d’une construction politique qui s’est concrétisée à Londres, en décembre 1985, par la signature d’une plateforme politique commune. Connue sous le vocable des accords de Londres, cette démarche unitaire de l’opposition algérienne avait ébranlé, sur le double plan national et international, le régime d’Alger. Les tenants du système l’ont jugée impardonnable et ont ordonné la liquidation physique de l’ « instigateur de cet affront ».

Aujourd’hui, ses amis, ses camarades et sa famille continuent de réclamer vérité et justice en dépit d’une chape de plomb scellée par la double raison d’Etat, algérienne et française. En Algérie, l’impunité continue de régner. Elle vient d’ailleurs d’être élevée au rang de politique officielle par le président Bouteflika, particulièrement depuis le pseudo référendum du 29 septembre 2005 sur la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». La vocation de cette dernière étant de permettre l’exfiltration, des maquis, « des islamistes du DRS », de dédouaner les auteurs des crimes de la décennie rouge et de garantir l'impunité des services de la police politique, des terroristes islamistes et des dignitaires de l’armée.

En France, l’indulgence pour ne pas dire la complicité des services français a fait que cet assassinat demeure à ce jour également impuni. Comment qualifier autrement l’attitude de la France qui avait procédé à l’exfiltration en urgence absolue de l’assassin vers Alger ? La collusion évidente de Paris avec les autorités algériennes est allée jusqu’à la neutralisation de l’instruction judiciaire. Alors que la justice française est supposée être indépendante du pouvoir politique.

Néanmoins, les amis, les camarades et la famille d'Ali Mécili ne désespèrent pas d’en finir avec un déni de justice qui, de ce côté-ci de la Méditerranée, mine les fondements même de la démocratie à la française. En pleine campagne des présidentielles, cette vingtième commémoration de l’assassinat d’Ali doit être l’occasion d’interpeller les différents candidats sur cette « Affaire Mecili ». Cette opportunité, nous devons la saisir pour rappeler à chacun des présidentiables ses engagements à faire triompher la justice en toute circonstance.

D’ores et déjà, le FFS Ile de France appelle tous ceux qui partagent les valeurs de justice à un recueillement solennel.

Rassemblement au cimetière du Père-Lachaise, le samedi 7 avril à 14h30

devant l'entrée principale - métro Père-Lachaise.
Le dépôt de gerbe se fera à 15h précises.

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Communiqué du FFS Immigration

(Ile de France)

Souvenez-vous du 7 avril 1987. Ali Mécili, l'une des principales figures de l'opposition démocratique au pouvoir d'Alger, a été abattu par balles en plein Paris. Arrêté par la police française, à peine deux mois plus tard, l'assassin a été expulsé vers l'Algérie. En le renvoyant à ses commanditaires, l'Etat français s'est rendu complice de cet assassinat politique. Depuis, deux raisons d'Etat, l'une algérienne et l'autre française, ont conjugué leurs moyens pour sceller une chape de plomb sur l'« affaire Mécili ». Vingt et une années plus tard, ni vérité ni justice ne lui ont été rendues.

Le FFS Ile de France informe tous ceux qui partagent les valeurs de justice sociale, de démocratie et des droits de l'Homme, défendues par Ali jusqu'à son dernier souffle, qu'une cérémonie de recueillement est prévue ce dimanche 6 avril 2008 à 14h30 au cimetière du Père-Lachaise. Rendez-vous à 14h devant l'entrée principale.

Pour le FFS Ile de France

Malek Bouketouche


Déclaration du FFS Ile de France

(Paris le 31 mars 2008)

« Affaire MECILI » Un crime d'Etat

Souvenez-vous, le 7 avril 1987, la France a été le théâtre d'un crime d'Etat commandité
par le haut commandement militaire, détenteur de la réalité du pouvoir en Algérie.
L'une des principales figures de l'opposition démocratique algérienne, le dirigeant du Front des Forces Socialistes1 Ali Mécili, a été abattu en plein Paris. Disposant de renseignements,
la police française a procédé, à peine deux mois plus tard, à l'arrestation du tueur Abdelmalek Amellou. Bras armé de cette exécution sommaire, ce dernier était encore
en possession d'un ordre de mission de la sécurité militaire algérienne2 signé du capitaine Hassani.

Or, contre toute attente, les autorités françaises l'ont expulsé en catimini vers l'Algérie,
en vertu d'une procédure administrative dite « d'urgence absolue », à la demande du ministère de l'Intérieur de l'époque dirigé alors par Charles Pasqua et Robert Pandraud. Par cette décision, lourde de sens, l'Etat français s'est rendu complice de cet assassinat. Vingt et une années plus tard, deux raisons d'Etat, l'une algérienne et l'autre française, continuent de conjuguer leurs moyens pour étouffer la désormais « affaire Mécili ». Les deux mandats d'arrêt internationaux3 récemment délivrés par le juge Baudoin Thouvenot, contre l'avis du parquet de Paris, ont redonné, certes, un peu de baume au coeur à tous ceux qui inlassablement revendiquent « vérité et justice pour MECILI ». Toutefois, le volontarisme de ce juge n'éloigne malheureusement pas le spectre de la double raison d'état qui scelle la chape de plomb sur cette affaire très… gênante.

Une mise en garde aux opposants algériens

Cette exécution sommaire se voulait un signal fort en direction de l'ensemble des opposants au régime militaire d'Alger. Le choix de la cible n'était, bien entendu, pas fortuit. Le FFS évoluait comme un poisson dans l'eau au sein de la très importante communauté algérienne de France. Face à la terrible répression orchestrée par la SM2, qui s'est abattue sur les militants du FFS en Algérie, c'est tout naturellement en son sein que le FFS clandestin a pu garantir sa survie. L'Emigration algérienne s'est avérée être un important vivier de militants et de cadres politiques pour le FFS et au-delà, pour l'ensemble de l'opposition démocratique au pouvoir militaire d'Alger. Ali Mécili savait l'importance stratégique d'une telle base arrière au moment où le pays vivait un véritable état d'exception. Sa priorité a été d'œuvrer à la structuration d'une organisation politique opérationnelle. C'est pourquoi, il s'est investi avec une rare abnégation dans l'élargissement de la base sociale du parti. L'objectif étant de doter le FFS de moyens organique et politique afin qu'il assume son rôle d'avant-garde dans les luttes pour les libertés démocratiques en Algérie. (Edition du journal Libre Algérie, organisation de séminaires de formation, élaboration de textes politiques, économiques et sociaux, l'avant-projet de plateforme de 1979…).

L'autre question essentielle qu'Ali n'a jamais perdu de vue, était la problématique de l'édification d'un pôle d'opposition démocratique autonome. Son action a d'ailleurs été déterminante dans l'ouverture de pourparlers entre les différents segments de l'opposition algérienne de l'époque. Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, notamment, y étaient parties prenantes. Ali a été le véritable chef d'orchestre d'une construction politique qui s'est concrétisée à Londres, en décembre 1985, par la signature d'une plateforme politique commune. Plus connue sous le nom des « accords de Londres », cette démarche unitaire de l'opposition algérienne avait ébranlé, sur le double plan national et international, le régime d'Alger. Les tenants du système l'ont jugée impardonnable et ont ordonné la liquidation physique de l'artisan de ces accords politiques.

Assassinats politiques

Aujourd'hui, la haute hiérarchie militaire algérienne s'entête et refuse de tirer les enseignements de sa gestion du pays. Plus de deux décennies après les liquidations de KHIDER, KRIM, MECILI, plus tard de BOUDIAF, MAHIOU et de tant d'autres militants politiques algériens, la situation politique, économique et sociale du pays se dégrade toujours plus. Malgré l'embellie financière due à l'augmentation du prix des hydrocarbures qui décuple nos réserves de change, des franges importantes d'algériennes et d'algériens sombrent dans la pauvreté. L'insécurité chronique achève de briser les rêves d'une jeunesse acculée à des gestes de désespoir : suicides, « boat people » -harragas, embrigadement par les idéologies du pire (terrorisme islamiste, terrorisme d'état,...).

Ces assassinats politiques ne visaient, en définitive, qu'à assurer la survie du système, de ses pratiques et de ses hommes. Ils s'inscrivaient dans un processus qui relève de la théorie du chaos. Et, peu importe que l'avenir se ferme pour des générations d'Algériennes et d'Algériens, d'aujourd'hui et de demain.

Quinze ans après son instauration en février 1993, l'« état d'urgence » perdure en Algérie. L'extinction de la vie politique ouvre la voie à toutes les dérives. Pendant que le pouvoir politique demeure aux mains de la même haute hiérarchie militaire. Cette dernière d'ailleurs, ne semble pas réaliser, qu'à court ou à moyen terme, un effet boomerang sera inéluctable.

Dans ce contexte d'exception, l'opposition démocratique doit, à l'instar de feu Ali Mécili, se convaincre de l'importance stratégique de l'Emigration dans la construction d'un vrai rapport politique en faveur d'une démocratisation de la société et des institutions de l'Etat.

1/ FFS ; 2/ La SM - sécurité militaire algérienne – a changé de dénomination pour devenir le DRS- département du renseignement et de la sécurité ; 3/ Délivrés le 7 décembre 2007, ils visent Abdelmalek Amellou et le capitaine de la sécurité militaire algérienne, Mohamed Ziane Hassani , en poste au consulat d'Algérie à Bonn…


A l'occasion de la vingt et unième commémoration
de l'assassinat de notre camarade, Ali MECILI, le FFS Ile de France informe
qu'un recueillement est prévu ce dimanche 6 avril 2008.

Rendez-vous à 14h, au cimetière du Père-Lachaise
devant l'entrée principale.
(métro Père-Lachaise).

Le dépôt de gerbe se fera à 14h30 précises.

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Préface à l'édition de 2007 de L'Affaire Mécili

par Hocine Aït-Ahmed

C'était il y a vingt ans. Le 7 avril 1987 exactement en plein Paris. Un obscur proxénète assassinait pour le compte du régime algérien un homme de cinquante ans dans le hall d'entrée de son immeuble du boulevard Saint-Michel. En quelques secondes et trois balles de 7,65 tirées presque à bout portant, Alger venait de se débarrasser d'Ali Mécili, infatigable porte-parole de l'opposition algérienne. Un rôle à haut risque en ces temps annonciateurs des grandes émeutes d'octobre 1988, mais où le mythe de l'« Algérie révolutionnaire » rendait tabou toute critique sur le pouvoir et les pratiques des généraux.

Dans les heures suivant l'assassinat de cet avocat au barreau de Paris, l'ambassadeur d'Algérie en France recevait un appel téléphonique insolite. Le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua tenait en personne « à l'assurer que l'Algérie n'avait rien à voir avec cette affaire ». Tout était dit. Et rien n'allait permettre de remettre en cause ce « message » adressé dès la première heure aux autorités algériennes : Paris les couvrait et garantissait leur impunité en les assurant d'emblée qu'elles n'avaient « rien à voir » avec la mort de Mécili. Bachir Rouiss, le ministre de l'Information algérien de l'époque, confirmera d'ailleurs sur Radio Monte-Carlo que ce message avait été reçu cinq sur cinq à Alger. « L'Algérie, affirmait-il, n'a absolument rien à voir avec cet assassinat et n'a jamais eu recours à de tels procédés. » Comme on le verra dans ce livre, ce pacte du silence entre Paris et Alger allait être plus fort qu'une enquête permettant très vite de savoir l'essentiel, plus fort que la multitude d'articles de presse pointant Alger du doigt ou que la mobilisation organisée autour d'Annie Mécili, la femme d'Ali, par le Comité Mécili. Il ne manquait qu'à sceller ce pacte : ce sera le renvoi par la France de l'assassin en Algérie en procédure d'urgence absolue.

Pourquoi la justice française ignore-t-elle les éléments nouveaux de l'enquête ?

Vingt ans après, rien n'a changé. Pourtant en 2003, un témoignage décisif est venu s'ajouter à une enquête déjà très édifiante quant à la responsabilité de la Sécurité militaire, la fameuse « SM », la police politique du régime algérien. Il concerne rien moins que la remise du prix de son forfait au meurtrier, un certain Abdelmalek Amellou. Cette déposition confirme l'implication dans l'affaire de Rachid Hassani, un capitaine de la SM qui apparaissait déjà comme l'agent traitant d'Amellou dans l'enquête diligentée à l'époque par les policiers français (1). Le 2 juillet 2003 donc, le colonel Mohamed Samraoui, ex-officier supérieur de la SM réfugié politique en Allemagne (2), était entendu par Baudouin Thouvenot, le juge d'instruction français désormais en charge du dossier.

En 1987, Mohamed Samraoui est chef de la section de prévention économique de l'armée pour la région Est. Fin juin, début juillet, trois mois après l'assassinat d'Ali Mécili, son supérieur hiérarchique, le major Abdelkader Chagraa, le convoque dans son bureau, où se trouve un certain « Monsieur Hassani ». La quarantaine, consul général à Berlin puis à Bonn, celui-ci dit se prénommer Rachid, même si sa carte de visite fait état d'un autre prénom, Mohammed Ziane. Samraoui est chargé par son supérieur d'accompagner Hassani à Skikda, une ville de l'est du pays où ce dernier ne peut aller seul, faute d'y être connu des services de sécurité locaux. À Skikda, Hassani et Samraoui se rendent à l'hôtel Salem, sur la terrasse duquel ils rencontrent Amellou, le petit truand assassin de Mécili. Réexpédié dans la plus grande discrétion à Alger par le duo Charles Pasqua/Robert Pandraud, l'homme s'inquiète pour sa voiture de sport et doute qu'elle soit, comme le lui assure Hassani, dans un garage de Béjaïa en Kabylie. Le ton va encore monter quand Amellou réclame « son argent ». Même si les billets remis par Hassani suggèrent une assez grosse somme, ce n'est visiblement pas suffisant. Hassani tente de calmer son interlocuteur en reconnaissant qu'il a « effectivement rempli le contrat ». Mais, fait-il valoir, c'est pour sa propre sécurité qu'il lui remet dans un premier temps une partie seulement de la somme prévue pour éliminer Ali Mécili (800 000 francs au total, environ 122 000 euros actuels). « Il a exécuté une mission d'un montant de 800 000 francs », expliquera Hassani à Mohammed Samraoui en lui confiant qu'ils « avaient eu des problèmes avec Amellou alors qu'il était caché à Alger » .

Ces éléments nouveaux justifieraient largement l'émission de mandats d'arrêt contre Amellou bien sûr, mais aussi contre Rachid Hassani. Aujourd'hui pourtant, trois ans après le témoignage de Mohammed Samraoui, la justice française n'a rien fait pour identifier, retrouver et entendre cet homme clé. Les pistes ne manquent pas : on sait par exemple qu'en janvier 2001, un certain Mohamed Ziad Hassini était consul général à Bonn. Le nom est si proche de celui figurant sur la carte de visite de Rachid Hassani que seule une lettre l'en différencie. Hassini, ou Hassani, fait-il toujours partie du personnel diplomatique ou consulaire algérien en Allemagne ? S'agit-il du même homme que celui qui apparaît tout au long du dossier et que le témoin entendu par le juge Thévenot affirme avoir vu remettre de l'argent au tueur trois mois après l'assassinat d'Ali Mécili ? Apparemment ces questions n'intéressent pas la justice française : une fois de plus, comme après le meurtre, celle-ci fait le dos rond.

La SM, une police politique au cœur du pouvoir

La forfaiture et la lâcheté de deux États ont réussi à effacer la mémoire de l'affaire Mécili de la liste des crimes politiques. Au point qu'au cours des dernières années, Annie Mécili n'est même plus parvenue à faire publier dans la presse française le moindre texte dénonçant l'impunité des commanditaires de l'exécution de son mari. Il n'y a là, hélas, rien de nouveau sous le soleil.

Depuis plus de quatre décennies, le régime algérien n'a pas seulement usurpé la souveraineté du pays, fruit du combat et des sacrifices de tout un peuple. Il a organisé, dès l'indépendance, l'amnésie pour priver les Algériens de leur Histoire. C'était à ses yeux la seule manière de régner en maître sans jamais risquer devoir rendre des comptes.

C'est précisément pour lutter contre cette amnésie érigée en mode de gouvernement et de gestion de la société qu'il m'a paru de salubrité publique, vingt ans après l'assassinat d'Ali, de rééditer aujourd'hui ce livre, que j'avais publié en 1989. D'autant que ce meurtre ne constitue ni une bavure ni un « accident de parcours ». Il marque au contraire une constante depuis l'indépendance de notre pays : la volonté du régime de détruire le politique et jusqu'à l'idée même du politique, de refuser et casser toute médiation et tout médiateur crédible. Au besoin par l'assassinat de ceux qui menacent la pérennité du régime : presque toujours des hommes capables de penser et surtout d'organiser un débat et un combat politiques autonomes.

Créée dès 1962, la police politique, dont le seul sigle – SM – a terrorisé les Algériens pendant près de trois décennies, y a toujours veillé. Théoriquement dissoute en septembre 1990, mais en pratique simplement rebaptisée DRS (Département de renseignement et sécurité), la SM a été depuis l'indépendance la plaque tournante de l'organisation d'un pouvoir occulte. Repérant et recrutant les meilleurs étudiants, elle a infiltré tous les appareils de l'État, les réseaux mafieux du pouvoir et tous les secteurs d'activité – sociaux, économiques, culturels et politiques –, avec une attention particulière pour les médias. Sa connaissance très « pointue » de tout le personnel politique et les liens très anciens existant entre eux font de ses dirigeants – et en particulier de son chef le général Mohammed Médiène – le centre de gravité autour duquel s'articule toute la vie politique. Véritable colonne vertébrale du système et seule institution à fonctionner vraiment en dehors du secteur des hydrocarbures, ces services spéciaux ont eu, dès l'indépendance, une obsession : contrôler au plus près la société afin d'y empêcher l'enracinement populaire de tout mouvement autonome et de prévenir l'émergence de contre-pouvoirs démocratiques.

En octobre 1988, un véritable séisme a ébranlé le pays le pays tout entier. Exclus et désespérés, des centaines de milliers de jeunes ont déferlé dans les rues en scandant : « Nous sommes des hommes, nous sommes des hommes ! » On pourrait s'étonner que ce formidable coup de semonce n'ait pas été fatal au régime militaire. D'autant que se profilait l'effondrement du système totalitaire soviétique : sa chute aurait pu entraîner dans son sillage son rejeton algérien. Il n'en a rien été. La répression féroce pour laquelle les généraux ont opté en constitue la raison la plus évidente : des tirs à la mitrailleuse ont écrasé la révolte d'une jeunesse à laquelle le régime déniait à la fois les conditions d'une existence digne et les moyens pacifiques de la revendiquer.

Ainsi en décembre 1991, la tentative de coup d'État visant à renverser le processus d'ouverture politique à Moscou a échoué, sans effusion de sang, alors qu'en Algérie, le coup d'État mettant fin à la transition démocratique a réussi le 11 janvier 1992. Une différence structurelle fondamentale entre l'Algérie et les systèmes staliniens « classiques » explique cette évolution opposée : le KGB était soumis au contrôle du Parti communiste soviétique – qui n'avait rien d'une fiction – et c'est sur ordre des autorités civiles que la police politique a mis en déroute les putschistes « contre-révolutionnaires ». En Algérie au contraire, la Sécurité militaire n'a jamais été soumise à aucune autorité civile. La police politique – version algérienne du KGB, de la Stasi et de la Securitate, qui ont formé nombre de ses cadres – était supposée dépendre de l'armée. En réalité, elle a toujours eu le monopole presque absolu de la politique. Et elle constitue même le véritable parti unique, contrôlant étroitement un FLN dont la « légitimité historique » lui a servi de feuille de vigne.

La décennie des affrontements fratricides de la « sale guerre » des années 1990 n'aura pas changé la donne. Elle a au contraire décuplé la puissance du DRS, autoproclamé gardien suprême de la patrie face au « péril vert ». Certes, la police politique n'est sans doute plus aujourd'hui le bloc homogène qu'elle fut. Traversée elle aussi par les luttes de clans et les rivalités entre « services », elle exerce néanmoins un quasi-monopole sur la réflexion, la prospective et la mise en œuvre politique des choix qui conditionnent le destin du pays (3).

L'assassinat ciblé, mode de gestion des conflits du pouvoir algérien

On ne peut comprendre l'exécution de Ali Mécili, comme les meurtres politiques « ciblés » qui l'ont précédée et suivie, si l'on ignore que l'assassinat s'est très tôt imposé en Algérie comme une procédure normale de règlement des conflits. Ali ne fut pas en effet la première victime de ces liquidations commanditées par les services secrets. En décembre 1957 déjà, en pleine lutte de libération nationale, les « services » de la révolution exécutaient Abbane Ramdane. Il avait eu le tort de dénoncer la volonté de puissance des colonels de l'ALN (Armée de libération nationale) et d'être le maître d'œuvre du fameux Congrès de la Soummam, qui proclamait en août 1956 la « primauté du politique sur le militaire ».

Ce fut le prélude à une longue liste d'assassinats : Mohammed Khider (janvier 1967) et Krim Belkacem (octobre 1970), deux opposants déterminés qui étaient aussi des chefs « historiques » de la guerre de libération ; le commandant Saïd Abid, ex-maquisard des Aurès promu après l'indépendance à la tête de la 1 re région militaire (Algérois, Kabylie), « suicidé » en 1967 dans son quartier général de Blida (4) ; Abdelkader Moulay, plus connu sous le nom de colonel Chabou, ex-sous officier de l'armée française et cheville ouvrière du ministère de la Défense, victime d'un accident d'hélicoptère en 1971 ; Mohamed Medeghri, le tout Premier ministre de l'Intérieur, lui aussi « suicidé » en décembre 1974. Homme de convictions, Medeghri était aussi animé d'un courage politique qui le poussa à signaler sans cesse au chef de l'État Ahmed Ben Bella – qui le limogea début 1965 – les dépassements de son appareil policier. Deux jours avant son « suicide », Medeghri avait confié par téléphone à Claude Julien qu'il se sentait « menacé » (5).

Ali Mécili ne fut pas non plus la dernière victime de la police politique, loin de là. Depuis son exécution, une décennie de guerre civile – qui a surtout été une guerre contre les civils – a ravagé le pays. Dans cette tourmente, armée et groupes armés islamistes se sont affrontés dans un terrible déchaînement de violences et dans des maquis à ce point infiltrés par les services secrets que, souvent, plus personne ne savait qui y manipulait qui.

Des années durant, ce pouvoir a supprimé des hommes « gênants » avant qu'à son tour le peuple tout entier devienne un « ennemi » à soumettre coûte que coûte. Sous couvert de lutte antiterroriste, le régime s'en est pris à des franges entières d'une société dont il a toujours eu peur. Pour autant, il n'a pas renoncé aux meurtres ciblés, qui sont restés une constante de la sale guerre des années 1990.

Le plus emblématique demeure évidemment celui d'un président, Mohammed Boudiaf, abattu en juin 1992 en direct devant les caméras de télévision pour, pratique typiquement maffieuse, valeur d'exemple. À plusieurs reprises, Boudiaf avait menacé les généraux de partir s'ils s'obstinaient à ne pas respecter l'autonomie de sa fonction. Les services spéciaux savaient aussi que sa volonté de se faire élire président au cours d'un scrutin en bonne et due forme avait un double objectif : se libérer du contrôle tutélaire du commandement militaire et créer une formation politique nationale qui déborderait fatalement les « lignes rouges » fixées au multipartisme de façade que les généraux aiment tant afficher. Ni les « décideurs » ni les « services » ne pouvaient prendre le risque de laisser se développer de telles initiatives : elles étaient susceptibles d'ouvrir un processus fatal pour un système qui nourrit une phobie à l'égard de toute organisation autonome de la vie politique et de la société. L'exécution de Mohammed Boudiaf devenait, dès lors, inéluctable. Elle obéissait au sempiternel refus de ce pouvoir de l'ombre qui constitue le cœur du système d'accepter la moindre prise de distance à son égard.

La liste des autres victimes « institutionnelles » de la police politique depuis 1992 est hélas fort longue. On ne compte plus ceux qui sont officiellement tombés sous les balles « islamistes », sans que cette thèse convainque quiconque. À défaut de pouvoir les évoquer tous ici, citons les victimes les plus notoires : l'ex-chef de la Sécurité militaire et ex-Premier ministre Kasdi Merbah en août 1993 (il paya de sa vie le fait notamment d'être perçu comme une alternative par certains cadres de l'armée) ; l'ancien ministre de l'Intérieur Aboubakr Belkaïd en septembre 1995 ; Abdelhak Benhamouda, le patron de l'UGTA, le syndicat officiel, en janvier 1997 ; et aussi plusieurs officiers de haut rang…

Certains de ces assassinats étaient destinés à empêcher toute émergence d'une alternative politique crédible, notamment dans le champ islamiste : ce sera le cas par exemple de l'élimination, le 22 novembre 1999, de Abdelkader Hachani, le plus politique des leaders du mouvement islamiste. D'autres visaient à envoyer des « messages » sanglants à un clan adverse. Le plus typique restera sans doute l'élimination, le 4 juin 1996, d'un proche du président Liamine Zéroual, le général Saïdi Fodhil, ex-chef de la 4 e région militaire. Son itinéraire et sa stratégie le qualifiaient pour occuper un rôle central à la fois dans l'encadrement et la modernisation de l'armée et dans l'élaboration d'une gestion de la crise plus politique que sécuritaire. D'autres enfin ont ciblé des intellectuels ou des journalistes, dont les meurtres étaient eux aussi toujours attribués aux groupes armés islamistes pour créer la confusion et faire basculer la société dans le camp du pouvoir. Le Front des forces socialistes n'a pas été épargné (6) : M'barek Mahiou, un de ses dirigeants, fut assassiné le 4 novembre 1994 ; Ali Azraraq, responsable fédéral et vice-président de la municipalité d'Omar Bouira, fut abattu fin mai 2005 ; tandis que Rabah Aïssat, président élu de l'assemblée de willaya de Tizi-Ouzou, l'était à son tour en octobre 2006.

Tous ces meurtres ont une finalité – détruire ce qui échappe, ou risque d'échapper, au contrôle du système – et un dénominateur commun : la certitude d'une totale impunité.

L'effacement d'un crime d'État

En ce sens, l'exécution de Ali Mécili est exemplaire d'une gestion de la société qui a conduit non seulement au terrible échec de la décolonisation, mais aussi aux violences qui ont ensanglanté l'Algérie à partir de 1992. Elle est tout aussi édifiante des rapports malsains qui semblent devoir lier, toujours pour le pire, le régime algérien à l'ancienne puissance coloniale. La complicité de l'État français, qui a tout fait pour étouffer ce crime, est un terrible précédent. Elle a consacré une impunité qui, depuis, ne s'est jamais démentie et a permis au régime de continuer, quarante ans après l'indépendance, de gérer aussi par la brutalité et la manipulation. Cette double composante – interne avec la volonté de priver les Algériens de leur histoire et de ceux qui ont contribué à la faire, externe avec un pouvoir assuré de l'impunité au plan international – rend le meurtre de Ali Mécili emblématique.

Le 7 avril 1987, les services spéciaux d'Alger n'ont pas seulement enlevé un homme à sa famille et à ses amis. Ils ont d'abord paré au plus pressé en abattant celui qui avait fondé le journal Libre Algérie pour doter l'opposition non seulement d'un organe d'expression autonome, mais d'un pôle autour duquel se rassembler et s'organiser. C'était là un danger potentiel réel, car Ali était au carrefour de diverses dynamiques émergentes à Paris, le mouvement de jeunes culturalistes, le FFS, les jeunes réunis autour du MDA de Ahmed Ben Bella…

Mais la Sécurité militaire avait aussi un objectif stratégique : anticiper sur l'avenir. Il fallait en effet priver le Front des forces socialistes, mais aussi l'Algérie tout entière, d'un cadre politique hors pair ancré dans la modernité et capable d'assumer une relève des générations dans ce pays où ce passage de témoin est crucial. Cet objectif était d'autant plus crucial que la police politique savait qu'elle ne parviendrait pas à « retourner » Mécili, comme tant d'autres avant et après lui. Pour avoir commencé sa carrière politique dans le MALG, les « services » de renseignements de la révolution, Ali connaissait trop bien la musique et le cœur du système. D'où l'hostilité toute particulière de la SM à son égard. Car comment pardonner à cet homme d'avoir en quelque sorte « trahi » en s'engageant dans le combat politique public en faveur de la démocratie ? En quarante-cinq ans de règne de la SM, qui a recruté des dizaines de milliers d'agents, les dissidents qui ont osé, comme lui, quitter ses rangs en dénonçant ses agissements se comptent à ce jour à peine sur les doigts d'une main…

Il ne manquait plus qu'à faire en sorte, grâce à la complicité des dirigeants français, que ce meurtre n'existe pas, qu'il soit totalement rayé des mémoires et ne figure dans aucune chronologie des événements qui ont marqué notre pays. Vingt ans après, ne pas oublier Ali Mécili et combattre l' omerta qui, à Alger comme à Paris, s'acharne depuis vingt ans à effacer jusqu'à son existence, c'est donc évidemment un devoir de mémoire. C'est une fidélité à un homme qui fut un ami très cher, irremplaçable, à un militant et à un cadre politique d'exception. Mais c'est aussi remonter aux origines de l'impunité dont la police politique algérienne se sent investie depuis cette année 1987 et qu'elle a interprétée depuis comme il se devait : la possibilité de tout se permettre, partout et en toutes circonstances.

L' omerta sur la « sale guerre » des années 1990

La nouvelle conjoncture internationale née des attentats du 11 septembre 2001 va permettre à Alger d'aller plus loin encore, en faisant croire au monde entier que les émules d'Oussama Ben Laden auraient fait leurs premières armes en Algérie au cours des années 1990. C'était la meilleure manière de faire oublier les décennies d'incurie, d'injustices, d'arbitraire et de non-droit qui ont conduit l'Algérie à la catastrophe. Et d'effacer jusqu'à l'existence d'une sale guerre qui a infligé tant d'années de souffrances aux Algériens.

Comme si 200 000 morts, plus de 10 000 disparus imputables aux forces de sécurité ou à d'autres groupes paramilitaires et un million et demi de déplacés étaient finalement peu de chose. Une sorte de comptabilité macabre et désincarnée derrière laquelle il n'y aurait ni drames individuels ni vies fracassées, ni familles endeuillées ni centaines de milliers d'orphelins. Comme si la transformation de notre pays en champ de ruines et la dislocation planifiée de notre société, où l'argent fait désormais office de seule valeur refuge après que tout a été fait pour assassiner le politique, n'étaient que bavures et dégâts collatéraux. Or tous les récits des Algériens montrent que traumatismes individuels et collectifs hantent un pays empêché à la fois de comprendre ce qui lui est arrivé et d'en faire le deuil.

Au sortir de cette sale guerre, désormais officiellement qualifiée du vocable de « tragédie nationale », sans responsables ni coupables, le régime a imposé sans le moindre débat ce qu'il présente comme une « réconciliation nationale » et qui est avant tout une autoamnistie. Ainsi le pouvoir ne se contente plus d'avoir confisqué aux Algériens leur droit à l'autodétermination. Il leur impose une lecture de l'histoire fabriquée de bout en bout, qui transforme une guerre civile en « premier affrontement d'envergure contre le terrorisme international ». À charge pour une loi (celle de février 2006 portant sur la réconciliation nationale) d'interdire formellement toute analyse, toute compréhension, tout débat, bref tout travail de mémoire sur ces « années de sang ». Autant que la violence inouïe subie durant une décennie, cet empêchement du « comprendre » et du deuil par l'affichage d'une mascarade de normalité obère les chances de guérison du corps social. Comment expliquer ce qui est arrivé ? Comment, sinon en guérir, en faire le deuil pour espérer se reconstruire ? Pour tenter d'échapper à un désespoir de masse qui est le meilleur sergent recruteur de tous les terrorismes.

C'est au demeurant une contradiction absolue avec l'exigence adressée au même moment à la France d'un travail de mémoire sur les méfaits de la colonisation. Mais le régime n'en a cure, préoccupé avant tout par sa volonté de tourner la page de cette guerre contre les civils, afin d'obtenir l'impunité pour l'éternité. Avant lui, d'autres dictatures ont adopté dans le même but des lois d'autoamnistie étrangement similaires dans leur formulation, comme le Chili en 1978 ou l'Argentine en 1983. Tentatives vouées à l'échec : bien des années plus tard, la mobilisation continue des familles de victimes a permis l'abrogation de ces lois, et les généraux criminels ont commencé à être traînés devant les tribunaux.

L'Algérie ne fera pas exception. En cette année 2007, nos compatriotes , nous dit-on, sont épuisés. Ils aspirent légitimement à la tranquillité, nous répète-t-on. Ils s'échinent à nourrir leur famille et ont tourné la page du politique. C'est peut-être vrai ponctuellement au sortir de tant de violences. Même si l'indiscutable amélioration de la situation sécuritaire relève autant de l'« éradication » des groupes armés que de la nécessité pour les autorités de baisser le niveau de la violence d'État, afin d'éviter de signer l'échec de leur « option militaire » et surtout de relancer ce qu'elles redoutent plus que tout : les demandes d'enquête internationale . Mais le combat obstiné des mères de disparus ou les résistances citoyennes et syndicales qu'on essaye d'étouffer quotidiennement dans le pays montrent s'il en était besoin que, même en Algérie, l'oubli et le renoncement ne sont pas absolus et le crime jamais parfait. La présence entêtée sur la tombe d'Ali Mécili, chaque 7 avril à Paris, de ceux qui ont fait un long parcours avec lui comme de ceux qui ne l'ont pas connu, ne fait que le confirmer.

Les Algériens sacrifiés sur l'autel des hydrocarbures

Si la communauté internationale s'obstine à faire de l'Algérie un pays à part, les Algériens ne sont pas des êtres à part voués à être sacrifiés sur l'autel des hydrocarbures. Derrière les incantations démagogiques du pouvoir sur la souveraineté et la fierté nationales assénées à longueur de discours, jamais en effet l'action de gouverner n'a autant ressemblé à une opération « intérêts économiques bien compris contre impunité politique ». Trente ans après sa tyrannie sanglante, Pinochet n'a échappé que par la mort à la justice qui le serrait de plus en plus près. À Buenos Aires, les tribunaux rattrapent les officiers de l'ex-junte argentine. En Algérie, rien de tel encore. Mais on aurait tort de croire que cette impunité serait définitive.

Le premier dans l'institution militaire, l'ex-lieutenant des forces spéciales Habib Souaïdia a dénoncé en 2001 les exactions commises par les services spéciaux pendant la « sale guerre » (7). D'autres officiers algériens ont suivi. Leurs témoignages, toujours à visage découvert, ont été accueillis au mieux dans l'indifférence totale, au pire avec une hostilité attestant d'une volonté de les priver de toute légitimité. Curieusement, ce n'est pas, loin de là, l'accueil réservé en son temps aux dissidents de l'ex-Union soviétique. L'empathie à leur égard était telle qu'on les croyait sur parole et leurs écrits ont largement contribué à ouvrir les yeux sur la terrible réalité du goulag. Comment aurait-on pu par ailleurs comprendre et pénétrer les méandres de la mafia et de la camorra italiennes, systèmes aussi opaques que le régime algérien, sans les témoignages de leurs « repentis » ?

C'est pourtant tout le contraire qui se passe aujourd'hui avec l'Algérie. Cette omerta , ces yeux fermés sur les manipulations, y compris les plus grossières, du régime – que les responsables occidentaux ne se privent toutefois pas d'admettre en privé – ont conduit Alger à tout se permettre. En 2007, les « décideurs » s'estiment toujours et avant tout propriétaires de l'État algérien. Ils ne se soumettent ni à la loi, puisqu'ils sont eux-mêmes la loi, ni à un quelconque devoir et ils ont un souci majeur : transmettre les titres de propriété sur les richesses du pays et les circuits de corruption à leurs « ayants droit ». Ce n'est pas un hasard si chaque haut responsable a veillé à ce que l'un de ses fils au moins appartienne au DRS.

Mais le choix du conservatisme social et l'entretien d'un fondamentalisme religieux institutionnel ne constituent ni un projet ni une garantie pour l'avenir. Surtout quand la corruption, le régionalisme, le règlement de compte, le clientélisme et la remise au goût du jour de tous les archaïsmes font office de culture d'État. Par le meurtre, la terreur sous toutes ses formes, la non-utilisation des compétences et le népotisme, la société algérienne a été vidée d'une part essentielle de sa substance : l'exil ou l'abdication face à la loi du plus fort sont depuis longtemps les seules portes de sortie. Sans avenir et avec une jeunesse ayant pour tout passé l'effroyable décennie 1990 – sur laquelle elle est sommée de tirer un trait –, c'est une véritable bombe sociale que des généraux corrompus et ne reculant pas devant le crime ont amorcée.

Quand l'assassinat d'un opposant algérien à Paris, avocat français de surcroît, est passé à la trappe et que personne ne s'offusque du renvoi à Alger de son meurtrier, pourquoi s'étonner que les exactions commises par les services de sécurité au cours de la sale guerre n'aient rien à envier à celles des groupes armés qu'ils étaient censés combattre et qu'ils n'ont jamais cessé de manipuler ? Pourquoi déplorer l'« absence d'alternative politique » en Algérie et s'extasier sur les manifestations de prise de pouvoir pacifiques en Ukraine, à Belgrade ou ailleurs, en faisant mine d'oublier ce qui les a rendues possible : la garantie apportée de facto par la communauté internationale que les forces de l'ordre ne tireraient pas sur la foule.

Briser l' omerta

Rétablir la vérité sur les événements majeurs qui ont marqué l'Algérie indépendante est plus qu'un devoir politique. Le passé est indispensable pour décrypter le présent et prévenir l'anéantissement de l'avenir. Il ne s'agit pas de s'y réfugier d'une manière nostalgique, négative ou revancharde. Mais opacité, fictions politiques et institutionnelles ont édifié un théâtre d'ombre derrière lequel le pouvoir algérien s'est toujours abrité. Démystifier, briser l' omerta , devient dès lors un enjeu prioritaire pour comprendre la nature de ce système et, partant, l'origine même de la crise. Faute de quoi, le sens du problème – et donc sa solution – restera insaisissable. Et les crimes du passé, comme ceux de cette deuxième guerre, continueront, de faux répit en fausse solution, à dévorer les enfants de l'Algérie. Sans remords, on pourra alors continuer à considérer « incompréhensible » la violence qui a déstructuré notre société.

C'est pourtant ce déni de sens qui rend incompréhensible la crise algérienne, tout comme l'assassinat d'Ali Mécili, ainsi que ceux qui l'ont précédé ou suivi. Le cauchemar sanglant dans lequel l'Algérie s'est débattue depuis 1992, l'impossibilité de jeter les bases démocratiques d'une véritable stratégie de réconciliation nationale portée par la société ne sont que la conséquence de l'inaboutissement du rêve de liberté qui a poussé les Algériens à combattre la colonisation.

D'innombrables raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette faillite. De même, bien des choses ont été dites sur le FIS, cette nébuleuse qui présentait une double caractéristique : avoir un véritable écho dans la société et vouloir s'emparer des leviers du pouvoir, tout en étant, dans le même temps, la formation la plus infiltrée par les services secrets. Je reste convaincu quant à moi que deux données majeures sont à l'origine du désastre des années 1990 : d'une part, la confiscation du droit à l'autodétermination du peuple algérien et la mainmise de la police politique sur les affaires du pays ; d'autre part, la manipulation du mouvement islamiste – qui précéda celle des groupes armés se revendiquant de l'islamisme – pour stopper l'élan de liberté et le changement qui se dessinaient dans la société.

Au sortir de la sale guerre, les « décideurs » du pouvoir militaire et les dirigeants civils qu'ils ont cooptés disposent toujours de la rente générée par les hydrocarbures et de l'assistance financière internationale. Tout indique dès lors que la gestion et le contrôle du pays se perpétueront à l'identique, avec toutefois des formes vaguement modernisées dans l'économie et aussi archaïques concernant l'instrumentalisation de la violence.

C'est la raison pour laquelle le devoir de tous les Algériens attachés à leur patrie est de déterminer les responsabilités des crimes et les violences de la « sale guerre » des années 1990, celles des généraux comme celles des groupes qui affirmaient se battre « au nom de l'islam ». Car c'est précisément la politique menée par le pouvoir qui a entretenu le terreau du fondamentalisme obscurantiste.

C'est aussi la raison pour laquelle l'assassinat d'un opposant algérien à Paris est plus que jamais d'actualité. Vingt ans après, il fallait rendre Ali Mécili à son histoire. Et aux Algériens.

Hocine Aït-Ahmed, 10 février 2007.

Notes

1- Le capitaine Rachid Hassani a joué un rôle central dans la préparation de l'assassinat de Mécili. Il a notamment signé un document compromettant trouvé sur le truand : un « ordre de mission » de la SM en bonne et due forme, délivré le 10 mai 1987 par le directeur central de la Sécurité militaire et autorisant « Amellou Malek et son épouse » à circuler dans des zones militaires et à utiliser un véhicule de service. Les quatre numéros de téléphone de Hassani – bureau, direct, standard et privé – figuraient sur le carnet d'Abdelmalek Amellou.

2- Après un diplôme d'ingénieur en biochimie (en 1977) et une formation d'officier, Mohammed Samraoui a été instructeur à l'école de la Sécurité militaire de Béni-Messous. Formé par le KGB près de Moscou de janvier à juillet 1988, il a occupé différents postes, toujours au sein de la SM, à Constantine, Guelma et Tipasa. De mars 1990 à juillet 1992, il est responsable du service de recherche et d'analyse à la direction du contre-espionnage. Parallèlement, il est membre de l'administration de l'état de siège en 1991, puis de l'état d'urgence à partir de 1992. Au cours de l'été 1992, en désaccord avec la façon dont était conduite la lutte antiterroriste, il demande à être relevé de ses fonctions, avant d'être muté à l'ambassade d'Algérie en Allemagne, où il est attaché militaire et conseiller (responsable de l'antenne locale de la SM) de septembre 1992 à janvier 1996, avant d'entrer en dissidence. « Je n'étais plus disposé à accepter les attentats et les exécutions commandités par les services de sécurité de l'armée », affirme-t-il dans son livre Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes (Denoël, Paris, 2003).

3- En 1987, le régime s'est doté d'un instrument essentiel pour adapter le concept de sécurité aux grands changements géostratégiques : l'Institut national d'études et de stratégie globale (INESG). Ce think tank se voulait un lieu d'échanges internationaux de haut niveau visant à moderniser les thèses traditionnelles élaborées dans les « laboratoires » du DRS. Il visait aussi à développer lobbying et collaboration avec des acteurs internationaux importants du monde politique, des médias et du renseignement haut de gamme. Il a accueilli des intellectuels brillants, dont certains, sans jugés trop indociles, ont été assassinés au début de la guerre civile. Trois de ses directeurs ont été ainsi successivement abattus en 1993, officiellement par les groupes islamistes armés. Djillali Lyabès, le 16 mars, alors qu'il venait de rendre public un rapport constituant une véritable sonnette d'alarme : affirmant que les blocages de l'économie algérienne risquaient à terme de menacer l'avenir du pays et la vie de ses ressortissants, cette étude préconisait des mesures radicales, à commencer par la plus fondamentale et la plus urgente, régler le problème de légitimité des institutions. Ses deux successeurs subiront le même sort. Économiste et sociologue renommé, M'hamed Boukhobza sera égorgé à son domicile devant sa fille, le 22 juin ; il s'était engagé dans la lutte contre la corruptio du pouvoir. Deux semaines plus tard, le 4 juillet, ce sera le tour de Redouane Réda Sari, docteur en physique nucléaire et en informatique et colonel de l'ANP. Rappelé d'urgence de Suisse où il faisait un stage à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), il apprendra à son arrivée à Alger sa nomination d'office à la direction de l'ISG. Seuls sa famille et un cercle très restreint d'amis en étaient informés et cela rend hautement improbable l'action des groupes armés contre le « nouveau directeur » de l'ISG.

4- Trois jours après son enterrement à Sedrata, son exhumation par ses meilleurs amis, eux-mêmes officiers, montra qu'il s'était « suicidé » de trois balles dans le dos…

5- Claude Julien, qui dirigea Le Monde diplomatique entre 1973 et 1990, était alors en contact étroit avec Mohamed Medeghri et devait se rendre en Algérie sur son invitation. Il m'a confié qu'une semaine avant ce voyage, Medeghri l'appela au téléphone pour annuler, précisant qu'il se sentait « vraiment menacé ». Claude Julien m'a aussi confirmé que Medeghri était opposé à la première Charte nationale des années 1970 et préconisait l'élaboration démocratique d'une Constitution.

6- Peu après la création du FFS en 1963, plusieurs de ses militants avaient déjà été tués au cours d'affrontements avec les forces de sécurité, ou arrêtés et torturés, et deux cadres du FFS ont alors été tués de sang-froid par les forces de l'ANP. Arrêté au cours d'une opération de ratissage de l'armée, Belaïd Aït-Medri, mon ami et compagnon de toujours – nous avions quitté nos études pour rejoindre le maquis en mai 1945 – sera exécuté en novembre 1964. Tahar Timzit, un ancien responsable de la Fédération de France du FLN, fut lui aussi abattu au cours d'une embuscade de l'ANP.

7- Habib Souaïdia , La Sale Guerre , La Découverte, Paris, 2001.

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Assassinat/Mecili:commanditaire arrêté

Source : AFP, 15/08/2008 http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/08/15/01011- 20080815FILWWW00435-assassinatmecilicommanditaire-arrete.php

Un responsable du protocole de l'Etat algérien, commanditaire présumé de l'assassinat de l'avocat opposant algérien Ali Mecili le 7 avril 1987 à Paris et objet d'un mandat d'arrêt international, a été arrêté jeudi à l'aéroport de Marseille-Marignane et déféré vendredi devant la justice à Paris, a-t-on appris de sources judiciaire et policière.

Mohamed Ziane Hassani est soupçonné d'être le commanditaire de cet assassinat qui aurait été exécuté par Abdelmalek Amellouet. Les mandats d'arrêts visant ces deux hommes avaient été signés le 7 décembre 2007 par le juge parisien Baudoin Thouvenot.

Cet Algérien "a été arrêté à Marseille-Marignane à l'arrivée d'un vol en provenance d'Alger", selon une source policière à Marseille. "Il a été arrêté hier (jeudi) à Marseille-Marignane par la Police aux frontières (PAF), il a été déféré aujourd'hui (vendredi) au parquet de Paris et présenté au juge Thouvenot" en charge de l'instruction de cette affaire, a indiqué à l'AFP une source judiciaire. "Le mandat d'arrêt vaut mise en examen", a précisé cette même source, ajoutant que Mohamed Ziane Hassani devait être présenté dans la soirée devant un juge des libertés et de la détention (JLD).

De son côté, le parquet a requis un non-lieu sur le mandat d'arrêt, auquel il s'était déjà opposé en décembre 2007 estimant que sa délivrance ne "s'imposait pas".

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Affaire Mécili: vingt ans après, un commanditaire algérien arrêté

Par José Garçon | Journaliste | 16/08/2008
http://www.rue89.com/2008/08/16/affaire-mecili-vingt-ans-apres-un-
commanditaire-algerien-arrete

L’affaire Mécili – du nom de l’opposant algérien abattu à 47 ans en avril 1987 à Paris – sur ordre des services secrets algériens, vient de connaître un rebondissement spectaculaire. Vingt et un ans après cet assassinat, son commanditaire Mohamed Ziane Hassani, aujourd’hui responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, a été arrêté jeudi à l’aéroport de Marseille-Marignane à l’arrivée d’un vol en provenance d’Alger et déféré vendredi soir devant un juge des libertés et de la détention à Paris. Il a été inculpé pour « complicité d’assassinat » et placé sous contrôle judiciaire après avoir tenté -en vain- de jouer sur une homonymie avec les policiers puis avec le procureur d’Aix en Provence.

Ce contrôle judiciaire est assorti d’une interdiction de quitter la région parisienne et de l’obligation de justifier d’une résidence à Paris avant une prochaine convocation fin août chez le juge d’instruction Baudouin Thouvenot en charge de cette affaire.

C’est grâce à un mandat d’arrêt international émis en décembre 2007 par le juge Thouvenot, que Mohamed Ziane Hassani a été arrêté. A l’époque des faits, il était capitaine de la SM, la redoutable Sécurité Militaire algérienne devenue depuis le DRS, le Département du renseignement et de la sécurité. Le juge avait aussi émis un mandat d’arrêt contre le tueur présumé de Ali Mécili, un petit proxénète du nom d’Abdelmalek Amellou.

Il avait fallu vingt ans pour que la rigueur d’un juge et l’activité inlassable d’Antoine Comte, l’avocat d’Annie Mécili, la veuve de l’opposant assassiné, ouvrent une brèche dans l’impunité voulue et organisée par deux raisons d’Etat. Révélé par Rue 89 et le Canard enchaîné, ce double mandat d’arrêt international constituait un évènement dans la mesure où le juge Thouvenot l’avait émis contre l’avis du parquet. Un avis très politique.

Un pacte du silence entre Paris et Alger

Dès le lendemain de l’assassinat du porte parole de l’opposition algérienne, compagnon de toujours de Hocine Aït-Ahmed, le principal opposant au régime algérien, Paris signifiait en effet à Alger que l’omerta serait la règle dans cette affaire. Assurance verbale d’abord : Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, avait « tenu à assurer » par téléphone les autorités algériennes dans les heures suivant le crime que « l’Algérie n’avait rien à voir dans cette affaire ». Garantie concrète ensuite : dès la fin de sa garde à vue, le tueur Abdelmalek Amellou, arrêté à Paris deux mois après son forfait, sera expédié à Alger en procédure « d’urgence absolue ». Tant de mansuétude aura évidemment permis aux autorités algériennes de faire la sourde oreille à la commission rogatoire internationale qui leur sera adressée le 4 septembre 1998.

Seuls les mandats d’arrêts émis par le juge Thouvenot permettront de remettre en cause le pacte du silence passé entre Paris et Alger. Le 2 juillet 2003, ce magistrat avait entendu en qualité de témoin, et sur la demande expresse de Me Antoine Comte, un officier dissident algérien réfugié en Allemagne, Mohammed Samraoui, qui était un responsable des services secrets algériens à l’époque de l’assassinat de Ali Mécili. Samraoui avait déclaré au magistrat avoir assisté fin juin-début juillet 1987 à une réunion au cours de laquelle le tueur Amellou avait reçu des mains de Hassani une forte somme d’argent en liquide, qui n’était visiblement qu’une partie de ce qu’il devait recevoir.

Ces éléments nouveaux décisifs concernant Hassani n’avaient pas suffit à convaincre le parquet de la nécessité d’émettre un mandat d’arrêt contre celui dont la dernière fonction connue était agent consulaire en Allemagne. « La délivrance d’un mandat d’arrêt ne s’impose pas », avait indiqué le parquet sans commentaire en novembre 2007… Neuf mois plus tard, le parquet reste fidèle à sa logique: il a requis un non lieu sur le mandat d’arrêt après l’arrestation de Mohamed Ziane Hassani.

Alger multiplie les interventions auprès de Paris

Les suites de l’arrestation de celui qui a été non seulement l’agent traitant du tueur, mais qui a aussi assuré le « suivi » du crime, diront jusqu’où le Parquet peut bloquer une enquête au moment où Nicolas Sarkozy clame sa volonté de fonder les rapports franco-algériens sur une base nouvelle. Pour Hocine Aït-Ahmed :

« L’impunité accordée jusqu’ici aux commanditaires et au tueur de Ali Mécili est édifiante des rapports malsains qui semblent devoir lier, toujours pour le pire, le régime algérien à l’ancienne puissance coloniale.

« En ces temps où sur la scène internationale, le refus de l’impunité gagne du terrain, on ne comprendrait pas que la France, au nom de la raison d’Etat et d’improbables contrats, s’obstine à considérer que la vie des Algériens ne vaut pas celle des autres peuples. »

De son côté, Me Comte voit dans l’arrestation de Hassani une « bonne nouvelle » :

« Mais il ne faut pas qu’il se produise ce qu’il s’est déjà produit, à savoir l’expulsion vers l’Algérie de suspects avant qu’ils puissent être jugés en France. La justice française prend un grand risque en le laissant en liberté. »

Un risque d’autant plus grand que les autorités algériennes feront tout pour récupérer Hassani. Selon nos informations, dès son arrestation, Alger a multiplié les interventions auprès de Paris. Y compris pour faire valoir son immunité diplomatique. Reste que si il était porteur d’un passeport diplomatique, Hassani n’est pas inscrit sur la liste des personnes qui en bénéficient… « Il faut mobiliser l’opinion pour éviter que Hassani ne s’évapore dans la nature, estime Annie Mécili. Son arrestation justifie le combat que nous avons mené depuis vingt ans. C’est la preuve que la raison des citoyens peut parfois se dresser contre celle des Etats. »

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Le commanditaire présumé de l'assassinat de Mecili mis en examen à Paris

AFP, 16 août 2008

PARIS (AFP) — Un responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hassani, soupçonné d'avoir commandité l'assassinat à Paris en 1987 de l'opposant Ali Mecili, a été inculpé vendredi pour "complicité d'assassinat" et laissé en liberté, a-t-on appris samedi de source judiciaire.

Cet homme, contre lequel avait été délivré en décembre 2007 un mandat d'arrêt international et qui a été arrêté jeudi à l'aéroport de Marseille-Marignane (sud-est), a été remis en liberté par un juge des libertés et de la détention et placé sous contrôle judiciaire, selon cette même source.

Ce contrôle judiciaire est assorti d'une interdiction de quitter la région parisienne et de l'obligation de justifier d'une résidence à Paris avant une prochaine convocation "fin août" chez le juge d'instruction Baudouin Thouvenot.

Le parquet avait requis contre une mise en examen.

Mohamed Ziane Hassani est soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat de l'avocat algérien Ali Mecili, exécuté en avril 1987 à Paris par Abdelmalek Amellou, un petit truand algérien.

Ali Mecili, 47 ans, exilé en France en 1965, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris.

Dès l'annonce du décès de Me Mecili, Hocine Aït Ahmed, un des chefs historiques de l'indépendance algérienne, alors en exil en Suisse, avait accusé "les services spéciaux algériens" d'avoir commandité cet assassinat.

L'avocat de la famille Mecili, Me Antoine Comte, a exprimé auprès de l'AFP sa satisfaction. "C'est une bonne nouvelle mais il ne faut pas qu'il se produise ce qu'il s'est déjà produit dans ce dossier, à savoir l'expulsion vers l'Algérie de suspects avant qu'ils puissent être jugés en France. La justice doit passer en France dans cette affaire", a estimé Me Comte.

M. Mecili faisait office de porte-parole d'Aït Ahmed, chef de file du Front des Forces socialistes (FFS, opposition) et l'un des principaux opposants au régime d'Alger.

Ali Mecili avait joué un rôle important entre Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne, qui avait fondé en décembre 1985 à Londres un "Front uni des forces opposées" au président Chadli Benjedid.

Pour Ben Bella, il ne faisait pas de doute que le meurtre du défenseur des droits de l'Homme avait été "télécommandé par Alger".

L'instruction menée en France avait abouti à un non-lieu en 1993, déjà requis à l'époque par le parquet, mais les parties civiles avaient fait appel et la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris avait décidé de reprendre l'enquête.

Le nom de ce chef des cérémonies au service du protocole du ministère des Affaires étrangères algérien était apparu dans le livre "Un crime d'Etats, l'affaire Mecili", publié en avril 1993 par le journaliste Michel Naudy, qui avait mis au jour deux nouveaux témoins.

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Hocine Aït Ahmed : «l’assassin de Mécili était porteur d’un ordre de mission signé par Hassani»

INTERVIEW, Par lounes guemache, Tout sur l'Algérie, le 17/08/2008

Vingt et un ans après l’assassinat de l’avocat Ali Mécili, Mohamed Ziane Hassani, commanditaire présumé de cet acte a été arrêté jeudi en France. Quelle est votre réaction ?
Je suis euphorique ! Ce réveil de la justice française après 21 ans de déni de justice est un véritable triomphe de la justice. J’espère maintenant que les choses iront jusqu’au bout.
Pour moi, il n’y a pas de justice sans éthique de la justice. Au lieu de se gargariser de droits de l’Homme, il faut commencer par civiliser la politique et garantir l’indépendance de la justice des deux cotés de la Méditerranée.

Mohamed Ziane Hassani est-il le seul commanditaire de cet assassinat ou pensez-vous que d’autres personnes devraient être également convoquées par la justice française?
C’est l’affaire de la justice française. Mais le dossier a établi sans ambages la complicité d’autres personnes dans ce dossier. Je fais confiance au juge en charge du dossier. Quant aux commanditaires politiques, c’est une autre histoire. C’est l’histoire d’une police politique qui a pris en otage la justice de notre pays depuis l’indépendance.

Pourquoi, selon vous, la justice française a-t-elle mis plus de 20 ans pour lancer des mandats d’arrêt contre des commanditaires et auteur présumés de cet assassinat ?
Vous savez, la lâcheté des deux États a réussi à effacer la mémoire de l’exécution de Mécili au point où son épouse, Annie Mécili, n’est même pas parvenue à faire publier le moindre texte dénonçant l’impunité du commanditaire de l’exécution de son mari.
C’est précisément pour lutter contre cette amnésie érigée en mode de gouvernance et de gestion de la société qu’il m’a paru de salubrité publique, 20 ans après l’assassinat de Ali, de rééditer et étoffer le livre « L’affaire Mécili » que j’avais publié en 1989, avec de nouveaux éléments.
Force est donc de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C'est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie.

Vous avez régulièrement dénoncé l’impunité accordée par la France aux commanditaires et auteur présumés de l’assassinat de M. Mécili. Comment peut-on expliquer cette attitude des autorités françaises ?
Dans cette affaire, il y a tous les ingrédients d’un vrai polar «barbouzo-totalitaire» qui se déroule derrière les murs de la raison d’Etat et des déraisons des contrats. Que dire notamment de M. Pasqua, qui avait envoyé à Alger le tueur alors que son implication ne faisait aucun doute puisqu’il était porteur d’un ordre de mission de la police politique signé précisément par le « sieur » Hassani qui vient d’être arrêté à Paris. Par ailleurs, plus significatif encore, le coup de téléphone de ce ministre de l’Intérieur français à l’ambassadeur d’Algérie à Paris rien que pour le rassurer sur le fait que l’Algérie n’avait rien à faire dans cette histoire. C’est de là qu’a commencé la connivence.

Le changement de président en France, avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, a-t-il contribué à débloquer ce dossier ?
Je crois que les choses ont été menées à son insu. Je crois que les initiatives viennent du nouveau juge Thouvenot qui a repris le dossier au juge Bruguière. Ce dernier avait refusé de faire aboutir les choses. A mon avis, le pouvoir politique français n’a pas joué un rôle déterminant dans cette évolution du dossier. Je crois qu’il a même été dépassé par l’initiative du juge Thouvenot. C’est pour cela que nous craignons pour l’avenir.

Craignez-vous que Mohamed Ziane Hassani quitte le territoire français avant la tenue de son procès ?
Cela pourrait évidemment bien se produire, sans exclure une planification préalable des deux cotés.

La justice française a décidé de lancer un mandat d’arrêt contre M. Hassani à la suite du témoignage en 2003 de Mohamed Samraoui, un ancien responsable des services secrets algériens aujourd’hui exilé en Allemagne. Avez-vous d’autres éléments pouvant renforcer la thèse d’une implication de M. Hassani dans cet assassinat ?
J’ai tout écrit sur cette affaire. Déjà en 1989, dans « L’Affaire Mécili ». J’ai rajouté des choses dans mon livre, réédité récemment. C’était très clair. On a cité des noms, comment ils se sont réunis, etc. Mais je crois que l’élément qui a fondé la conviction du juge est le témoignage de Samraoui en 2003. Quand il a raconté comment il avait accompagné Hassani pour aller voir Amalou, le tueur et le convaincre d’accepter 800 000 francs pour son « boulot » en attendant le reste.

Qu’attendez-vous du procès de Mohamed Ziane Hassani ?
J’espère que ça sera la fin de l’impunité. Dans cette affaire, en tout cas. Que ça sera le succès de la justice. Au moment où le refus de l’impunité gagne du terrain sur le plan international, comment la France pourrait-elle faire sur ce problème de l’impunité une discrimination exceptionnelle sur l’Algérie sans avouer clairement que la vie des Algériens ne vaut la vie des autres peuples ?

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Affaire Mecili: le juge, le prénom et l'assassin

Par Fabrice Arfi, Pierre Puchot
Mediapart.fr, 20.8.08

Le 7 avril 1987, le crime, la politique et les barbouzeries se sont croisés boulevard Saint-Michel à Paris dans la soirée. Ce jour-là, aux alentours de 22h30, l'avocat franco-algérien André Ali Mecili a été abattu de trois balles de revolver dans le hall de son immeuble du cinquième arrondissement de Paris, où il vivait en exil depuis 1965. Avec cet assassinat politique, l'Algérie perdait l'un de ses plus actifs opposants au régime de Chadli Benjedid, le président de la République.

Proche du leader historique du Front des forces socialistes (FFS), Hocine Aït Ahmed, et de l'ancien président algérien, Ahmed Ben Bella, Me Mecili est mort à l'âge de 47 ans, deux années après avoir fédéré, depuis Londres, plusieurs composantes de l'opposition algérienne.

Vingt et un ans après ce crime sans procès aux airs d'affaire Ben Barka algérienne, une partie de la vérité semble aujourd'hui tenir à... un prénom, selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart, notamment celui de l'ex-espion algérien, Hicham Aboud.
Le 14 août, un homme est arrêté à l'aéroport de Marseille-Marignane. Il s'appelle Mohamed Ziane Hassani, soupçonné par la justice française d'être le commanditaire de l'assassinat. Cet Algérien, actuel responsable du protocole au ministère des affaires étrangères à Alger, était depuis décembre 2007 sous le coup d'un mandat d'arrêt international délivré par le juge d'instruction Baudoin Thouvenot, en charge de l'enquête. Une première instruction avait débouché fin 1992 sur un non-lieu puis avait été relancée après appel des parties civiles.

Le lendemain de son arrestation, M. Hassani, qui n'a aucune immunité diplomatique, est mis en examen pour «complicité d'assassinat» par une magistrate de permanence du tribunal correctionnel de Paris, le juge Thouvenot étant en congés. Il doit être entendu sur le fond du dossier non plus le 27 août, comme initialement prévu, mais dans la matinée du 1er septembre, selon Jean-Louis Pelletier, l'un des deux avocats de M.Hassani. Le parquet de Paris, très en retrait sur cette affaire, a déjà pris de son côté des réquisitions de non-lieu sur l'intégralité du dossier en juin dernier.
Aujourd'hui, une question cruciale agite les autorités françaises et algériennes, peu loquaces sur l'affaire. Mohamed Ziane Hassani est-il le même homme que le «capitaine Hassani» dont un ordre de mission pour éliminer André Ali Mecili a été retrouvé dans les affaires de l'assassin présumé, un certain Abdelmalek Amellou, arrêté en France quelques semaines après le meurtre, puis bizarrement expulsé en «urgence absolue» vers Algérie par le ministre de l'intérieur de l'époque, Charles Pasqua?

Pour Mohamad-Khaled Lasbeur, le principal avocat de Mohamed Ziane Hassani, la justice a commis une bévue monumentale avec l'arrestation de son client. «Il ne s'appelle pas Hassani, mais Hasseni! Il n'a rien à voir avec le vrai Hassani qui se prénomme Rachid et qui n'est pas originaire de la même région... C'est comme si vous recherchiez un Paul Martin de Marseille et que vous arrêtiez un Philippe Martin de Limoges. La justice s'est tout simplement trompée de personne», assure à Mediapart l'avocat du diplomate, remis en liberté après sa mise en examen mais placé sous contrôle judiciaire. Celui-ci lui impose notamment de résider à Paris, de ne pas sortir de la région Ile-de-France et de pointer deux fois par semaine au Palais de justice de Paris.

Un ancien des services secrets témoigne
Le nom de Hassani comme possible commanditaire de l'assassinat de Mecili est apparu une première fois il y a quinze ans quand, en avril 1993, le journaliste Michel Naudy a publié un livre de révélations titré Un crime d'Etats, l'affaire Mecili (Albin Michel).
Deux anciens des services secrets algériens, Hicham Aboud et Mohammed Samraoui, aujourd'hui exilés, ont récidivé au début des années 2000. Le premier, un ancien de la toute-puissante Sécurité militaire auteur de La Mafia des généraux (JC Lattès), a rompu la loi du silence en juin 2001 en donnant au Nouvel Observateur un entretien dans lequel il affirmait que l'assassinat de Mecili avait été commandité par la présidence de la République algérienne et dont la mise en œuvre avait été coordonnée par un certain Rachid Hassani (et non Mohamed Ziane).

En 2003, son homologue, le colonel Mohammed Samraoui, auteur de Chronique des années de sang (Denoël) qui vit aujourd'hui sous protection en Allemagne, met en cause à son tour devant le juge Rachid Hassani. A aucun moment, le prénom de Mohamed Ziane n'est mentionné dans sa déposition, selon nos informations. M. Samraoui affirmait avoir été témoin de la remise de l'argent de l'assassinat – environ 120.000 euros – entre le capitaine Rachid Hassani et son exécutant, le proxénète des bas-quartiers Abdelmalek Amellou, qui serait aujourd'hui caché en Algérie.

Mediapart a pu retrouver la trace à Paris de l'ex-agent de renseignement Hicham Aboud, 53 ans, reconverti dans la chronique sportive pour Dubaï TV. «Je doute très fortement de l'identité de l'homme arrêté à Marseille. Je ne suis pas sûr du tout que ce soit le même Hassani que je connais, qui est l'un des exécutants du crime et membre de la même tribu berbère que moi. Je serais ravi que ce soit le vrai, mais je ne le crois pas», déclare-t-il.
Selon lui, l'homme arrêté est originaire de Tolga et le Rachid Hassani qu'il connaît serait de la ville de Oum el Bouaghi (traduire «la mère des rescapés»), située à 200 kilomètres de la première (voir plan ci-dessous). «Le prénom Mohamed Ziane n'a jamais été donné dans notre région», ajoute M. Aboud.

Il dit également s'interroger sur le fait que le Hassani arrêté à Marseille, si tant est qu'il soit le commanditaire de l'assassinat, prenne le risque de se rendre en France sans immunité diplomatique alors qu'il est sous le coup d'un mandat d'arrêt international depuis décembre 2007. M. Aboud affirme avoir «fait contacter» les autorités judiciaires françaises pour leur proposer de réaliser une reconnaissance visuelle de la personne interpellée à partir d'une photo.

«Une autre personne que moi connaît le visage du vrai Hassani, c'est Mohammed Samraoui, pour qui je n'ai aucune estime. Mais lui aussi devrait être interrogé à nouveau.» Mediapart a tenté d'entrer en contact avec M.Samraoui par mail, en vain.

Place au jeu des hypothèses
Avant que le juge Thouvenot ne reprenne en main le dossier fin août, c'est pour le moment un classique jeu d'hypothèses qui occupe les spécialistes du dossier. Pour les proches d'André Ali Mecili, l'homme arrêté à Marseille semble être le bon (peut-être a-t-il partiellement changé d'identité ?). «C'est une bonne nouvelle mais il ne faut pas qu'il se produise ce qui s'est déjà produit dans ce dossier, à savoir l'expulsion vers l'Algérie de suspects avant qu'ils puissent être jugés en France», a immédiatement réagi auprès de l'AFP Me Antoine Comte, l'avocat de la famille Mecili.

Autre possibilité, Mohamed Ziane Hassani (ou Hasseni, comme le jure son avocat) n'a rien à voir avec le Rachid Hassani mis en cause ouvertement par plusieurs personnes, anciens espions ou journalistes. La France aurait alors commis la semaine dernière une bavure judiciaire qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences diplomatiques. C'est très clairement le parti qu'ont pris certains journaux algériens réputés proches du pouvoir.

Ainsi, dans un éditorial intitulé «L'Algérie humiliée», portant la signature de «Ahmed Abdelhadi, haut fonctionnaire», le quotidien Liberté ne décolérait pas au lendemain de l'arrestation: «L'on pensait que les relations bilatérales étaient enfin au beau fixe. Il n'en est rien. Bien au contraire, elles risquent de se détériorer durablement si le pouvoir français ne s'investit pas rapidement pour mettre un terme à une affaire instrumentalisée par des cercles français occultes, à propos de laquelle l'Etat algérien ne saurait rien concéder car il y va de son honneur et de celui des hauts commis qu'il a investis de sa confiance. En tout état de cause, il est manifeste que ces formes de pression mises au service d'intérêts occultes sont inadmissibles et que l'Algérie saura réserver à ces agissements la réaction qu'ils méritent.»

En Nahar en rajoutait une couche. Pour le quotidien algérien, il s'agit d'«un précédent qui n'a pas son pareil dans les usages diplomatiques depuis l'indépendance. Dans un esprit de vendetta, l'ex-officier Samraoui manipule les autorités françaises et exprime sa vindicte de la façon la plus vile. Le diplomate algérien a été humilié. On l'a obligé à se déshabiller et a fait l'objet de toutes sortes de vexations». La rédaction de Sawt-El-Ahrar croit savoir de son côté que «Ziane Hasseni (avait) été traité de façon humiliante», sans donner plus de précisions. En Nahar écrit par ailleurs, sans révéler ses sources, qu'entre le diplomate algérien et «son homonyme, originaire des Aurès, l'écart serait de 10 ans». Sur ce point, précisons que la personne interpellée à Marseille est âgée de 54 ans et, selon Hicham Aboud, que Rachid Hassani serait âgé de «55-58 ans». La même tranche d'âge, donc.

A l'opposé, le journal indépendant El Watan a donné la parole à Hocine Aït Ahmed, du Front des forces socialistes (FFS), la formation politique que défendait la victime: «Je suis heureux d'apprendre qu'enfin on mette fin d'une certaine manière à l'impunité. L'omerta des autorités algériennes et françaises était trop dure. » Le FFS s'est par ailleurs réjoui de cette arrestation et a salué «le courage et l'intégrité du juge».
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URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/200808/affaire-
mecili-le-juge-le-prenom-et-l-assassin

Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/fabrice-arfi
[2] http://www.mediapart.fr/club/blog/pierre-puchot

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Interview exclusive du Lieutenant Colonel Samraoui à Tahia bladi

http://www.lequotidienalgerie.com/index.php/2837/interview-
exclusive-du-lt-colonel-samraoui-a-tahia-bladi/
29 août 2008

Tahia bladi: Vous avez confirmé au journal Mediapart, après avoir vu la photo de Mohamed Ziane Hassani, qu’aucun doute ne subsistait dans votre esprit et que cet individu est bien le capitaine”Rachid Hassani” qui a remis, en votre présence la somme de 800 000 FF à Abdelmalek Amellou, l’assassin de Ali Mecili. Pouvez-vous nous en dire plus?

M.S: Je rectifie, ce n´est pas la totalité des 800.000 FF que Rachid Hassani avait remis ce jour là à Abdelmalek Oumellou, mais une partie seulement, ce dernier était hors de lui lorsqu´il s´était aperçu que son officier traitant ne lui remettait pas l’intégralité du montant convenu.
Pour ce qui est de l´identification de Mohamed Ziane Hasseni, le mieux serait que je me rende à Paris pour une éventuelle confrontation. D´après les photos montrées, il s´agit bel et bien de Rachid Hassani, mais ma conscience et la crainte de Dieu ne m´autorisent pas à accuser un innocent, par conséquent une confrontation est souhaitable pour lever les derniers doutes.

TB: Comment expliquez vous que M.Z.Hassani, se sachant sous le coup d’un mandat d’arrêt international, soit venu a Marseille, se jeter de lui même entre les mains de la Justice française?

M.S: Vous n´allez certainement pas me croire si je vous disais que Rachid Hassani allait être muté à la fin des années 1980 en …France, et ce n´est que sur insistance de l’intéressé qu’il fut finalement envoyé en poste en tant que consul à Bamako au Mali. C´est pourtant la stricte vérité !
A mon avis il y a plusieurs explications, Hassani a certainement reçu des assurances pour se rendre en toute quiétude en France, grâce à la détention d´un passeport diplomatique (qui devait en principe lui octroyer l’immunité) et en jouant sur l’homonymie.
La falsification d´un passeport et l’établissement d´une nouvelle légende sont des techniques courantes pour se soustraire à la justice ou exécuter des opérations clandestines dans un environnement étranger ou hostile.
Il ne faut pas perdre de vue que les actuels chefs du DRS (ni le président Bouteflika d’ailleurs) ne sont pas mêlés à l’affaire Mecili, qui remonte à avril 1987, donc sacrifier Hassani ne leur causera aucun souci judiciaire et ne sera en aucun cas une source d´inquiétude pour eux.

TB:La justice française a-t-elle sollicité votre témoignage? Et si tel est le cas, y répondrez vous favorablement?

M.S: Pour le moment je n’ai pas été sollicité, mais je me tiendrai à la disposition de la justice française si elle le désire. Ce sont les propos que j’ai tenus avec le juge Thevenot lorsqu’il est venu me voir en Allemagne en 2003. Ma position n´a toujours pas varié.

TB: Comment expliquez-vous que le ministre de l’époque, Charles Pasqua, ait littéralement exfiltré l’assassin de A. Mecili, vers l’Algérie, le soustrayant ainsi à la justice française?

M.S: En 1986 les relations algéro-françaises entamaient une nouvelle ère, les jalons de la coopération entre la DGPS et la DST se mettaient en place, Smain Lamari avait même aidé la DST dans l’affaire des otages au Liban. Ce qu’ont fait les ministres Charles Pasqua et Pandreau n’est en fait qu’un retour d’ascenseur. Le ministre de l’intérieur de l’époque, Hadj Yala s´était rendu à Paris et l’affaire s’est dénouée avec l’aboutissement que vous savez, à savoir l’exfiltration de l´assassin de Maître Ali Mecili, la fameuse expulsion en urgence absolue d’Abdelmalek Oumellou qui portait sur lui un ordre de mission de la DGPS signé par le capitaine Hassani Rachid.

TB: Pensez-vous que l’Instruction de l’affaire va suivre normalement son cours, ou bien risque-t-elle, comme ce fut le cas pour le tueur, que des tractations politiciennes ne conduisent à la dévoyer, et à la classer pour ”Raison d’État”?

M.S: Les tractations ont certainement commencé, mais la conjoncture de 1987 n´est pas identique à celle de 2008, voilà pourquoi je ne vois pas l´intérêt d´un classement de cette affaire.

Hassani doit soulager sa conscience et avouer sa participation à ce meurtre à la fois macabre et gratuit. Ce n´est certes qu’un exécutant, mais il doit répondre devant la justice de ses actes afin que les assassinats politiques soient bannis et ne servent plus de moyens d’intimidation contre ceux qui ne partagent pas les vues des décideurs ou refusent leurs dérives.

Il faut aussi que l’assassin Oumellou soit remis à la justice, pourquoi le couvre-t-on à Alger ? La moralisation des institutions passe par le nettoyage et le limogeage de tous les responsables ayant trempé dans les magouilles, la corruption et les meurtres d´innocents.

TB: Est-ce-que des personnalités du régime algérien, encore en fonction sont susceptibles d’être inquiétées dans cette affaire?

M.S: Forcément ! Si la justice française va au bout, et c´est ce que je souhaite, certaines personnalités du régime doivent trembler, je pense tout particulièrement au général Larbi Belkheir qui servait à l’époque à la Présidence de la République et qui était un proche du général Mejdoub Lakhal Ayat , le chef de la DGPS.
C
e dernier étant décédé, il va de soi que les commanditaires de l’assassinat de Mecili vont tout faire pour lui imputer la responsabilité de cet odieux forfait.

T.B: Comment vivez-vous en Allemagne? Avez vous des projets politiques? Gardez-vous l’espoir de retourner un jour dans votre pays?

M.S: C´est très difficile de vivre l’exil, être loin de son pays, de sa famille et de ses amis, mais je n’ai jamais perdu l’espoir parce que je suis sûr que l´Algérie finira par se débarrasser des monstres qui tiennent le pays en otage depuis plusieurs décennies, qui pillent les richesses et poussent la jeunesse au désespoir.
Au sein du mouvement Rachad, nous œuvrons à cette prise de conscience et à l’unification de toutes les forces vives du pays afin que soient surmontées toutes les divergences avec pour objectif d’ancrer la démocratie en Algérie et asseoir l’État de droit qui garantirait l´égalité et les libertés à tous les citoyens.

Interview réalisée par D.Benchenouf

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Affaire Mecili : la France couvre l'officiel algérien mis en cause

Par José Garçon, Rue89, 08/30/2008

A trois jours de son audition, lundi, par le juge Baudoin Thouvenot, l’étau s’est singulièrement resserré autour de Mohamed Ziane Hasseni, l’organisateur présumé de l’assassinat en avril 1987 à Paris de Ali Mécili, le porte parole de l’opposition algérienne. Mais, vingt et un ans après ce crime, la détermination du parquet français à empêcher toute avancée dans cette affaire reste patente, selon les informations obtenues par Rue89.

Objet d’un mandat d’arrêt international émis en décembre 2007 par le juge Thouvenot et arrêté le 14 août à l’aéroport de Marseille à son arrivée d’Alger, Mohamed Ziane Hasseni a été formellement reconnu par un ex-colonel des services secrets algériens, Mohamed Samraoui, comme l’homme qui, en sa présence, avait versé à Amellou, le tueur de Ali Mécili, une partie de l’argent de son «contrat» dans un hôtel algérien à l’été 1987.

Le site Mediapart [1] [accès payant] a en effet présenté deux photos de Mohamed Ziane Hasseni, à cet ex-officier algérien, aujourd’hui réfugié en Allemagne et qui au moment des faits était un responsable des services secrets algériens: l’une prise en novembre 2006, l’autre en juillet 2008 alors que Hassani accueillait des dirigeants européens à Alger. «C’est lui, sans le moindre doute possible», a affirmé Mohamed Samraoui à Mediapart au vu de cet homme arborant lunettes et petites moustaches.
Simplement, celui qui fut l’organisateur de l’assassinat de Ali Mécili s’appelait à l’époque « le capitaine Hassani ", avant de devenir, au début des années 1990, le diplomate Mohamed Ziane Hasseni. Un " diplomate » qui fut notamment en poste en Allemagne entre 1997 et 2004, et qui est aujourd’hui « directeur du cérémonial des visites officielles à la direction du protocole du ministère algérien des Affaires étrangères ».

Dès son arrestation à Marseille et sa première audition, Hassani/Hasseni a joué sur cette homonymie pour nier tout en bloc. Selon les informations de Rue89, il a d’emblée déclaré :
« La fiche dont vous me donnez lecture s’applique bien à mon identité, mais je ne comprends pas pourquoi. Je ne suis concerné ni de loin ni de près par une quelconque complicité d’assassinat. »
Transféré dès le lendemain 15 août à Paris et entendu par la juge Goetzmann, il a aussi affirmé « n’avoir jamais été dans l’armée » et « ne connaître » ni Amellou ni Ali Mécili.

La surprise de la juge
Reste à comprendre comment un responsable du protocole des Affaires étrangères en Algérie peut ignorer, surtout quand il y est mis en cause, une affaire tellement « sensible » que la France et l’Algérie ont tout fait, dès le début, pour l’étouffer? Sans sourciller, il a répondu au magistrat:
« J’ai lu récemment des articles de journaux évoquant son assassinat. Récemment, cela veut dire il y a quelques mois. Mais j’ai lu ces articles comme d’autres traitant de faits divers ».
Reste le mandat d’arrêt lancé contre lui et qui, note la juge Goetzmann, « a été médiatisé ». Hassani « s’en souvient » effectivement.

«Des collègues m’ont montré des articles avec mon nom et plus précisément celui de Rachid Hassani ou Mohamed Ziane Hasseni (…) Et puis j’ai oublié très vite cette histoire ».
Surprise de la juge :
«C’est une affaire d’assassinat avec des recherches contre une personne au même nom et mêmes fonctions que vous et vous n’êtes pas inquiet » ?
« Pas du tout, car l’article citait Rachid Hassani et j’ai pensé, comme c’est souvent le cas, que le journaliste avait écrit n’importe quoi », a répondu l’intéressé toujours selon nos informations.
Tout indique qu’une telle tranquillité vient plutôt de la certitude que l’impunité voulue et organisée par la France depuis vingt et un ans – gouvernements de droite et de gauche confondus- empêcherait de toute façon la manifestation de la vérité dans l’assassinat de l’opposant algérien.

La poursuite de l’Omerta?
Aujourd’hui, tout l’enjeu est de savoir si la France - par Parquet interposé - va continuer à assumer l’omerta qui a toujours entouré cette affaire en faisant semblant de croire à une homonymie mise en avant par la presse algérienne, les avocats de Hassani et Me Vergès qui a aussi volé à son secours. L’attitude du parquet n’incite guère à l’optimisme.
Une première fois, en novembre 2007, il s’était opposé aux mandats d’arrêts internationaux lancés par le juge Thouvenot contre Hassani et Amellou , arguant «que leur délivrance ne s’imposait pas ». Et ce alors même que le magistrat les avait décidé après avoir entendu le témoignage de Mohamed Samraoui concernant la remise du prix de son forfait par Hassani au tueur…
Les choses n’ont visiblement pas changé depuis l’arrestation de Hassani à Marseille. Selon les informations de Rue89, le parquet, considère en effet que :
« Les éléments nouveaux sont tardifs et contradictoires, qu’ils proviennent d’opposants au régime algérien, et qu’il n’est pas possible d’affirmer que Mohamed Ziane Hassani est effectivement le capitaine Rachid Hassani. »

Du coup, le parquet est à nouveau intervenu à deux reprises : une première fois en faveur d’un non lieu, une seconde fois pour que Hassani ne soit pas mis en détention, mais placé sous contrôle judiciaire, c’est-à-dire laissé en liberté en attendant son audition par le juge Thouvenot lundi prochain.

Si on peut comprendre que les autorités algériennes n’aient pas d’autres moyens pour se sortir de cette sale affaire que de jouer sur une homonymie supposée et sur une sombre histoire de lieu de naissance, il est en revanche difficile de penser que la justice française soit assez ingénue pour prendre pour argent comptant les extraits de naissances communiqués par les avocats de Hassani après son arrestation et dont Rue 89 a eu connaissance. Des documents que les puissants services secrets algériens ont eu toute latitude de concocter. Comme d’ailleurs le curriculum vitae sur mesure de Hassani qui circulerait déjà…

Il est tout aussi difficile de croire que le parquet ignore que les agents des services de renseignements du monde entier utilisent des noms différents ou des pseudonymes. Une tradition si banale en Algérie que, pendant des années, on connaissait le « patron » actuel des « services » sous le seul nom de « Toufic » et qu’il a fallu beaucoup de temps pour savoir qu’il s’agissait du général Médiène.
Autre exemple tout aussi édifiant : mort en 1997, Mahmoud Souamès, le premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Paris et le colonel Habib, chef de l’antenne des «services» de cette même chancellerie, étaient un seul et même homme…

Confrontation par vidéo conférence?
Autant dire que l’audition de Hassani/Hasseni le 1er septembre par le juge Thouvenot constitue un enjeu décisif. Mohamed Samraoui s’est déjà dit prêt à venir pour être confronté à Hassani. Une confrontation qui, selon nos informations, pourrait d’ailleurs avoir lieu par vidéo conférence.

Encore faudrait-il, pour que le processus judiciaire puisse s’enclencher, que le Parquet ne s’obstine pas à tout faire, comme chaque fois qu’il s’agit du gouvernement algérien, pour empêcher la justice française de faire son travail. Un comportement en droite ligne de celui du pouvoir politique qui, en la personne de Charles Pasqua, ministre de l’intérieur au moment des faits en 1987, avait renvoyé l’assassin à Alger en procédure « d’urgence absolue » et sans même qu’il ait été présenté devant un juge d’instruction.
Attitudes d’autant plus choquantes que Ali Mécili était certes le porte parole de l’opposition algérienne, mais également un avocat français inscrit au barreau de Paris et assassiné sur le territoire français.


URL source: http://rue89.com/2008/08/30/affaire-mecili-la-france-
couvre-lofficiel-algerien-mis-en-cause
Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/journal/france/280808/affaire-mecili-
les-revelations-de-l-ex-espion-algerien
[2] http://rue89.com/2007/12/25/affaire-mecili-vingt-ans-apres-la-
fin-de-limpunite
[3] http://rue89.com/2007/12/27/affaire-mecili-une-defaite-de-la-
raison-detat

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Assassinat de Mecili : le diplomate algérien continue de nier, les charges s’accumulent

Par Erich Inciyan, Fabrice Arfi, Mediapart.fr, 2 septembre 2008

Il persiste et signe. Mohamed Ziane Hasseni, le diplomate algérien arrêté mi-août à Marseille et soupçonné d’être l’un des organisateurs de l’assassinat, en 1987 à Paris, du dissident André Ali Mecili, a une nouvelle fois nié son implication dans ce crime lors d’un interrogatoire, ce lundi 1er septembre, devant le juge d’instruction Baudoin Thouvenot, en charge de ce dossier qui empoisonne depuis plusieurs semaines les relations franco-algériennes.

M. Hasseni, mis en examen pour « complicité d’assassinat » et placé sous contrôle judiciaire – il n’a pas le droit de quitter la région Île-de-France –, a maintenu devant le magistrat la défense qu’il a fait sienne depuis le retour de cette affaire d’État sur le devant de la scène avec son interpellation vingt et un ans après les faits : les autorités françaises se sont trompées de personne. « Il a refusé de s’expliquer plus en avant », a déclaré l’un de ses avocats, Jean-Louis Pelletier.

Le diplomate, responsable du protocole au ministère des affaires étrangères algérien, n’en démord pas, en chœur avec son gouvernement qui crie lui aussi à la méprise. Il n’a rien à voir avec le « capitaine Hassani », du nom de cet ancien gradé des services secrets algériens (l’ex-Sécurité militaire) dont la signature figure sur un ordre de mission découvert chez le tueur d’André Ali Mecili (photo ci-dessus) quelques jours après son forfait.

Depuis son arrestation surprise le 14 août à l’aéroport de Marseille-Marignane, Mohamed Ziane Hasseni le dit et le répète : « Je ne suis pas cette personne, ce capitaine Hassani dont vous me parlez. Je n’ai jamais été militaire de carrière », avait-il déjà affirmé, dès le lendemain de son interpellation, lors de son interrogatoire de première comparution à Paris. Une défense qui se fragilise pourtant de jour en jour au regard des éléments qui figurent sur la procédure et des révélations dans Mediapart d’un témoin clé du dossier, l’ancien colonel de la Sécurité militaire Mohammed Samraoui, qui a identifié l’homme arrêté comme étant le commanditaire de l’assassinat.

La carte de visite signée Mohamed Ziane Hassani...

L’élément judiciaire qui a permis de relancer cette affaire demeurée impunie malgré les ans est un mandat d’arrêt international en date du 7 décembre 2007. C’est lui qui a permis l’arrestation mi-août du diplomate algérien. Signé par le juge Thouvenot, le document mentionnait bien « Mohamed » à la case prénom, puis « Hasseni ou Hassini » pour le nom.

Le lancement de ce mandat d’arrêt international avait fait grand bruit, fin décembre, relayé par la plupart des médias français. Cette médiatisation avait-elle troublé la quiétude du diplomate, lui a demandé le magistrat du parquet d’Aix-en-Provence qui, le jour même de l’interpellation, avait interrogé l’intéressé ? Certes, Mohamed Ziane Hasseni avait entendu, lu, dans la presse, que des poursuites visaient « Rachid Hassani ou Mohamed Ziane Hassani ». Avant d’ajouter : « Je ne me sentais pas du tout concerné. La seule chose qui m’a semblé bizarre, c’est qu’il était mentionné les fonctions de consul général à Bonn. Et puis j’ai oublié très vite cette histoire. »
Or, le diplomate avait bien été consul général en Allemagne, d’abord à Berlin puis à Bonn, de 1997 à 2004, avant d’être affecté au ministère des affaires étrangères en Algérie. Malgré ces menaces judiciaires, il avait pris l’avion pour Marseille au milieu de l’été. Conscience tranquille ou sentiment d’impunité inspiré par la « raison d’Etat », deux décennies après l’assassinat d’Ali Mecili, avocat inscrit au barreau de Paris et virulent opposant à la classe dirigeante algérienne ? La question demeure.

Mais les éléments semblent s’accumuler à l’encontre de Mohamed Ziane Hasseni. Le 28 août dernier, dans Mediapart, Mohammed Samraoui, plus haut gradé de l’armée algérienne en exil et témoin clé dans l’affaire Mecili, a formellement reconnu sur la base de photos de presse (ci-contre) le diplomate arrêté comme étant l’homme qu’il a rencontré à l’été 1987 après la mort de Mecili lors de la remise de l’argent de l’assassinat entre le commanditaire – le capitaine Rachid Hassani – et le tueur, Abdelmalek Amellou. A l’époque, le colonel Samraoui était l’un des plus hauts gradés des services secrets algériens et responsable de la région de Constantine où a été caché le tueur. C’est aujourd’hui un repenti en exil.

M. Samraoui est, depuis cinq ans, LE témoin clé du dossier. Le 2 juillet 2003, il avait en effet été entendu par la justice française, en Allemagne, où il vit sous protection à cause des menaces de mort qui pèsent sur lui. Il avait précisé alors les conditions de sa rencontre en Algérie avec le responsable de la Sécurité militaire locale, trois mois après l’assassinat. Ce responsable s’était présenté sous le nom de « Rachid Hassani ». Surtout, dès cette époque, le témoin a affirmé que ce patronyme pouvait constituer un pseudonyme. « Sur sa carte de visite figurait le prénom de Mohammed Ziane », a assuré Samraoui dans sa déposition de 2003, précisant que ce « Mohamed Ziane » était devenu consul général d’Algérie en Allemagne.

Les découvertes des enquêteurs allemands

Sur la base de ces révélations, la justice française avait demandé aux autorités allemandes de coopérer à l’enquête qui vaut aujourd’hui au diplomate algérien de se retrouver devant elle.
Les services allemands ne sont pas revenus les mains vides. « Il est apparu que, depuis janvier 2001, une personne dont l’état civil est Mohamed Ziad Hassini, né le 19 juin 1954, exerce les activités de consul [d’Algérie en Allemagne] », notait un commissaire allemand de la sous-direction chargée de la protection de l’État. « Il convient de penser que la personne dénommée Hassani dans la procédure judiciaire et par le témoin Samraoui est le consul général Mohamed Ziad Hassini. Des vérifications ont révélé qu’aucune personne ayant le même état civil n’est inscrite au registre central des étrangers d’Allemagne », était-il même certifié.

Malgré ces éléments nouveaux, la position du parquet de Paris n’a pas varié depuis l’ouverture de l’enquête sur cet assassinat politique. Le ministère public estime que le dossier est inconsistant, pour le commanditaire du crime comme pour son exécutant, Abdelmalek Amellou. Tout récemment encore, le 20 juin 2008, cette position du parquet a été reprise dans son réquisitoire aux fins de non-lieu, rendant un peu plus seul le juge Thouvenot dans ses démarches.
« Les charges pesant sur les deux intéressés ne m’apparaissant pas suffisantes », expliquait encore le vice-procureur examinant le dossier, dans ce réquisitoire. « Il convient de souligner que Hichem Aboud [autre témoin de l’affaire, auquel Mediapart a donné la parole ici] comme M. Samraoui, tous deux anciens agents des services secrets algériens, sont devenus depuis 1996 ou 1997 des opposants au régime. Leurs témoignages recueillis en 2001 et 2003, contradictoires sur certains points (notamment les circonstances de la remise d’argent à Amellou), apparaissent en effet très tardifs tant au regard des faits eux-mêmes que de l’évolution de leurs auteurs vis-à-vis du pouvoir algérien. Les versions ainsi proposées ne sont confirmées par aucun autre témoignage ni élément et, en outre, il n’est pas possible d’affirmer que Mohamed Ziane Hasseni est effectivement le capitaine Rachid Hassani qui avait notamment signé l’ordre de mission saisi sur Amellou. »

« Une nouvelle affaire Ben Barka »

Cette position très en retrait du parquet n’en finit pas d’irriter les proches de la victime. « L’opposition du ministère public a été constante, tout au long de l’enquête. Par exemple quand le juge d’instruction a demandé un déplacement judiciaire en Algérie. Cela lui a été refusé », note Me Antoine Comte (photo), avocat de la veuve d’Ali Mecili. « En fait, depuis 1987, le parquet relaie avec constance la position des autorités françaises, dans le cadre des relations contraintes entre la France et l’Algérie. C’est un crime d’État. On ne va pas s’attendre à ce que l’État criminel soit mis en cause par la France. »

Pour l’avocat français, « l’affaire Mecili s’apparente à une nouvelle affaire Ben Barka. Dans les deux cas, un opposant politique est assassiné sur le sol français. La différence est que, dans l’affaire Ben Barka, on avait un général de Gaulle qui frappait du poing sur la table afin que la justice passe. Au moins, après l’assassinat de l’opposant marocain, il y avait eu un procès... »

Pour les proches de Me Mecili, le « capitaine Hassani » et le diplomate Mohamed Ziane Hasseni ne sont vraisemblablement qu’une même personne. Ils privilégient l’hypothèse d’un « doublon d’identité », servant à protéger le commanditaire de l’assassinat. A l’instar de leurs homologues étrangers, les services spéciaux algériens sont connus pour brouiller les pistes en donnant de fausses identités à leurs agents.

URL source : http://www.mediapart.fr/journal/france/010908/assassinat-de-
mecili-le-diplomate-algerien-continue-de-nier-les-charges-s-accu

Liens :
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/erich-inciyan
[2] http://www.mediapart.fr/club/blog/fabrice-arfi
[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/280808/affaire-mecili-
les-revelations-de-l-ex-espion-algerien
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/200808/affaire-mecili-le-
juge-le-prenom-et-l-assassin
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/280808/mohammed-
samraoui-l-ex-officier-qui-fait-toujours-peur-a-alger

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Sarko fait ouvrir une taule en pleine nuit

Le Canard enchaîné, 10.9.08

La nuit du 14 août, la prison d’Aix reçoit un étrange appel du ministère de la Justice. Sur ordre de l’Élysée, il faut immédiatement ouvrir au consul d’Algérie, qui veut rendre visite à un compatriote. Et pas n’importe lequel. Mohamed Ziane Hassani, interpellé quelques heures auparavant, est soupçonné d’avoir, en avril 1987, commandité l’assassinat à Paris d’Ali Mecili, avocat français et porte-parole de l’opposition algérienne.
Or les visites de nuit sont interdites en prison, même pour les diplomates. L’affaire remonte donc jusqu’au directeur de l’administration pénitentiaire, Claude d’Harcourt. Et ça coince. Intraitable, l’ancien préfet oppose à cette instruction incongrue un farouche et courageux veto. Qu’importe. Sur réquisition du procureur général, pour « ne pas différer l’exercice de la protection consulaire », avant l’aube, on ouvre les portes de la taule.
Voilà qui fleure la barbouzerie à plein nez, comme depuis vingt et un ans. Dès le meurtre d’Ali Mecili, en effet, Hocine Ait Ahmed, le dirigeant du FFS algérien, avait dénoncé un crime d’État commis par les services algériens. Thèse confortée par l’expulsion « en urgence absolue » du principal suspect par Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, avant même toute audition par un juge. Jamais gêné, Pasqua affirmait : « L’Algérie n’a rien à voir là-dedans ! »
L’enquête traîne jusqu’en 2003, lorsque, à la demande d’Antoine Comte, avocat des Mecili, le juge Baudoin Thouvenot entend un témoin capital, ancien officier des services algériens réfugié en Allemagne, qui accuse Hassani. Le capitaine Husseini d’antan serait devenu Hassani, un responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères. En décembre 2007, le juge délivre un mandat d’arrêt international qui a permis, le 14 août dernier, l’arrestation de l’Algérien. Malgré ses protestations d’innocence. Hassani se retrouve incarcéré.
Quelques jours plus tard, Me Comte retrouve Hassani à Paris lors du débat sur sa détention. Exceptionnellement, l’audience est publique, pour pouvoir accueillir l’ambassadeur d’Algérie. « Espérons que Son Excellence se déplace pour chacun de ses ressortissants, notamment sans papiers, ricane l’avocat. Tout cela prouve qu’il s’agit bien d’une affaire d’État. » En attendant d’être confronté à son accusateur, Hassani a été placé sous contrôle judiciaire. A moins qu’il ne soit prudemment exfiltré vers l’Algérie…
Dominique Simonnot

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Mohammed Ziane Hasseni refuse les tests ADN et l’expertise graphologique

24 septembre 2008, http://www.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=526

C’est une information France-Inter: lors de son audition, le 1er septembre 2008, par le juge Thouvenot, le commanditaire présumé de l’assassinat d’Ali Mecili, Mohammed Ziane Hasseni a refusé de détailler son curriculum vitae et, surtout, de se soumettre à un test ADN et à une expertise graphologique.

De quoi nourrir la suspicion pour l’avocat des proches de Mecili, Maître Antoine Comte.

Sollicité sur le refus de Mohammed Ziane Hasseni de se soumettre aux expertises, son avocat, Me Jean-Louis Pelletier, n'a pas souhaité s'exprimer.
La fin de non-recevoir du diplomate face au magistrat

«Je n’ai rien à voir avec cette personne, ni avec cette histoire » a assuré Mohammed Ziane Hasseni au juge d’instruction, Bastien Thouvenot, le 1er septembre 2008. Et quand le magistrat lui demande de se soumettre à des tests ADN et à une expertise graphologique, Mohammed Ziane Hasseni refuse tout net: «Je trouve que tout ceci prend des dimensions considérables.»

Enquête: www.radiofrance.fr

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http://www.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=526

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L’interview à France Inter de l’avocat de la famille Mecili, Maître Antoine Comte

http://ffs1963.unblog.fr/2008/09/26/maitre-antoine-comte-a-france-inter/

Maître Antoine Comte: Lorsqu’il [le capitaine Hassani] a été interrogé par le magistrat instructeur le 1er septembre dernier, le magistrat instructeur lui a demandé trois choses :D’une part de faire un prélèvement génétique, d’autre part de faire une expertise graphologique, car il y a des écrits du capitaine Hassani qui ne seraient pas selon lui dans le dossier”

Benoît Collombat : Puisqu’on a retrouvé un ordre de mission chez le tueur

Maître Antoine Comte: On a retrouvé un ordre de mission chez le tueur avec des écrits à la main dessus. Et par conséquent le juge lui pose ces deux questions : Et qu’est-ce que fait Monsieur Hassani ? Eh bien il refuse le prélèvement génétique, je vous rappelle que c’est une infraction et donc on attend que le parquet demande sa mise en examen du fait de cette infraction, et d’autre part, il refuse l’expertise graphologique ! Mais ce n’est pas tout ! Il refuse également, parce que le juge l’interroge sur son curriculum vitae, de faire état du moindre élément de son curriculum vitae ! Alors est-ce que c’est quelqu’un qui ne connaît pas assez bien le nouveau curriculum vitae que les services ont fait pour lui ? C’est une possibilité, moi je n’examine que les possibilités. J’observe que pour une personne qui se dit innocente, premièrement elle ne demande pas la confrontation. Deuxièmement elle n’accepte pas une expertise génétique. Troisièmement, elle n’accepte pas une expertise graphologique.

Benoît Collombat : Vous en tirez quelle conclusion ?

Maître Antoine Comte: “J’en tire la conclusion que cet homme a probablement beaucoup de choses à cacher, mais çà c’est un point de vue purement personnel. J’en tire la conclusion que cette affaire ne fait que commencer, et qu’il est indispensable que la chambre de l’instruction dise que l’instruction doit continuer justement pour que cette expertise graphologique soit faite, justement pour que cette expertise génétique soit faite, justement pour qu’un vrai curriculum soit fait et donc par conséquent, on ne peut pas dire aujourd’hui, çà (cette personne) n’est pas la bonne personne si on refuse toutes les vérifications que demande le juge, car c’est normal qu’un juge à partir du moment où on vous dit çà n’est pas moi, vous dise eh bien tenez, je vais faire une série de vérifications et on refuse celle-ci, alors pourquoi ?

Source: France Inter

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Affaire Mecili

L’étrange coup de fil entre Alger et Rachida Dati

France-Algérie | vendredi, 26 septembre 2008 | par Catherine Graciet,http://www.bakchich.info/article5174.html

Ce vendredi, la Cour d’appel de Paris doit statuer sur le sort d’un diplomate algérien soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de l’opposant algérien Ali Mecili en 1987. L’Elysée et la Chancellerie, bombardée de coups de fil des autorités algériennes, suivent de très près le dossier…

Le 7 avril 1987, l’opposant politique algérien Ali Mecili est abattu de trois balles dans le hall de son immeuble parisien du boulevard Saint-Michel. Après dix ans de soubresauts divers et variés (cf. encadré), le dossier rebondit brutalement cet été. Et de quelle façon !

Vingt et un ans plus tard, le 14 août 2008, le responsable du protocole du ministère algérien des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hasseni est interpellé à l’aéroport de Marseille-Marignane, en provenance d’Alger (pour voir sa trombine, regardez ce reportage de France 3 diffusé le 8 septembre dernier). Soupçonné d’être le commanditaire de l’exécution d’Ali Mecili, il est mis en examen pour « complicité d’assassinat » et mis en liberté sous contrôle judiciaire. Un courrier de l’ambassadeur d’Algérie en France où ce dernier se porte garant de la représentation en justice du diplomate aurait pesé.

A l’origine des mésaventures de Mohamed Ziane Hasseni avec la justice française : un mandat d’arrêt émis en décembre 2007 par le juge Baudouin Thouvenot, en charge de l’affaire, contre un certain capitaine Hassani (cf. encadré) pouvant également répondre à l’identité de Mohamed Ziane Hassani ou Hasseni. Le diplomate interpellé le 14 août affirme, lui, ne pas être la personne recherchée et se dit victime d’une homonymie. Mais, comme l’a révélé France Inter le 24 septembre, lors de son audition le 1er septembre 2008 par le juge Thouvenot, le diplomate a « refusé de détailler son curriculum vitae et, surtout, de se soumettre à un test ADN et à une expertise graphologique ».

Le ministre algérien de l’Intérieur téléphone à Rachida Dati

Si l’affaire est éminemment sensible — c’est tout de même le chef du protocole des Affaires étrangères algériennes qui vient d’être interpellé — il n’en reste pas moins que, le week-end du 15 août, toute la France est en vacances… Mais côté algérien, on s’agite sec. Bakchich est en mesure de révéler que le ministre de l’Intérieur, Yazid Zehrouni, a téléphoné à sa consoeur française de la Justice, Rachida Dati. « Il lui a simplement signalé que le chef du protocole du ministère des Affaires étrangères de son pays avait été interpellé en France » affirme Guillaume Didier, porte-parole de la Place Vendôme. « Et puis Rachida Dati et Yazid Zerhouni se connaissent depuis le voyage officiel de Nicolas Sarkozy en Algérie à la fin 2007. Ils ont des contacts réguliers sur l’affaire Scharbook, du nom d’une petite fille qui est gardée en Algérie par sa grand-mère maternelle alors que la justice algérienne a accordé la garde au père, français. La ministre a laissé pour consigne que, lorsque M. Zehrouni téléphone à son cabinet, on le mette en contact avec elle » poursuit le porte-parole.

Peu après cette conversation interministérielle franco-algérienne, la Place Vendôme confirme également que Rachida Dati a eu un contact téléphonique avec l’un des avocats du diplomate, maître Khaled Lasbeur. « Nous ne le connaissions pas. Il a appelé le conseiller de permanence du ministère pour demander où se trouvait son client et a pu parler à Mme. Dati. Elle l’a informé que son client avait été incarcéré à Aix et était en cours de transfert sur Paris. Elle lui a indiqué que le plus simple était de se tourner vers les autorités consulaires algériennes » continue Guillaume Didier. Maître Lasbeur a, lui, fermement refusé de s’exprimer sur son contact avec Rachida Dati : « je vous interdit de publier quoi que ce soit sur le sujet » a-t-il éructé à Bakchich avant de préciser qu’il n’accordait pas d’interviews pour le moment.

Une chose est sûre, Mohamed Ziane Hasseni ne s’est évidemment pas perdu dans les méandres de la Justice. Selon le Canard Enchaîné du 10 septembre, la prison d’Aix a reçu un étrange appel du ministère de la Justice dans la nuit du 14 août. « Sur ordre de l’Elysée, il faut immédiatement ouvrir au consul d’Algérie » qui veut rendre visite au diplomate embastillé. Or, les visites nocturnes sont interdites quel que soit le pedigree du détenu. Du coup, l’affaire est remontée « jusqu’au directeur de l’administration pénitentiaire, Claude d’Harcourt. Et ça coince. Intraitable, l’ancien préfet oppose à cette intrusion incongrue un farouche et courageux véto. Qu’importe. Sur réquisition du procureur général, pour « ne pas différer l’exercice de la protection consulaire », avant l’aube, on ouvre les portes de la taule ».

Le Parquet sera-t-il tolérant avec nos amis algériens ?

Très en forme, la diplomatie algérienne se remanifeste de nouveau auprès des autorités françaises aussitôt Mohamed Ziane Hasseni transféré dans la capitale. C’est le consul adjoint d’Algérie à Paris qui s’y colle et insiste lourdement pour assister à la petite réunion entre le diplomate, son avocat, le procureur et le juge des libertés et de la détention (JLD). Sauf que cette fois pas la peine de passer en force. La loi prévoit en effet que ce type de réunion qui se tient habituellement à huis clos peut être déclarée publique. Ce qui fût bien sûr fait mais demeure tout à fait exceptionnel.

Reste maintenant à savoir quel sort la justice française réserve à Mohamed Ziane Hasseni. Le diplomate sera fixé ce vendredi 26 septembre en début d’après-midi puisque la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris siège pour examiner la levée ou non de sa mise en examen. Les réquisitions du Parquet ne devraient pas être franchement défavorables à nos amis algériens…

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Affaire Mecili : Les révélations de Monsieur X à Patrick Pesnot

Transcription intégrale de l’émission de France-Inter, Rendez-vous avec X du samedi 11 octobre
Patrick Pénost, http://www.lequotidienalgerie.com/index.php/3758/affaire-
mecili-les-revelations-de-monsieur-x-a-patrick-pesnot-s/

Patrick Pesnot : « La démocratie s’arrête là où commence l’intérêt de l’Etat ». La phrase est signée Charles Pasqua, et justement dans le dossier qu’ouvre Monsieur X aujourd’hui, il va beaucoup être question de Charles Pasqua alors qu’il était ministre de l’intérieur du premier gouvernement de
cohabitation dirigé par Jacques Chirac.

André Mecili était un avocat Français d’origine algérienne. En 1987, il a été assassiné sur le sol Français, et le tueur, rapidement identifié par la police (française) a été expulsé en urgence absolue vers Alger. Exactement comme si Paris ne voulait pas s’impliquer dans une affaire algérienne, ou plutôt, exactement comme si la France ne voulait pas contrarier l’Algérie avec laquelle elle entretient des rapports aussi houleux que passionnels. Pendant plus de vingt ans et malgré les efforts incessants de la veuve de Mecili, le dossier de ce crime d’État, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’a guère progressé. La justice ne s’est pas hâtée et à même à plusieurs reprises essayé d’enterrer purement et simplement l’affaire. En octobre 1992, par exemple, la cour d’appel de Lyon juge irrecevable la plainte d’Annie Mecili au motif qu’elle ne saurait prétendre avoir personnellement souffert de préjudice. Et bien sûr aussitôt après,le juge d’instruction prononce un non lieu. Mais, enfin cet été, l’affaire rebondit de façon spectaculaire. Un certain Hasseni est appréhendé à l’aéroport de Marseille. C’est lui, ancien officier de la sécurité militaire algérienne qui aurait peut-être payé le tueur. Monsieur X qui avait déjà évoqué cette affaire il y a plusieurs années rends compte des derniers développement et rappelle les faits

Monsieur X : Un mot auparavant, l’affaire Mecili a connu de multiples péripéties judiciaires grâce à l’infatigable volonté de la veuve de Maître Mécili qui ne s’est jamais résignée

PP : Et malgré l’inertie de la justice…

MX : Et l’obstruction systématique des autorités algériennes. En 2001, se produit pourtant une avancée considérable. Hichem Aboud, un transfuge de la sécurité militaire algérienne, affirme que l’ordre de liquider Mecili a été donné au plus haut niveau de l’Etat et il livre le nom de l’homme chargé d’organiser l’assassinat, un certain capitaine Rachid Hassani, un officier qu’il connaît parfaitement puisqu’ils sont tous deux originaires du même village.

PP : Oui un témoignage crédible

MX : Oui, Aboud a été chef de cabinet du patron de la redoutable sécurité militaire qui s’appelle aujourd’hui le DRS. Département de la recherche et de la sécurité.

PP : Oui, ce type était donc bien informé…

MX : Et deux ans plus tard, son récit est corroboré par un autre officier de la SM qui lui aussi a fuit son pays, le colonel Samraoui. Ce dernier ajoute que le capitaine Mohamed Ziane Hassani a remis 800.000 francs au tueur.

PP : Attendez là… le premier transfuge a parlé d’un Rachid Hassani et non pas de Mohamed Ziane…

MX : Vous avez raison de soulever ce point car il fait débat aujourd’hui. N’empêche que dans les deux déclarations, le patronyme est pratiquement le même, Hassani ou Hasseni…

PP : Ce n’est quand même pas tout à fait pareil !

MX : Et les avocats vont jouer de cette éventuelle confusion. Mais… allons plus loin. Fin 2007, sur la foi de ces deux témoignages, le nouveau juge d’instruction Baudoin Thouvenot, annonce son intention de délivrer un mandat d’arrêt contre Mohamed Ziane Hassani et l’homme de main qui a perpétré l’assassinat.

PP : Un proxénète, si je me souviens bien…

MX : Oui un nommé Amellou qui à depuis longtemps trouvé refuge en Algérie… Mais on reparlera de lui. Assez curieusement, le procureur de la république estime que la délivrance de ces mandats d’arrêts ne s’impose pas.

PP : Ah oui ? toujours la volonté d’étouffer l’affaire ?

MX : Ecoutez, je n’en sais rien, il faudra lui poser la question à ce magistrat !. En tous cas, le juge d’instruction ne tient pas compte de l’avis du Procureur, et c’est ainsi qu’au beau milieu du mois d’août dernier, Mohamed Ziane Hasseni, responsable du protocole de l’Etat algérien est arrêté dès qu’il met le pied sur le sol français.

PP : Depuis il a été remis en liberté…

MX : C’est exact. Il est soumis à un contrôle judiciaire et il n’a pas le droit de quitter le territoire français… Mais je vous promet que l’on va revenir sur le sort de cet homme. Auparavant, remontons dans le temps et intéressons-nous à la personnalité d’Ali André Mecili. A l’époque de la guerre d’Algérie, le jeune algérien a une vingtaine d’années. Il est donc appelé à effectuer son service militaire.

PP : Dans l’armée française ?

MX : Bien entendu. Et il est partisan de l’indépendance. Alors, il doit choisir : ou bien il prends le maquis, ou il s’exile. C’est la deuxième solution qui a sa faveur. Il passe en Italie et de là, il rejoint l’armée des frontières.

PP : C’est l’armée du GPRA, gouvernement provisoire algérien regroupé en Tunisie.

MX : Là, le très jeune étudiant en Droit est très vite remarqué. Il est incorporé dans un organisme qui s’intitule : Le ministère de l’armement et des liaisons générales et qui est faite, le service de renseignements du gouvernement provisoire algérien. Lorsque vient l’indépendance en 1962, les premières batailles pour le pouvoir déjà latentes, éclatent au grand jour

PP : Oui, les événements assez dramatiques de l’été 1962…

MX : En effet. Je résume. D’un côté il y a l’État major général. De l’autre, il y a le bureau politique du GPRA. Et le sang va couler. La confrontation est même tellement grave que le peuple d’Alger descend dans la rue en criant : Sept ans çà suffit (seb3e snine baraket).

PP : Oui, et Mecili dans tout cela ?

MX : Le jeune homme ne supporte pas ces luttes fratricides et refuse d’y participer. Il ne tarde pas à déserter. Un peu plus tard, comprenant que c’est l’armée qui a en réalité pris le pouvoir…

PP: Oui, Malgré les apparences elle ne l’a toujours pas quitté…

MX : C’est vrai. Donc Ali Mecili rejoint Aït Ahmed qui résiste au pouvoir dans son fief Kabyle. Mais en 1964, le jeune homme est arrêté. Il parvient toutefois miraculeusement à s’enfuir en France.

PP : Quelle est alors sa situation vis à vis de la France justement ?

MX : Ali André Mecili né de parents naturalisés français est donc français. Chez nous il termine ses études de droit et devient avocat.

PP : Et il rompt avec ses anciennes activités ?

MX : Si vous voulez parler du renseignement oui. Par contre Mecili ne renonce pas à s’occuper de politique algérienne.

PP : Donc même en exil…

MX : Vous savez l’exil c’est le lot de tous les opposants au régime. Mais justement, il est resté très proche d’Aït Ahmed qui a lui même trouvé refuge en Suisse après s’être évadé. Une parenthèse avant de revenir à ses activités politiques. Mecili a fondé une association qui vient en aide aux pauvres et aux démunis. Et cet homme juste ne refuse jamais de plaider pour un type en difficulté, gratuitement souvent.

PP : Mais revenons sur ses activités politiques, car j’imagine qu’elles doivent être en rapport avec son assassinat.

MX : Évidemment. Mecili se bat pour une Algérie démocratique et son ambition est de parvenir à fédérer les opposants au régime algérien de Chadli. Et en 1986…

PP : Un an avant sa mort donc…

MX : Oui, il réussit une sorte d’exploit. La réconciliation entre deux exilés prestigieux, Ben Bella et Aït Ahmed. C’est d’autant plus méritoire que les deux hommes se sont longtemps combattus et ils ont des idées parfaitement divergentes.

PP : Oui, Aït Ahmed est un laïc…

MX : Tandis que Ben Bella est déjà tenté par l’islamisme. Mais Mecili a su convaincre les deux leaders, que seule l’union de l’opposition permettra de venir à bout d’un régime antidémocratique et corrompu, et pour sceller cette réconciliation, l’avocat prend la direction d’un journal : ‘Libre Algérie’ où pourront s’exprimer tous les opposants.

PP : Et comment réagit-on à Alger ?

MX : On fait la grimace. Autrefois à l’ère Boumedienne, on envoyait des tueurs pour se débarrasser des opposants isolés, aujourd’hui, il parait plus difficile d’éliminer tous ces gens unis. Mais ! c’est Mecili qui cristallise la haine du régime algérien

PP : Pourquoi ? Parce que il est le vrai responsable de cette unification ?

MX : Oui, incontestablement, mais aussi parce qu’on le soupçonne d’avoir un réseau d’informateurs au sein même de la Nomenklatura algérienne et sans effleurer la suite de mon récit, je peux vous dire que c’est là l’un des secret de l’affaire Mécili

PP : Oui. On va y venir. Alors à Alger on décide de liquider physiquement l’avocat ?

MX : Pas tout de suite. Pour le faire taire, les gens de la sécurité militaire algérienne utilisent d’abord la menace.

PP : De quelle façon ?

MX : Classique. Les coups de téléphone se multiplient à son cabinet. Le correspondant est toujours anonyme, mais le message lui est clair : Si Mecili ne renonce pas à son activité politique, il sera abattu.

PP : Réaction de l’avocat ?

MX : André Mecili n’est pas homme à céder. Pourtant à l’évidence, ces avertissements le minent. Ainsi dans la semaine qui a précédé sa mort, l’avocat semble déprimé, il sent que le danger se rapproche et a même du mal à se concentrer sur son travail. Quelques jours plus tôt en effet, sa secrétaire a découvert un message sur le répondeur du cabinet : « Fin mars, ce sera fini pour toi »

PP : Donc il prend au sérieux ces menaces…

MX : Naturellement. Il est bien placé pour savoir que ces adversaires sont redoutables.

PP : Prend t-il des précautions ?

MX : Lorsqu’il se déplace dans Paris, il est vigilant. A plusieurs reprises, il a eu l’impression qu’on le filait. Et il envisage de recruter deux gardes du corps. Des militants de son mouvement. L’un d’eux est un colosse, Khaled Dabal.

PP : Qui est-ce ?

MX : Un militant Ben Belliste. L’avocat a assuré sa défense lorsqu’il a été inculpé par la justice française à cause de ses activités politiques. Et justement Dabal va bientôt sortir de prison. Malheureusement ce sera trop tard pour Mecili, les tueurs ont frappé avant.

PP: Le journaliste et écrivain Michel Naudy a consacré un livre très documenté à l’affaire Mecili intitulé ‘Un crime d’États (États étant écrit avec un s) et désignant bien sûr l’Algérie et la France. Naudy écrit et je le cite : “face aux menaces qui se précisent, André Mecili qui plus que d’habitude, mesure le danger, commence à prendre des précautions. Une première fois dans un restaurant de Marseille où il retrouve en mars quelques amis, il pose ouvertement le problème de sa sécurité. Les coups de téléphone anonymes se multiplient et il faut réagir d’autant que ses fonctions politiques l’accaparent de plus en plus au détriment des affaires du cabinet. En quelques jours, deux décisions sont arrêtés. Mecili va prendre progressivement de la distance avec son métier. Il contacte à cet effet l’une de ses consœurs pour entamer un processus d’association. La deuxième décision est plus longue à mettre en place, deux adhérents du MDA, il s’agit du mouvement de Ben Bella vont être affectés à la protection rapprochée de l’avocat. L’ouvrage de Michel Naudy a été publié par Albin Michel

MX : Alors venons en maintenant aux circonstances de l’assassinat. Le 7 avril 1987, semble un jour comme les autres pour André Mécili. Le matin en compagnie de sa femme, il accompagne ses deux jeunes enfants à l’école, puis il se rend à son cabinet Boulevard Saint-Germain près du carrefour de l’Odéon. Beaucoup de clients l’attendent. Des sans-papiers d’abord, mais aussi des politiques, des familles de détenus en Algérie ou en Iran par exemple.

PP : La routine donc

MX : A l’heure du déjeuner, l’avocat se rend dans une brasserie voisine et en profite pour rencontrer des militants du mouvement d’Aït-Ahmed. L’après midi, il plaide et regagne son cabinet. De nombreux rendez-vous l’attendent encore.

PP : Mais rien qui puisse l’inquiéter encore plus que les menaces qu’il a déjà reçues ?

MX : Si si. Dans la soirée, le téléphone sonne. C’est un nouvel appel anonyme.

PP : Inquiétant donc. Et comment interpréter ce coup de téléphone qui risque de rendre Mecili encore plus méfiant ?

MX : Écoutez, je ne sais pas exactement. Mais on peut supposer que les tueurs étaient aux aguets et qu’ils voulaient simplement s’assurer de la présence de l’avocat à son cabinet. Mais cela n’est qu’une hypothèse, car j’ai aussi pensé à autre chose.

PP : Expliquez moi alors…

MX : Mecili pouvait avoir aussi de bons amis très bien informés qui étaient dans l’impossibilité de se découvrir mais qui voulaient simplement l’avertir des risques imminents qui pesaient sur sa vie

PP : Il s’agirait là de ses informateurs très bien placés dans la Nomenklatura algérienne ?

MX : C’est possible, mais je continue… Mecili se dispose à rentrer chez lui dans le haut du Boulevard Saint-Michel lorsqu’une visiteuse se présente. C’est une amie et une cliente. Christine. L’avocat a oublié qu’ils avaient rendez-vous.

PP : Il la reçoit quand même ?

MX : Tout à fait. Et après avoir bavardé quelques instants, ils vont prendre un verre dans un café du quartier

PP : Vers quelle heure ?

MX : Bientôt 22 heures. Et il fait nuit depuis longtemps

PP : Mecili a prévu son épouse qu’il serait en retard ?

MX : Évidemment. D’ailleurs après ce verre, Mecili décide de rentrer. Christine propose de l’accompagner jusqu’au pied de son immeuble.

PP : J’imagine qu’ils vont marcher?

M X : Oui. Cela représente une petite ballade d’un quart d’heure vingt minutes…

PP : C’est quand même pas très prudent pour un homme qui se sent menacé. Parce qu’il fait nuit m’avez-vous dit ?

MX : C’est exact. Mais l’avocat doit penser que l’on n’osera pas l’attaquer dans un quartier aussi fréquenté.

PP : Quoique le soir, le haut du Boulevard Saint-Michel à la hauteur du Luxembourg ne soit pas très très passant…

MX : Sans doute. Mais vous savez quand on vit sous une menace permanente, eh bien il y a des moments où l’on a envie défier les événements.

PP : …Et donc de défier la mort

MX : Peut être.

PP : Donc l’avocat et son amie remontent le Boulevard Saint-Michel.

MX : Et ils continuent à bavarder tranquillement.

PP : Rien de suspect ?

MX : Jusque devant le domicile de Mecili non. Les deux amis se disent au revoir et se séparent. Christine s’apprête à traverser le Boulevard pour gagner l’arrêt d’autobus. Et soudain, elle se retourne.

PP : Pourquoi ?

MX : Encore une fois, je n’en sais rien. Un pressentiment peut-être, l’intuition d’une présence humaine..

PP : Ah bon. Et que voit-elle en se retournant ?

MX : Un homme, parapluie à la main qui s’engouffre dans la porte de l’immeuble, juste derrière l’avocat.

PP : Et que pense t-elle à ce moment là ?

MX : Elle doit se dire que l’homme a oublié sa clef et profite du passage de Mecili pour entrer dans le bâtiment

PP : Oui Oui. C’est logique. Donc, elle ne s’inquiète pas ?

MX : Pas réellement non.

PP : Et que se passe t-il ensuite ?

MX : La jeune femme reprend sa marche et ……. presque aussitôt elle entend un bruit étrange

PP : Quoi exactement ?

MX : Comme un bruit de verre brisé

PP : Que fait-elle ?

MX : Intriguée, elle fait demi tour, et là elle voit l’homme au parapluie sortir calmement de l’immeuble. L’individu sans se presser passe devant elle, lui sourit et prend la direction de la rue Soufflot.

PP : Il descend donc le Boulevard ?

MX : Oui. Mais Christine, je vous l’ai dit, est intriguée. Pourquoi cet homme est-il ressorti de l’immeuble aussitôt après y être entré ? Et ce bruit de verre cassé.

PP : Donc, elle essaye de comprendre…

MX : Et elle regarde à l’intérieur du hall. La porte d’entrée est en effet vitrée dans sa partie supérieure. Et c’est là qu’elle découvre un corps appuyé contre la porte de la loge de la concierge.

PP : Il s’agit de Mecili ?

MX : Bien sûr. L’avocat en tombant a brisé a fenêtre de la loge

PP : D’où le bruit

MX : Oui. Christine tambourine à la porte, la concierge ouvre. La jeune femme se précipite, mais elle ne peut que constater que son ami est mort, vraisemblablement tué par une arme à feu. L’autopsie le confirmera, André Mecili a reçu trois balles de 7.65 dans la tête.

PP : Le témoignage de cette Christine va donc être capital parce que l’homme au parapluie est sans nul doute l’assassin.

MX : Évidemment. Et la jeune femme sera capable de donner une description très précise de cet individu qu’elle a vu à deux reprises. Un type d’une trentaine d’années, plutôt beau gosse, type européen, cheveux courts et châtains, mesurant à peu près 1.70 m. A noter que ce témoignage va être aussitôt corroboré par un autre.

PP : De qui s’agit-il là ?

MX : C’est un chauffeur de taxi. Dans les jours qui suivent, il a lu dans le journal un article sur la mort de l’avocat et il a fait le rapport avec un client qu’il a chargé le soir de l’assassinat en bas du Boulevard Saint-Michel, à peu près une demi-heure après les faits.

PP : Et cela colle avec la description faite par Christine ?

MX : Tout à fait. Il dit même que le type qui semblait surexcité n’a pas arrêté de parler pendant tout le trajet jusqu’à la rue du faubourg du temple où il l’a déposé.

PP : De quoi parlait ce bavard alors ?

MX : De Femmes. Et plus spécifiquement de femmes arabes pour lesquelles l’homme semblait avoir une inclinaison certaine.

PP : Dites moi…… pas très discret le bonhomme ? et tout cela fait un peu amateur non ?

MX : Je suis d’accord avec vous et effectivement on l’apprendra un peu plus tard, ce personnage, l’assassin donc, n’était pas un tueur expérimenté. Un mauvais garçon certes mais pas un exécuteur.

PP : Et la police alors ? Que pense t-elle et comment procède t-elle ?

MX : Elle cherche d’abord dans la vie professionnelle de l’avocat.

PP : oui suite logique..

MX : Mais la veuve et les amis politiques de Mecili eux accusent unanimement les services algériens d’être les commanditaires de l’assassinat. Son ami Aït Ahmed affirme même avec une certaine prescience : “Ils ont du prendre n’importe quel mec ”

PP : Comme assassin… et sont-ils écoutés par les enquêteurs ?

MX : Pas vraiment. Car autant vous le dire tout de suite, les enquêteurs ne font pas de zèle

PP : Ils ont des ordres ?

MX : Cela me parait évident. Car ils ne sont pas naïfs et eux aussi soupçonnent les services algériens, mais en haut lieu, on ne souhaite pas envenimer les rapports avec l’Algérie. Or, justement, ces relations après avoir connu des hauts et des bas sont redevenues très bonnes….. Et écoutez bien, dans les heures qui ont suivi l’assassinat de Mecili, le ministre de l’intérieur Charles Pasqua aurait pris son téléphone et appelé l’ambassadeur d’Algérie pour lui dire : ” Ne vous inquiétez pas, votre pays n’est pas concerné par l’affaire ”

PP : Alors que l’on en est tout juste aux prémices de l’enquête !

MX : Par conséquent, les policiers ne sont pas très motivés et n’ont guère envie de suivre une piste purement algérienne.

PP : Pardonnez moi de revenir en arrière mais …. Comment expliquer cette embellie de nos rapports avec l’Algérie ?

MX : En dehors même des relations économiques que nous entretenons avec l’Algérie,

PP : …Le gaz …

MX : En particulier, mais il y a le fait qu’à chaque fois que nous connaissons des difficultés au proche-orient, Alger est mis à contribution et prié de s’entremettre.

PP : Et en 1987, nous avons des otages au Liban…

MX : C’est cela, çà signifie par conséquent que nos services spéciaux se connaissent très bien… et coopèrent à l’occasion. Il faut dire et vous le savez déjà, que les algériens ont monté un service de renseignements très efficace. L’un des tous premiers au monde.

PP : Mais un organisme multipliant les sales coups, je pense à sa manipulation un peu plus tard des islamistes.

MX : Vous avez raison et nous en avons souvent parlé. En tous cas, et pour revenir strictement à l’affaire Mecili, il y a heureusement des gens qui dans l’ombre veulent faire éclater la vérité et troubler ce jeu de la connivence qui existe entre Alger et Paris… d’une façon très habile.

PP : Le 15 avril 1987, une semaine après l’assassinat d’André Mecili, le Canard Enchainé écrit : “A Matignon, au Quai d’Orsay et à l’Intérieur chacun tient les services secrets d’Alger pour responsables de l’exécution. Les excellentes relations actuelles entre Mitterrand et Chadli ou entre Pasqua-Pandraud et leurs homologues algériens n’empêchent pas les soupçons. Mais ! Pas de vagues ! Il ne faut surtout pas contrarier Alger. Michel Naudy déjà cité écrit que la préfecture de police a par exemple interdit aux amis de Mecili d’accompagner sa dépouille de l’institut médico-légal jusqu’au cimetière du père Lachaise. Mecili après avoir été un avocat incommode, serait-il devenu un cadavre encombrant ? demande Naudy. Et il poursuit : “le faite est que l’enquête n’avance pas”. Un comité de défense se constitue et constate le 17 juin que rien n’est fait pour faire la lumière dans le dossier. Henri Leclerc alors avocat de la famille Mecili estime que la police n’ayant rien trouvé dans l’entourage ou dans les dossiers de l’avocat est restée l’arme au pied et que le juge d’instruction, je cite : ” Ne dirige pas cette enquête”

MX : Lorsque la police traine les pieds, eh bien il faut parfois la stimuler.

PP : Qu’est-ce que vous voulez dire ?

MX : Eh bien on peut parfois lui lâcher un petit tuyau par ci, par là, histoire de la remettre dans le droit chemin.

PP : Et c’est ce qui va se passer dans l’affaire Mecili ?

MX : Oui. Une première fois un peu plus d’un mois après l’assassinat de Mecili, un inspecteur de la ‘Mondaine’ comme on disait alors, recueille un tuyau providentiel : André Mecili aurait été tué sur contrat par un certain Malek. Obligeamment, on fournit au policier le numéro de téléphone de ce type et, on ajoute que cet individu qui aurait un casier judiciaire chargé, vivrait avec une femme d’origine maghrébine

PP : Et quand vous dites : “On “, l’informateur…, de qui s’agit-il ?

MX : Un de ces indicateurs bien sûr, un homme qui à l’évidence à lui même était bien informé

PP : Dans le dessein de faire parvenir ses tuyaux à votre policier de la Mondaine ?

MX : Exactement.

PP : Oui et derrière, il y a quelqu’un quand même, un commanditaire…

MX : Sans surprise, l’indic dit que c’est un responsable des services spéciaux algériens.

PP : Avec des détails aussi précis. Cela doit pas être trop difficile d’identifier ce Malek.

MX : Cela me parait évident. Et la fiche qui sort des sommiers de la préfecture de Police correspond à celle d’un repris de justice nommé Malek Amellou.

PP : Quel est son pédigrée ?

MX : Ce kabyle âgé d’une trentaine d’années a accumulé vols, escroqueries, proxénétisme, détention d’armes et j’en passe. Sa concubine Fatna a eu aussi affaire à la justice et tous deux vivent dans le Xème arrondissement de Paris, près de la gare de l’Est, donc pas très loin de l’endroit où le chauffeur de taxi a déposé son client bavard.

PP : Rue du Faubourg des temples. Donc çà colle ! Et…. les policiers s’y précipitent.

MX : …Et ils trouvent porte close

PP : Les oiseaux se sont enfuis

MX : Et la boite aux lettres bourrée de courrier atteste qu’ils sont partis depuis plusieurs jours.

PP : Échec donc…

MX : Provisoire, car un deuxième tuyau parvient à la police très peu de jours après le premier.

PP : Par le même canal ?

MX : Non. Un inspecteur, qui comme le premier n’a rien à voir avec l’affaire Mecili, reçoit lui aussi un tuyau. Le tuyau dont rêve tout policier. Tout y est. Les noms, les lieux, le montant du contrat, c’est extraordinaire !

PP : Oui, vous ne croyez pas au hasard..

MX : Bien entendu. Dans le milieu contrairement à ce que l’on prétend, il n’existe aucun code de l’honneur et qu’on bavarde à à tord et à travers, mais il y a quand même des limites et là, elles sont franchement dépassées tant les précisions sont accablantes…

PP : Racontez alors

MX : Une confirmation. L’assassin est bien le dénommé Malek Amellou. Il a agit de concert avec un certain Samy. Deux hauts personnages algériens, leurs noms et leurs fonctions sont données, ont proposé 800.000 francs pour exécuter le contrat. Le mystérieux informateur est même capable d’indiquer dans quel restaurant la négociation a eu lieu.

PP : C’est un fait étonnant alors..

MX : Et ce n’est pas fini ! Parce que l’on a pas envie que les policiers ’s’égarent’, donc, on leur donne en prime des informations de première importance et en particulier, le signalement d’Amellou, de Samy et des deux hauts responsables algériens dont l’un est un commandant de la sécurité militaire. Pour faire bonne mesure, on ajoute que Malek Amellou qui vit avec une danseuse nue qui se produit à Pigalle et possède deux voitures : une porsche et un BMW. Et on ajoute le numéro d’immatriculation des deux voitures et même l’adresse du garage où elles sont remisées.

PP : On ne peut pas être plus coopératif !

MX : N’est-ce pas ! et j’allais oublier… on dit que ce Malek Amellou est en Algérie mais que sa concubine qui se trouvait avec lui est de retour en France

PP : Les policiers vont donc pouvoir tendre une souricière…

MX : Oui oui, mais d’abord, ils vérifient le tuyau…Tout est exact. La ligne téléphonique de Fatna est aussitôt mise sur écoute, et, rapidement, çà donne des résultats.

PP : Quoi ?

MX : Malek appelle sa compagne depuis l’Algérie. Très mystérieusement, il lui demande de ne surtout pas fréquenter les magasins pendant la troisième semaine de juin, je crois.

PP : Qu’est-ce que cela veut dire ?

MX : Les policiers pensent immédiatement aux attentats qui ont ensanglanté Paris un an plus tôt en 1986. A Alger ce type a pu obtenir des informations sur la préparation des nouveaux attentats.

PP : Et il y a du vrai la dessous ?

MX : C’est très possible. Les services algériens qui avaient d’excellents rapports avec la plupart des mouvements terroristes qui je vous l’ai dit servaient souvent d’intermédiaires avec les ravisseurs dans les prises d’otages pouvaient très bien savoir quelque chose. En tous cas. Cela signifiait pour les policiers français que Malek n’était pas seulement le petit truand qu’on pensait.

PP : Oui. Et qu’apprennent t-ils encore grâce à ces écoutes ?

MX : Le souteneur parle d’argent caché en Corse.

PP : L’argent du contrat ?

MX : Certainement. Mais surtout, ils apprennent le retour prochain de Malek Amellou à Paris et ils l’arrêtent sans difficulté quand il revient chez lui. Aussitôt une perquisition est ordonnée à son domicile.

PP : Et c’est bien le moins que… et çà donne quelque chose ?

MX : Eh bien d’abord les policiers se rendent compte que Malek vit sur un grand pied. Mais l’important, c’est le petit papier trouvé dans son portefeuille, un ordre de mission de la sécurité militaire algérienne paraphé par un certain capitaine Rachid Hassani.

PP : Et ce voyou avait gardé ce document sur lui ?

MX : Une imprudence incroyable non ?

PP: Oui oui oui en tous cas le mystérieux indicateur avait raison sur tous les plans.

MX : Oui. Cependant Amellou placé en garde à vue n’est guère bavard. Il raconte des bobards, il nie bien sûr toute participation dans l’assassinat de Mecili

PP : Est-ce qu’il est confronté avec les deux témoins. Christine ? C’est çà oui ? Et puis le chauffeur de Taxi ?

MX : Le chauffeur de taxi ? En bien, ‘on’ néglige de le convoquer. Quand à Christine, il se passe quelque chose de très curieux. Lorsqu’au cours d’une séance traditionnelle de tapissage, on lui présente Malek Amellou au milieu de quatre autres hommes, elle éclate en sanglots.

PP : Et ce qui veut dire ?

MX : Sans nul doute, elle a reconnu l’homme au parapluie, l’assassin de son ami Mecili, mais, elle a peur. Sans doute a t-elle été déjà été menacée. Conclusion : Elle hésite et elle n’identifie pas Amellou comme l’homme qui est entré dans l’immeuble de l’avocat et est ressorti tout de suite après.

PP : Est-ce que le signalement qu’elle avait donné précédemment correspondait avec le physique de Malek ?

MX : Tout à fait. A part une moustache toute récente. Mais que Christine ait ou non reconnu Malek Amellou n’a pas beaucoup d’importance

PP : Pourquoi ?

MX : Mais parce que le sort du malfrat est déjà scellé.

PP : Ah bon ! Que cela veut dire?

MX : Alors que Fatna qui a été placée en garde à vue en même temps que Malek commence à craquer, un ordre vient du ministère de l’intérieur. L’Algérien et sa compagne sont expulsés en urgence absolue. Le soir même ils s’envolent pour Alger.

PP : On ne veut pas qu’ils parlent ?

MX : C’est évident. Et on ne veut surtout pas déboucher sur une mise en cause de l’Algérie.

PP : Mais ? Et le juge d’instruction alors ?

MX : On s’est passé de lui demander son avis !

PP : Et l’affaire en est restée là ?

MX : Sur le plan policier oui. Le comparse de Malek, le nommé Samy qui s’appelait en réalité Nemnouche était parti en Algérie depuis belle lurette. Quand aux autres hommes qui avaient été mêlés plus ou moins à l’affaire, ils n’ont jamais été réellement inquiétés.

PP : Silence donc.

MX : Silence et falsification de la vérité oui. J’ajoute que l’homme qui devait être le garde du corps de Mecili…

PP : Le colosse ?

MX : Oui. Khaled Dabal. Il estimait avoir une dette vis à vis de l’avocat qui l’avait bien défendu lors de son procès. Et il s’est mis en tête de faire la lumière sur l’assassinat de Mecili. Mal lui en a pris. Deux ans après Mecili, il est tombé à son tour sous les balles d’un tueur. Naturellement, on a conclu qu’il s’agissait d’un banal règlement de comptes entre malfrats.

PP : Oui un peu facile non?

MX : Bien évidemment.

PP : Alors, venons-en aux derniers développements

MX : Dès qu’il est arrêté, Mohamed Ziane Hasseni proteste de son innocence, ‘on le confond avec quelqu’un d’autre’.

PP : Oui le vrai Rachid Hassani. Mais il faut rappeler que cette arrestation a eu lieu il y a deux mois. au mois d’août.

MX : Et d’ailleurs dit-il, il n’a jamais fait de carrière militaire. Cependant, ce transfuge dont je vous ai parlé, l’ex colonel Samraoui affirme qu’il s’agit bien du capitaine Hassani qu’il a connu. Mais pour introduire un peu plus de confusion, l’autre transfuge, Aboud, nie que l’homme arrêté à Marseille-Marignane soit le Rachid Hassani qui a remis 800.000 francs au tueur.

PP : Grande confusion, alors que penser ?

MX : Je me bornerais à faire trois observations. D’abord la modification du patronyme et du prénom ne signifie rien. Il s’agit là d’une pratique courante des services secrets lorsqu’ils veulent couvrir un agent. Par contre, si ce Hasseni est réellement coupable, Il aurait certainement évité de venir en France

PP : A cause du mandat d’arrêt délivré contre lui.

MX : A contrario son attitude est curieuse. Votre confrère de France Inter Benoît Collombat, vient de le révéler, Hasseni a refusé d’être soumis à des tests génétiques et graphologiques. De la même façon, il ne veut donner aucun détail sur son CV

PP : Et s’il était innocent, il devrait satisfaire sans problème à la curiosité du juge.

MX : Évidemment. Alors pour terminer, je vous donne quelques clefs pour mieux comprendre cette affaire. A Plusieurs reprises, j’ai évoqué des gens hauts placés qui à Alger donnaient des informations à Mecili et on ensuite téléguidé l’enquête des policiers Français. Ces personnages ont tout fait pour que la vérité éclate.

PP : Oui mais ils ont échoué.

MX : Il faut malheureusement le reconnaitre. Et pourtant, ils avaient transmis des renseignements explosifs à Mecili.

PP : Quoi ?

MX : Ces opposants clandestins avaient révélé à l’avocat que la propre épouse du Président Chadli avait la main-mise sur la négociation de quelques juteux contrats internationaux, mais il y avait aussi autre chose et cela jette une lumière crue sur l’affaire…

PP : Eh bien je vous écoute là…

MX : Lorsqu’il a été assassiné, Mecili venait d’apprendre que des milliards d’anciens francs avaient été distribués par l’Algérie à des partis politiques français, versements attestés par des documents émis par la paierie générale de l’ambassade d’Algérie à Paris. Voilà pourquoi l’avocat a été liquidé de toute urgence par un tueur maladroit qui a semé sur son chemin de nombreux petits cailloux blancs.

Pour terminer quelques lignes d’Aït Ahmed le mentor politique de Mecili qui a consacré un livre à son ami :
« Il ne manquait plus qu’à faire en sorte grâce à la complicité des dirigeants français que ce meurtre n’existe pas, qu’il soit totalement rayé des mémoires et qu’il ne figure dans aucune chronologie des évènements qui ont marqué notre pays. Vingt ans après, ne pas oublier Ali Mecili et combattre l’omerta qui, à Alger comme à Paris s’acharne depuis lors à effacer jusqu’à son existence, c’est donc évidemment un devoir de mémoire, c’est une fidélité à un homme qui fut un ami très cher, irremplaçable, à un militant et à un cadre politique d’exception, mais c’est aussi remonter aux origines de l’impunité dont la police politique algérienne se sent investie depuis cette année 1987 et qu’elle a interprété depuis comme il se devait la possibilité de tout se permettre, partout et en toutes circonstances».
L’affaire Mecili a été réédité en 2007 par la Découverte.

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Affaire Mecili

La cour d'appel de Paris a confirmé mardi l'inculpation de Mohammed Ziane Hasseni

AFP, 14 octobre 2008

La cour d'appel de Paris a confirmé mardi l'inculpation pour “complicité d'assassinat” de Mohammed Ziane Hasseni, diplomate algérien soupçonné d'avoir commandité le meurtre de l'opposant Ali Mecili en 1987 à Paris, a-t-on appris de sources proches du dossier.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris “n'a pas annulé la mise en examen (inculpation, NDLR) ni le contrôle judiciaire” imposé à M. Hasseni, a indiqué à l'AFP Me Antoine Comte, avocat d'Annie Mecili, la veuve de M. Mecili.

“Nous sommes heureux que l'instruction de ce dossier puisse continuer”, a-t-il ajouté.

Le parquet général avait requis le non-lieu dans cette affaire.

“Je voudrais exprimer ma très profonde déception, d'autant plus qu'il est rarissime que le parquet général se joigne à une demande de la défense et soit balayé comme ça”, a pour sa part indiqué à l'AFP l'avocat de M. Hasseni, Me Jean-Louis Pelletier.

Me Pelletier a précisé qu'il allait former un pourvoi en cassation pour obtenir l'annulation de l'inculpation et du contrôle judiciaire imposé à son client.

Visé par un mandat d'arrêt international émis en décembre 2007 par la justice française, M. Hasseni, responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, avait interpellé le 14 août à l'aéroport de Marseille (sud-est de la France).

Il avait été inculpé le lendemain à Paris pour “complicité d'assassinat” et laissé libre sous contrôle judiciaire.

Ce contrôle judiciaire interdit à M. Hasseni, qui affirme être victime d'une homonymie, de quitter le territoire français et lui impose de se présenter une fois par semaine dans un commissariat.

Ali Mecili, 47 ans, opposant algérien exilé en France en 1965, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris. AFP

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Diplomate algérien accusé dans l’Affaire Mecili : Alger réclame un “règlement rapide”

AFP, 16 octobre 2008

ALGER (AFP) — Le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci a “instamment” demandé mercredi à Paris à son homologue français Bernard Kouchner que les autorités françaises règlent rapidement la situation d’un diplomate algérien accusé de complicité d’assassinat, a indiqué son ministère.
Mourad-Medelci
Dans un communiqué cité par l’agence APS, le ministère précise que M. Medelci a “instamment” demandé que les autorités françaises prennent “toutes les dispositions nécessaires” pour “un règlement rapide de la situation imposée au diplomate algérien, M. Hasseni Mohamed Ziane”.

La cour d’appel de Paris a confirmé mardi la mise en examen (inculpation) de Mohammed Ziane Hasseni pour “complicité d’assassinat”. Ce dernier est soupçonné d’avoir commandité le meurtre de l’opposant Ali Mecili en 1987 à Paris.

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1 Comments:

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